Tous ceux qui prennent la parole pour défendre une cause le savent, on peut porter le bon message mais ne pas être la personne idoine pour le faire. Si Kyrie Irving l'ignorait, il l'a découvert à ses dépens ces derniers jours quand il a enjoint ses collègues à ne pas reprendre la saison NBA. "Je ne soutiens pas le fait d'aller jouer à Orlando, a-t-il déclaré selon The Athletic. Il y a quelque chose qui ne sent pas bon." La presse américaine, ESPN en tête, l'a alors dépeint comme le "perturbateur" de la ligue, sans que l'on sache tout à fait s'il en est un à l'instant T ou si le média d'Adrian Wojnarowski le voit comme tel depuis plus longtemps.

Affubler Irving d'un sobriquet si peu flatteur paraît facile tant il a, depuis le début de sa carrière, permis de douter parfois de son intelligence et de sa gestion du rapport aux autres. Personnage ambivalent, difficile à déchiffrer, déroutant souvent, Irving, s'il n'est pas un marginal, est en tout cas à part en NBA. Et pas toujours dans le bon sens du terme. Ce qui peut effectivement laisser penser qu'il n'est pas le bon messager pour porter une parole censée.

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17/06/2020 À 07:54

La Terre est plate, la Terre est plate, la Terre est plate

Si Kyrie Irving, et bien d'autres dont Avery Bradley coéquipier de LeBron James aux Lakers, ne veulent pas que la saison reprenne fin juillet à Orlando, c'est pour ne pas détourner les regards des mouvements sociaux qui secouent les Etats-Unis après le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis le 25 mai dernier. Une idée qui se défend mais pour certains, Irving joue la girouette. Matt Barnes, en NBA en 2003 et 2017 ne l'a d'ailleurs pas ménagé : "Kyrie doit arrêter ses conneries, car j’ai entendu dire qu’il voulait d’abord se rendre à Orlando pour soutenir son équipe, mais la ligue n’a pas voulu, et donc maintenant il change complètement d’avis et veut tout abandonner".

Pas toujours facile à suivre Kyrie… Comme en 2017 quand, dans un podcast avec ses coéquipiers de Cleveland, Channing Frye et JR Smith, il assurait que les scientifiques mentaient à propos de la forme de la Terre : "Ce n'est pas un complot. La Terre est plate. La Terre est plate. La Terre est plate. [...] Si on y pense d'un point de vue du relief quant à la manière dont on voyage, dont on bouge. Pouvez-vous réellement croire qu'on tourne autour du soleil et que les 'planètes' sont alignées, tournant à des dates spécifiques ?"

Une sortie qui avait été suivie d'excuses un an plus tard mais le mal était fait. "Quelque chose nous dit que Kyrie Irving n'a pas suivi beaucoup de cours de science à Duke (son université)", se permettait le Boston Globe à l'époque. "Nous avons été dans la même fac, souriait Adam Silver, le patron de la NBA. Kyrie a dû suivre des cours différents". Ajoutez à cela la défense d'autres thèses complotistes comme celle accusant la réserve fédérale américaine d'avoir fait tuer le Président Kennedy ou encore celle expliquant que la CIA a à voir avec la mort de Bob Marley et vous obtenez une réputation peu glorieuse.

Réputation que Kyrie Irving s'est forgée comme un grand et dont les médias et surtout le public se sont évidemment emparée rapidement. Encore intacte, ou presque, jusqu'à 2017 et son départ de Cleveland, son image de basketteur a rapidement emboîté le pas de celle de l'homme. Aux Celtics, il a été bien souvent été accusé d'être la cause de tous les maux de l'équipe. On peut d'ailleurs se demander s'il faisait un coupable idéal ou s'il l'était vraiment. La poule et l'oeuf en quelque sorte.

Un coéquipier pas toujours bien intentionné

Aux Celtics, dans une franchise mythique, Irving a fait beaucoup de choses. Critiquer les jeunes (Tatum Brown et Rozier), se plaindre du manque d'expérience dans le vestiaire (Horford et Morris ont dû apprécier) et promis, au début de la saison 2018-2019, qu'il resterait pour longtemps dans le Massachusetts, avant de prendre la poudre d'escampette l'été suivant, direction les Nets. A Brooklyn, il s'est fait remarquer en claquant 50 points pour son premier match avant de se blesser. Son avis sur l'équipe ? Bonne mais manquant encore d'une ou deux pièces de grande valeur. Levert, Dinwiddie, Allen, Harris et les autres ont dû se sentir soutenus.

Kyrie Irving, Brooklyn Nets

Crédit: Getty Images

"Ce n’est pas qu’on ne savait pas comment se comporter autour de lui. C’est plus qu’on ne savait pas comment lui allait agir. On ne savait pas de quelle humeur il était", analysait, pour The Athletic, Marcus Smart son ancien coéquipier à Boston. Lunatique Kyrie ? Sans doute. Leader ? Certainement pas. De fait, le voir être élu par ses pairs vice-président du syndicat des joueurs en février dernier, avait de quoi surprendre. L'ambivalence toujours. Quand certains dépeignent un coéquipier peu avenant, d'autres le voient apparemment capable de défendre les intérêts des joueurs.

Depuis ses débuts en NBA, Irving livre donc un cocktail détonnant de performances monstres, d'un style unique et de sorties médiatiques déroutantes. Il est alors aisé de comprendre pourquoi les ardents défenseurs de la reprise de la saison NBA se frottent les mains quand il incarne la position adverse.

Mardi soir, le NY Daily News avançait même que le meneur né en Australie voulait créer une ligue parallèle à la NBA et qu'il l'aurait proposé à ses coéquipiers des Nets dans une conversation Whatsapp. Information démentie par les joueurs de Brooklyn, Caris Levert et Théo Pinson. Nouvelle pièce dans la machine des fantasmes que Kyrie Irving fait naître autour d'une personnalité définitivement à part.

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