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Dans les coulisses de la draft de Kobe : Comment 13 franchises ont snobé une future légende

Dans les coulisses de la draft de Kobe : Comment 13 franchises ont snobé une future légende

Le 25/03/2020 à 14:06Mis à jour Le 25/03/2020 à 22:50

NBA – Flashback en juin 1996, juste avant l’arrivée dans la ligue d’un certain Kobe Bryant. Le gamin tout juste sorti du lycée était déjà une superstar en devenir. Et pourtant, treize équipes ont laissé passer leur chance de le sélectionner. Décryptage des erreurs regrettées par de nombreux dirigeants pendant des années par la suite.

John Lucas était un crack au lycée. Un meneur gaucher plus talentueux et plus prolifique que tous ses camarades. Des exploits au plus jeune âge qui lui ont ouvert les portes de l’université de Maryland puis, plus tard, de la NBA en tant que premier choix de la draft 1976. C’est quasiment vingt ans plus tard, après une carrière honnête mais marquée par des problèmes d’addiction à l’alcool et à la cocaïne, que le coach des Sixers entend parler pour la première fois d’un "lycéen encore plus fort que toi", selon les mots de sa compagne. Un camarade de classe de sa fille. Kobe Bean Bryant.

L’établissement de Lower Merion, à Philadelphie, n’est pourtant pas réputé pour ses athlètes avec son gymnase vieillot et un parquet qui grince au moindre mouvement. Et pourtant, la foule s’y entasse chaque week-end pour assister aux exploits d’un jeune surdoué de la balle orange. Le fils de Joe Bryant, ancien coéquipier de Lucas chez les pros.

L’entraîneur veut en avoir le cœur net. Il ne sera pas déçu. Impressionné par le niveau de jeu du bonhomme, qui culminait à plus de 31 points, 10 rebonds et 5 passes décisives lors de son avant-dernière année dans le secondaire. C’est alors qu’il rend la décision d’inviter le freluquet à se mesurer à un degré de compétition beaucoup relevé à l’été 1995.

Kobe Bryant face à son idole Michael Jordan et les Chicago Bulls en 1997

Kobe Bryant face à son idole Michael Jordan et les Chicago Bulls en 1997Getty Images

Bryant est convié à un entraînement des Sixers. Et il domine ses aînés de la tête et des épaules. Au point où le coach se sent obligé d’arrêter la séance pour ne pas froisser la confiance du rookie Jerry Stackhouse (deux fois All Star par la suite). Ce dernier jure que c’est faux. Déjà à l’époque, il y avait un mythe autour de Kobe. Des légendes urbaines rapportées par le bouche à oreille.

"En fait, ce qui compte vraiment c’est qu’il était tellement fort que vous pouviez y croire", racontait l’un des coéquipiers du Black Mamba à Lower Merion. Tellement fort que l’adolescent décide de sauter la case universitaire - alors qu’il est convoité par les facultés les plus prestigieuses du pays - pour s’inscrire à la draft 1996. "Il se met le doigt dans l’œil. Il est loin d’être prêt", rapporte alors Marty Black, un recruteur renommé en NBA.

Repéré par les Nets, déniché par les Lakers

Peu de gens le savent aujourd’hui mais la carrière de Kobe Bryant devait débuter aux New Jersey Nets. Une franchise peu cotée, implantée du "mauvais" côté de l’Hudson River et même perçue comme maudite par les amateurs de sports US. L’organisation avait une chance de changer le cours du destin en disposant du huitième choix de la draft 96. Bryant, 17 ans, a passé trois essais avec les Nets. Trois essais "phénoménaux" d’après John Nash, GM de l’époque, qui revient sur cette période dans le livre de Jonathan Abrams intitulé "Boys Among Men".

Nash et John Calipari, le coach, sont alors convaincus de piocher le prodige de Philly. Ils font part de leur intention à l’un des sept membres du comité de direction de l’organisation. Ce dernier les invite à retrouver la raison et à se concentrer sur John Wallace, un intérieur confirmé qui a effectué un cursus complet à l’université de Syracuse (finalement drafté en 1997, il a joué 381 matches NBA jusqu’en 2004 pour 7,6 points de moyenne). Malgré tout, Calipari et Nash restent déterminés à choisir Kobe.

Jusqu’à ce que son agent, Arn Tellem, prévienne les dirigeants et insiste sur le fait que son client ne veut pas jouer dans le New Jersey, prétextant une embrouille familiale et donc une envie de s’éloigner de Philadelphie. Nash ne mord pas. Mais Calipari, lui, reçoit un appel de Bryant qui lui assure qu’il ira jouer en Italie s’il est sélectionné par les Nets. Un peu plus tard, un autre agent, David Falk, celui de Michael Jordan mais aussi du prospect Kerry Kittles, met la pression sur le coach et insiste sur le fait qu’il a intérêt à drafter ce dernier avec son huitième choix.

Cooper martyrisé, les Lakers enchantés

Finalement, le jour J arrive, Calipari avertit les dirigeants de New Jersey que les Nets prendront Kittles s’il est encore disponible en huitième position et Bryant dans le cas contraire. Deux d’entre eux, excédés que le lycéen soit encore considéré, quittent la salle de réunion. Il faut comprendre le contexte de l’époque. Les rares joueurs à passer directement du lycée à la NBA sont des intérieurs comme Moses Malone ou Kevin Garnett, entre autres. Michael Jordan met la ligue à ses pieds mais, derrière lui, les superstars sont des colosses comme Hakeem Olajuwon, Karl Malone, Patrick Ewing, David Robinson ou Shaquille O’Neal.

Le Shaq, justement, est le plus gros poisson de la Free Agency 1996. Jerry West, manager des Lakers, veut frapper un grand coup. Il sait que le pivot dominant a un attrait important pour la musique et le cinéma et que la lune de miel avec Orlando est terminée. Los Angeles fait alors figure de destination rêvée. Mais pour le signer, les Angelenos doivent d’abord réduire leur masse salariale. Et notamment se séparer de Vlade Divac, solide titulaire sous l’arceau. West n’est donc pas vraiment concentré sur la draft et encore moins sur Kobe Bryant. Les Lakers disposent seulement du 24e choix. C’est Bryant lui-même qui demande alors à faire un test avec la franchise hollywoodienne.

Kobe Bryant of the Los Angeles Lakers drives to the basket against Kevin Garnett of the Minnesota Timberwolves during the NBA game between the Los Angeles Lakers and the Minnesota Timberwolves at the Staples Center in Los Angeles, California, on March 31,

Kobe Bryant of the Los Angeles Lakers drives to the basket against Kevin Garnett of the Minnesota Timberwolves during the NBA game between the Los Angeles Lakers and the Minnesota Timberwolves at the Staples Center in Los Angeles, California, on March 31,Getty Images

Le GM accepte et l’oppose à Dontae Jones, un joueur NCAA confirmé de 21 ans qui vient de mener Mississippi State au Final Four. Les deux prospects se défient dans des séries de un-contre-un pendant une heure. Kobe prend largement le dessus. "Vous pouviez prédire son avenir à ce moment-là. J’étais admiratif rien qu’en jouant contre lui", admet Jones. Mais West ne veut pas en rester là. Pour se faire un avis définitif, il oppose le jeune homme à Michael Cooper, ancien champion NBA et stoppeur des Lakers version "Showtime". Cooper, 40 ans, est retraité depuis cinq saisons mais il s’est maintenu en forme. Là encore, c’est Bryant qui sort vainqueur. Aisément. "C’est bon, j’en ai vu assez, affirme Jerry West. Il est déjà plus fort que tous les gars de notre équipe."

13 équipes, autant d'erreurs différentes

Philadelphie possède le premier choix de la draft 1996. Tony DiLeo, scout à cette période (et plus tard GM), assure qu’il a poussé pour que ses dirigeants prennent Kobe, icône locale, d’entrée. Mais Allen Iverson était leur chouchou. DiLeo a alors demandé un transfert de Jerry Stackhouse en l’échange d’un autre pick. Ils ont refusé. Les Sixers auraient pu avoir Iverson et Bryant. Ils ont eu Iverson et Stackhouse. Et ça n’a pas marché. Le "Stack" a été expédié à Detroit en 1997.

2003, Philadelphia 76ers, Allen Iverson (AFP)

2003, Philadelphia 76ers, Allen Iverson (AFP)AFP

Le deuxième choix revient à Toronto. Isiah Thomas, le GM, prétend qu’il voulait miser sur Bryant mais que le père du joueur l’a appelé pour lui dire que son fils n’irait pas dans l’Ontario. Les Raptors ont choisi Marcus Camby. Suit Vancouver, une autre équipe canadienne. Les Grizzlies estimaient avoir suffisamment d’arrières et ils ont sélectionné Shareef Abdur-Rahim. Milwaukee et Minnesota ont échangé leur quatrième et cinquième choix.

Les Timberwolves étaient donc en position pour associer Kobe Bryant à Kevin Garnett. Ils n’ont pas osé, étant donné qu’ils avaient déjà drafté un lycéen (KG) l’année précédente. Ils ont donc eu Garnett et Stephon Marbury. Ça n’a pas marché et le meneur fantasque a été échangé après deux saisons. Les Bucks ont eux pris Ray Allen.

Divac victime collatérale

Propriétaires du sixième choix, les Celtics, qui avaient mis Bryant à l’essai, ont opté pour Antoine Walker. Le regretté Lorenzo Wright a atterri aux Clippers à la septième place. Les Nets ont donc pioché... Kerry Kittles en huit. Samaki Walker (Dallas) en neuf, Erick Dampier (Indiana) en dix, Todd Fuller (Golden State) en onze, Vitaly Potatenko (Cleveland) en douze. Puis c’était au tour de Charlotte en treizième position.

Bob Bass, le GM des Hornets, avait un accord avec Jerry West pour un échange impliquant le pick tandis que Vlade Divac devait prendre la direction des Hornets. Le transfert a été acté… mais le Serbe, dévasté par la nouvelle, a d’abord refusé de se rendre en Caroline du Nord. L’affaire a traîné pendant deux semaines. Puis il a finalement accepté. Avec Divac, les Hornets sont passés de 41 à 53 victoires et Bob Bass a été élu dirigeant de la saison en 1997. Kobe, lui, est donc arrivé à LA.

Au final, le plus cocasse dans toutes ces histoires, c’est la manière dont chaque dirigeant a voulu se dédouaner en trouvant chacun des excuses pour expliquer pourquoi ils n’ont pas choisi celui qui est devenu cinq fois champion NBA par la suite. Le parcours de Kobe Bryant aurait pu commencer de plein de manières différentes avec de nombreux détails qui ont fait pencher la balance du côté de Los Angeles. L’histoire voulait qu’il joue aux Lakers. Simplement.

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