Joel Embiid devait révolutionner la NBA. L’arrivée du nouveau Hakeem Olajuwon, toutes proportions gardées bien entendu. Un géant de 2,16 mètres avec de la technique et un jeu de jambes digne de son aîné au poste bas, du touché, de la puissance, de l’agilité et même une pointe d’adresse à trois-points. Un prototype. Celui du pivot parfait, censé être le lien entre le basket dos au panier d’autant et le jeu rapide moderne, porté sur le tir à trois-points.

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Finalement, un fantasme. Ou un mirage. Embiid est un excellent joueur. L’un des meilleurs de la ligue. Mais à 26 ans et après quatre saisons pleines (et deux premières années blanches) chez les pros, le décollage se fait toujours attendre. Il ne boxe pas dans la même catégorie que les LeBron James, Anthony Davis, Kawhi Leonard ou Giannis Antetokounmpo, bien qu’il en ait le potentiel. Il ne lutte pas non plus vraiment dans la course au titre, même si les Philadelphie Sixers en font un objectif à chaque fois.

Le Camerounais n’a pas encore passé le deuxième tour. Il est même peut-être descendu d’un rang ou deux dans la hiérarchie des pivots en NBA. Nikola Jokic est maintenant aisément considéré comme le meilleur à son poste. Et pourtant… ce statut devrait lui revenir. C’est justement ce que lui reprochait à maintes reprises la légende Shaquille O’Neal : ne pas dominer constamment ses adversaires, comme lui savait justement le faire. De se "contenter d’être bon" sans chercher à "être grand." Finalement conscient du problème, l’intéressé avait avoué que Shaq "avait sans doute raison" en décembre 2019. Pour finalement retomber dans les mêmes travers.

L'heure de la revanche a sonné pour Joel Embiid

Quelques mois plus tard, les Sixers sortaient par la petite porte, éliminés au premier tour des playoffs. Un échec. Voire même une humiliation pour Joel Embiid. C’est peut-être exactement ce qui lui fallait paradoxalement. Parce que le voilà revanchard. Prêt à sortir la saison de sa vie. "C’est un joueur dominant", insiste son nouveau coach Doc Rivers. "Les autres équipes sont obligés de le prendre à deux."

Il n’y a pas un seul autre pivot en NBA avec le gabarit du bonhomme. Pas même Karl-Anthony Towns. Il représente un danger constant pour les défenses quand il a la balle dessous, proche du panier. Le mix entre sa taille, son gabarit et sa technique le rend quasiment impossible à arrêter en un-contre-un. Alors les coaches adverses demandent à leurs joueurs de doubler la star des Sixers. C’est justement l’un des axes de progression ciblé par Rivers à son arrivée à Philly : faire d’Embiid un meilleur passeur dans ces situations. "C’est l’un des premiers sujets que nous avons évoqué avec lui", raconte Rivers. Après deux semaines de compétition, l’évolution se fait déjà ressentir. Avec encore 4 passes décisives pour lui hier soir, lors de la victoire contre les Hornets (118-101).

Joel Embiid (Philadelphia 76ers) segna 49 punti contro gli Atlanta Hawks - NBA 2020

Crédit: Getty Images

Ce n’est pas juste le joueur qui passe un cap. Ce sont surtout les Sixers qui l’ont mieux entouré. Débarqué en Pennsylvanie pendant l’intersaison, le GM Daryl Morey s’est de suite distingué en refourguant le gros contrat d’Al Horford tout en se séparant de Josh Richardson. Seth Curry et Danny Green sont arrivés à Philly. Des décisions qui apportent un bien meilleur équilibre à l’effectif ! Enfin de l’espace ! Enfin des snipers capables de mettre dedans de loin ! Et ça change absolument tout. Tobias Harris peut désormais jouer ailier-fort, un poste qui lui convient beaucoup mieux dans cette ligue, et il excelle à nouveau (19 points, 52% aux tirs, 47% à trois-points).

Enfin une équipe des Sixers cohérente

Surtout, Embiid dispose d’espaces béants dessous. Les lignes sont plus étirées, même avec Ben Simmons qui ne prend pas un tir à plus de quatre mètres. La raquette est désormais entièrement sous contrôle du natif de Yaoundé. Et ça ramène à nouveau à ce dilemme pour la défense : "Joel est très dur à ralentir. Les équipes adverses doivent faire un choix. Accepter le un-contre-un ou venir en aide, ce qui libère nos shooteurs. Ce sont deux bonnes options pour nous", confie le coach, enthousiaste. Sacré casse-tête… Parce que derrière, ce sont des angles complètements ouverts pour Green, Harris ou Curry, tous en réussite depuis le début de la saison. Enfin un cercle vertueux aux Sixers. Embiid profite de leur présence et ils profitent de la sienne.

Toute l’équipe, en revanche, peut le remercier pour le travail défensif abattu. Sans être aussi réputé que Rudy Gobert, il est l’un des meilleurs protecteurs du cercle du championnat. La tour de contrôle de la meilleure défense NBA depuis le début de la saison (et de loin : 99 points encaissés sur 100 possessions !). L’élément moteur, c’est lui. Ça ne fait plus aucun doute. D’ailleurs, les Sixers ont perdu un seul match (118-94 contre les Cavaliers), celui qu’il n’a pas disputé en raison de douleurs au dos. Ça témoigne de son importance capitale mais aussi du besoin impératif qu’il reste en bonne santé pour que sa franchise brille. Et c’est justement l’un de ses points faibles depuis le début de sa carrière. Son corps peine à tenir la cadence.

Joel Embiid #21 of the Philadelphia 76ers celebrates a three point shot against the Orlando Magic at Wells Fargo Center on October 20, 2018 in Philadelphia, Pennsylvania.

Crédit: Getty Images

C’est éventuellement ce qui peut le pénaliser dans la course au MVP. Parce que oui, même s’il est très, très tôt dans la saison, il va falloir tout doucement (vraiment tout doucement) y penser. Il ne sera probablement pas élu en fin de saison mais il peut aspirer à une place dans le top-cinq. Celle qui devrait justement être la sienne chaque saison. En tout cas, il est parti pour vivre la meilleure année de sa carrière. Moins prolifique mais plus efficace que jamais. Avec 23 points à 52% aux tirs, plus de 12 rebonds, presque 80% aux lancers-francs, 1 interception, 1,7 block et 3 passes pour le moment. Et des Sixers qui caracolent en tête de la NBA avec six victoires en sept rencontres. Le moment de gloire de Joel Embiid est peut-être enfin arrivé.

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