Stephen Curry qui remonte la balle à vivre allure, puis dégaine à trois-points en première intention juste après avoir profité d’un écran de Draymond Green. Klay Thompson, l’action d’après, qui prend lui aussi sa chance de loin après s’être démarqué. Autant d’actions répétées qui ont rythmé le règne des Golden State Warriors entre 2015 et 2019.
Cinq finales de rang, trois titres. L’une des cinq dynasties les plus marquantes de l’Histoire de la NBA. Et si cette équipe, si incroyable, vainqueure de 73 matches, un record, en 2016, puis quasiment invincible suite à l’arrivée de Kevin Durant, avait pour origine une autre formation flamboyante créée un peu plus de dix ans auparavant ?
Les rapprochements avec les Phoenix Suns de Mike D’Antoni et Steve Nash, qui terrorisaient la ligue entre 2004 et 2008, sont tentants. Et même justifiés. Parce que même si la franchise de l’Arizona n’est jamais allée au bout, elle a dicté les codes qui régissent le basket d’aujourd’hui. Ceux mêmes qui ont été embrassés par les hommes de Steve Kerr lors de leurs campagnes victorieuses.
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Les Suns, une équipe qui a révolutionné le basket

Mais avant de parler des Warriors, plongée une dizaine d’années en arrière, quand les Suns étaient au zénith. Mike D’Antoni a été promu sur le banc fin 2003, en remplacement de Frank Johnson. Dès la saison suivante, Phoenix terminait avec le meilleur bilan du championnat, 62 victoires, et Steve Nash était élu MVP. Avant de tomber en finales de Conférence contre les Spurs, futurs champions.
Nouvelle épopée à l’Ouest et nouveau trophée de MVP pour le meneur canadien en 2006. Cette fois-ci, ce sont les Mavericks qui ont fait passer les Suns, privés d’Amar’e Stoudemire, blessé, à la trappe. 61 victoires suite au retour de l’intérieur All-Star en 2007. Mais pour une autre désillusion. Une demi-finale perdue, encore contre San Antonio, sous fond de polémique. D’Antoni a fait un dernier exercice sur le banc, en 2007-2008, conclu par une sortie de route au premier tour et une séparation.

Boris Diaw Steve Nash Amar'e Stoudemire

Crédit: Allsport

La fin d’une époque. Pas de titre à la clé mais un style de jeu qui a marqué les esprits. Menés par le génie de Nash, les Suns jouaient très vite. Surnommé "seven seconds or less", soit leur temps de possession avant de prendre un tir. D’Antoni encourageait ses joueurs à constamment courir et dégainer, et de loin si possible. "Je pense que Mike [D’Antoni] était vraiment le premier à mettre en avant le fait qu’il fallait prendre du plaisir sur le terrain et notre équipe se nourrit de cette idée, tout comme les Suns à l’époque ", fait remarquer Steve Kerr.
Petite illustration en chiffres. En 2004-2005, Phoenix était de loin l’équipe la plus "rapide" de la ligue avec 97 possessions jouées par match. C’était aussi la meilleure attaque avec un rating offensif de 112,7 et l’équipe qui tentait le plus de tirs à trois-points avec plus de 24 en moyenne chaque soir. Même constat avec des chiffres plus ou moins similaires la saison suivante. Ils ont vite inspiré d’autres formations puisque, dès 2007, les… Warriors (de Baron Davis et Stephen Jackson, entre autres) jouaient encore plus rapidement que les Suns. "Pour moi, c’est à ce moment-là que la NBA a commencé à changer de style de jeu", souligne Kerr : "Mike est le coach qui a révolutionné le basket."

Une philosophie en avance sur son temps, source d'inspiration des Warriors

Dix ans après, Golden State gagnait 73 rencontres, effaçant des tablettes le record des Bulls de Michael Jordan. Cette saison-là, les Warriors pratiquaient un basket qui présente des points communs avec celui des Suns. 100 possessions par match, plus que n’importe quelle autre équipe. Et 31 tirs tentés derrière l’arc. Une évolution. En 2016, jouer 96 possessions par match et envoyer plus de 24 missiles de loin est devenu la norme. C’était même la moyenne NBA. Puis tout a explosé. Avant que la saison soit suspendue, l’équipe la plus "lente" de la ligue disputait 96 possessions en moyenne… Et Indiana était celle qui prenait le moins de trois-points avec 27 par match.

Mike D'Antoni Steve Nash

Crédit: Getty Images

Ça montre à quel point les Suns de Nash étaient en avance sur leur temps. La NBA est une ligue où les vingt-neuf autres franchises s’inspirent de la trentième, celle qui domine. Les Warriors étaient au sommet. Et aujourd’hui, la plupart des coaches ont repris des principes de Steve Kerr. Qui s’est lui-même inspiré de D’Antoni… alors que Phoenix n’a pourtant pas gagné. "On a pris des éléments du système de Mike pour créer le nôtre, avec une vision encore plus large", admet le coach des Californiens.
Le style de jeu n’est pas tout à fait le même. Kerr est aussi influencé par Phil Jackson et Gregg Popovich, deux légendes pour qui il a joué au cours de sa carrière. Mais la connexion avec Phoenix est évidente. Après tout, il était même le GM de l’organisation sous Steve Nash ! C’est même lui qui a renvoyé D’Antoni. Nash, justement, est aujourd’hui consultant pour les Warriors. Quant à Alvin Gentry, il a été assistant de Kerr après avoir été longtemps l’assistant de D’Antoni aux Suns.
Le "small ball" de Golden State, avec des joueurs sans position fixe, le basket rapide, les tirs à trois-points… ça vient en grande partie des Suns. D’Antoni jouait sans vrai pivot - avec parfois Boris Diaw (et fin, en plus) - en poste cinq à une époque où les mastodontes étaient plus nombreux en NBA. Ou alors avec Stoudemire entouré de quatre joueurs extérieurs. Les bases du basket moderne.
Ils ne sont pas allés au bout mais ils ne sont pas passés loin. Sans les sanctions très sévères infligées à Diaw et Stoudemire - suspendus pour un match capital de la finale de Conférence après s’être levés du banc suite à une agression de Robert Horry sur Steve Nash - ils auraient peut-être (sans doute ?) décroché le titre en 2007. Le destin en a voulu autrement. Alors oui, les Suns n’ont pas été sacrés. Mais ils ont fait plus que ça. Ils ont mené une révolution, comme l’explique Steve Kerr : "Le fait que toute la ligue joue maintenant comme les Suns de Mike, ça valide ses accomplissements. Il a impacté toute l’industrie et c’est beaucoup plus impressionnant que de gagner un titre."
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