Rétrogradé spectateur et supporter, Giannis Antetokounmpo assistait à l’élimination de ses coéquipiers. Impuissant. Scotché sur le banc en raison d’une entorse à la cheville. "Je me sentais perdu", confie le Grec. D’ici quelques jours, il recevra sans doute son deuxième trophée de MVP consécutif. Devenant ainsi le troisième joueur de l’Histoire à dédoubler MVP et DPOY la même année. Mais ça n’a presque plus d’importance. Parce que la saison des Bucks est déjà terminée. Favorite pour le titre, machine à gagner et rouleau-compresseur de la Conférence Est pendant la saison régulière, l’équipe de Milwaukee s’est pris un mur. Celui dressé par la défense de Miami devant Antetokounmpo. Une sortie de route prématurée, un 4-1 encaissé dès le second tour. Quel échec. Quelle déception.

Ce n’est pas seulement le résultat, c’est aussi la manière. Ce score, la physionomie de la série et la domination du Heat, laissent presque penser que les Bucks étaient finalement loin du compte. Ce que nous aurions été très loin d’imaginer avant que la saison soit interrompue par l’épidémie de COVID-19. Le groupe qui a débarqué à Disney était pourtant le même… mais il y avait un sentiment différent. Une impression étrange. Comme si quelque chose s’était cassé, sans que l’on sache ou comprenne réellement quoi pour l’instant. Giannis et ses partenaires n’ont pas dominé dans la bulle. En-dessous de leurs standards. Et ça s’est vu dès le premier match des playoffs, perdu contre le Magic. Les Bucks ont relevé la barre ensuite. Avec entre temps un boycott des playoffs venu, là encore, chambouler les esprits. Mais contre le Heat, l’écart de niveau était trop flagrant. Trop grand pour être surmonté.

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Antetokounmpo, MVP logique à l'avenir incertain
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Eric Bledsoe, NBA

Crédit: Getty Images

Un système des Bucks aux lacunes évidentes

Avec le recul, même léger, on constate tout de même que le système et l’effectif de Mike Budenholzer posent certaines limites. Car tant que le "Greek Freak" ne sera pas un joueur dominant sur demi-terrain, les Bucks devront compter sur Khris Middleton et Eric Bledsoe pour faire la différence. Et sans leur manquer de respect, ils n’ont pas les épaules pour. Pas au-delà d’un certain niveau. Antetokounmpo continue sa progression. Il est un peu plus adroit aux tirs – même si sa maladresse aux lancers est inquiétante – et il n’hésite pas à prendre sa chance derrière l’arc en première intention. Mais ce n’est pas encore suffisant. Dès que le jeu est ralenti, ce que Miami a très bien fait en l’empêchant de prendre de la vitesse en transition, le géant perd en efficacité. Sans un arsenal offensif étoffé, il en devient prévisible. Fort, toujours, bien sûr, mais moins dévastateur.

Du coup, sur une fin de match serrée, les Bucks se retrouvent à donner des ballons très importants à Bledsoe et Middleton. Ce sont à eux de se créer leur tir, ce que Giannis peine parfois à faire. Encore une fois, c’est trop juste pour vraiment viser le titre. Les dirigeants ont entouré leur superstar de nombreux tireurs extérieurs et c’est intéressant. Mais il manque encore un vrai lieutenant de luxe, une co-star capable de chambouler la défense, de créer des décalages et ainsi offrir plus d’espace à Antetokounmpo. Et aussi de débloquer des situations compliquées avec un move, un panier difficile ou un drive vers le cercle. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si le nom de Chris Paul circule déjà du côté du Wisconsin. C’est peut-être le joueur parfait pour que cette équipe passe un cap.

Giannis, il faut le voir comme un pivot dominant. Un Shaquille O’Neal qui a besoin d’être alimenté en ballons. Les deux profils sont évidemment différents. Mais l’idée reste la même. Shaq avait son Penny Hardaway. Son Kobe Bryant. Son Dwyane Wade. Antetokounmpo a Bledsoe. Alors ça ne l’exempt pas de toutes responsabilités pour autant. Lui aussi n’a pas su hausser son niveau de jeu le moment venu. Et c’est paradoxalement quand il est sorti sur blessure au cours du Game 4 que les Bucks se sont mis à retrouver de l’envie et du collectif. Le seul match gagné sur la série.

Mike Budenholzer et Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks)

Crédit: Getty Images

Et la Free Agency de Giannis approche...

Quoi qu’il en soit, Milwaukee a évidemment besoin de son MVP. C’est l’un des trois ou quatre meilleurs joueurs au monde. Et il a besoin d’être mieux entouré. Il y a eu des erreurs. Mike Budenholzer est un très bon coach mais il peine à s’ajuster. Il l’avait déjà montré par le passé. Erik Spoelstra l’a dominé tactiquement sur cette série. Le GM, aussi, a peut-être fait un mauvais pari en misant sur Bledsoe plutôt que sur Malcolm Brogdon, laissé libre et qui a depuis explosé à Indiana. Aujourd’hui, Bledsoe est peut-être le seul joueur susceptible d’être échangé pour améliorer l’effectif. Parce que la marge de manœuvre est très limitée. Les finances sont déjà dans le rouge.

Et il y a urgence malgré tout. Le timing de cette élimination bouleversante n’est pas idéal. Parce que Giannis Antetokounmpo est éligible à une extension au super max pendant l’intersaison. S’il la refuse, il sera libre de signer où bon lui semble en 2021. Pour l’instant, il n’a cessé de répéter son engagement à l’organisation. Mais cet échec a forcément un impact dans son esprit. Ses dirigeants doivent lui prouver qu’ils peuvent être en mesure de l’accompagner dans sa quête de titre. En attendant, Toronto et Miami se seraient déjà placés en principaux candidats pour accueillir le joueur de 25 ans en 2021. Les Bucks ont maintenant quelques mois pour digérer. Et vite repartir de l’avant. C’est l’avenir de la franchise qui en dépend.

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