Les Suns s’apprêtaient à perdre contre les Nuggets. Il ne restait plus qu’une trentaine de secondes à jouer lorsque les arbitres sifflaient une faute contre Mikal Bridges, avec deux lancers-francs à venir pour Gary Harris. Monty Williams, le coach de Phoenix, semblait presque résigné. Mais pas Chris Paul. Persuadé qu’il s’agissait d’une injustice, le vétéran militait auprès de son entraîneur pour presser les officiels de revoir leur jugement. "D’habitude, les arbitres ne changent pas d’avis sur les fautes", confiait le coach. "Mais il a insisté." Williams a fini par suivre le conseil de son meneur All-Star. Et bien lui en a pris. Après avoir regardé à nouveau l’action, les hommes au sifflet ont finalement rendu la possession à Phoenix. "Chris est un atout pour notre équipe de tellement de manières différentes."

Ce moment peut paraître anodin mais il décrit parfaitement CP3. Un génie insupportable, qui ne lâche jamais rien, toujours persuadé qu’il a raison, et, bien souvent, c’est le cas. Un basketteur qui voit ce que les autres ne voient pas. Les dernières secondes de cette même rencontre sont aussi parfaitement à son image. Parce que quelques instants après avoir récupéré le cuir, il donnait la victoire aux siens avec un dernier panier décisif. "Sa capacité à prendre et à mettre ces tirs là est énorme pour nous", poursuivait Williams. Il s’était déjà distingué dès le coup d’envoi de la saison, pour son premier match officiel avec les Suns, en inscrivant le game winner pour faire plier Luka Doncic et les Mavericks.

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Dix jours après ce choc contre Denver, la franchise de l’Arizona affiche l’un des meilleurs bilans de la NBA avec sept victoires et trois défaites. Une simple envolée avant de rentrer dans le rang ? Peu probable. Devin Booker et ses coéquipiers s’étaient déjà distingués en décrochant huit victoires de suite pour finir invaincus dans la bulle Disney, sans pour autant parvenir à se qualifier pour les playoffs. Ils s’inscrivent aujourd’hui dans cette continuité… mais pas seulement. Parce que ajoutez Chris Paul à une formation qui compte déjà l’un des vingt ou vingt-cinq meilleurs joueurs du monde, entourez-les de bons basketteurs sérieux et appliqués et vous obtenez un groupe armé pour aller loin.

Devin Booker et Chris Paul

Crédit: Getty Images

Chris Paul, l’art de contrôler les matches

Mais ce changement de dimension, il s’explique principalement par Paul. Son apport est perceptible à chaque match. Avec son empreinte sur tout ce que les Suns font de bien depuis le début de ce nouvel exercice. Avec lui, pas question de courir dans tous les sens et de dégainer à tout va. Au contraire. Tout est calculé. Le jeu est ralenti. Analysé à chaque seconde, chaque mouvement. Dans un seul but : trouver la faille chez l’adversaire et gagner. Depuis son arrivée, Phoenix joue avec la cadence la plus lente de toute la ligue. Bien loin du "seven seconds or less" de Steve Nash et Mike D’Antoni.

Tous ses camarades se sont adaptés à son style. Mais aussi à sa force de caractère. Contre les Nuggets, encore une fois le même exemple, ils menaient de 16 points dans les dernières minutes du troisième quart temps. Avant de baisser le pied et de laisser Nikola Jokic et compagnie revenir au score. L’année dernière, ils auraient probablement perdu la rencontre. Mais pas avec CP3. Hors de question. Ils ne se sont pas désolidarisés. Ils n’ont pas paniqué. Et ils ont fini par refaire la différence sur le fil. "Ça témoigne de notre résistance. On veut apprendre de ces situations tout en gagnant", notait le maestro.

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Bien sûr qu’il n’est pas le seul à contribuer sur le terrain. Loin de là. Booker est une menace permanente en attaque. Deandre Ayton poursuit son évolution, tout comme Mikal Bridges (de plus en plus intéressant balle en main). Les deux Cameron, Payne et Johnson, brillent en sortie de banc. Jae Crowder fait le boulot. Mais tous profitent de la présence du chef d’orchestre. Il y a des soirs où Paul donne l’impression de ne pas faire grand-chose. En réalité, il met ses partenaires sur orbite en leur trouvant les meilleures opportunités possibles. Avant de prendre le relais et de faire la différence lui-même quand son équipe a le plus besoin de lui. Avec un sang-froid à toutes épreuves dans les moments les plus chauds.

C’est comme ça qu’il joue depuis le début de sa carrière. Et ça a toujours fait ses preuves. Chris Paul se comportait comme un ancien dès ses premiers pas en NBA. Avec, à la clé, des résultats immédiats. Les Hornets (alors à New Orleans) sont passés de 18 à 38 victoires à son arrivée en 2005. Sous l’impulsion du meilleur rookie de l’époque. D’ailleurs, hormis lors de ses deux premières saisons chez les pros, il a toujours mené ses équipes à un bilan positif (sauf aussi en 2010, mais il a été blessé la moitié de l’année). Parce que c’est sa marque de fabrique, il fait gagner. Quels que soient les joueurs autour. C’est même à se demander pourquoi il n’a pas eu plus de succès.

Le maillot de Chris Paul, leader des Suns

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Zéro titre, une anomalie pour CP3

Comment est-il seulement possible que le meilleur joueur de sa génération sur sa position n’est jamais disputé les finales NBA ? Sans doute la réunion de plusieurs facteurs. Déjà, il n’a pas toujours été suffisamment bien épaulé. N’oublions pas qu’il portait des équipes plutôt moyennes des Hornets jusqu’au second tour des playoffs, dans une Conférence Ouest incroyablement compétitive. C’était un vrai bel accomplissement en prenant en compte les circonstances. Parce que derrière lui, il y avait David West, un Peja Stojakovic en fin de parcours et… pas grand-chose de plus.

Ensuite, il y a la chance. Ou plutôt la malchance. Parce qu’aux Clippers, par exemple, Paul pouvait compter sur une armada. Quasiment jamais au complet, cependant, la faute aux blessures à répétition. Soit les siennes, soit celles de Blake Griffin. Il y aussi eu quelques beaux ratés. Comme lorsque CP3 s’est écroulé dans les dernières secondes d’un match décisif d’une magnifique série contre le Thunder. Ou quand les Clippers ont honteusement gaspillé une avance de 3-1 (déjà) contre les Rockets. Deux incidents de parcours qui sont restés gravées dans l’esprit des passionnés, au point de donner à Paul une image de loser qui ne lui correspond pas.

On peut se demander à quel point sa… taille n’a pas joué un rôle. Ça peut surprendre comme raisonnement mais les franchises qui vont au bout en étant mené par un joueur d’à peine 1,85 mètres (et encore, c’est sa taille officielle, en réalité il fait sans doute cinq centimètres de moins) sont très, très, très rares. Et faire la différence soir après soir peut s’avérer éprouvant pour un athlète qui affronte des hommes à qui il rend au moins vingt centimètres.

Toujours est-il que Paul souffre d’une réputation usurpée. Après tout, il n’est pas passé si loin du titre en 2018, quand Houston a fini par craquer contre Golden State… en son absence (les Texans menaient 3-2 mais il n’a pas joué les Games 6 et 7). Dans tous les cas, il est sans doute le plus gros compétiteur – dans l’esprit – depuis Michael Jordan. Leurs jeux sont évidemment complètement différents, et leur palmarès aussi. Mais la mentalité est très similaire.

Il a aussi le mérite d’être un leader très spécial et l’un des meilleurs meneurs de jeu de tous les temps. La perception à son sujet aurait peut-être été bien différente si la NBA n’avait pas cassé son transfert aux Lakers en 2012… Mais il n’y a pas besoin de bagues pour que Chris Paul soit considéré comme un grand champion.

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