La prochaine Draft accouchera-t-elle du Français le mieux classé de l'histoire ? Les projections tendent de plus en plus à faire de Killian Hayes le joueur tricolore drafté le plus haut depuis la création de la grand-messe de la NBA, devant Frank Ntilikina en 2017 (8e pick). Initialement prévue le 25 juin, la Draft, reportée à cause de la pandémie de Covid-19, se tiendra finalement le 18 novembre, par visio-conférence.

Malgré l’incertitude qui régnait quant aux modalités de la cérémonie, les meilleurs jeunes basketteurs de la planète seront bien réunis, ce mercredi, devant leurs écrans pour être fixés sur leur sort. Parmi eux, le meneur franco-américain du Ratiopharm Ulm (Allemagne), Killian Hayes, 19 ans, que certains experts annoncent dans les 10 premiers joueurs de cette nouvelle cuvée. "La NBA a toujours été mon rêve !" affirmait déjà l'ancien Choletais en février 2019, alors qu'il venait d'intégrer l'équipe première de son club formateur en Jeep Elite. Dès les catégories jeunes, le gaucher rafle tous les titres et récompenses au niveau national et international, jusqu'à être couronné champion d’Europe des moins de 16 ans et MVP du tournoi en 2017.

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"Pas vraiment de plan B"

Après trois saisons professionnelles à Cholet, le Frenchie d’1,97 m décide en juillet 2019 de refuser la sélection de l'équipe de France U20, écopant de six semaines de suspension, pour se concentrer sur son principal objectif : la NBA. Jusqu'ici, Killian Hayes avait consacré chacun de ses étés à la tunique tricolore. Mais cette fois, le natif de Lakeland (Floride) choisit de retourner sur ses terres d'enfance pour suivre une préparation estivale personnalisée, avant d'opter pour une dernière saison européenne en Allemagne.

"Je taffe dur, le plus possible, pour me préparer pour le meilleur niveau, confiait-il alors. Si je ne suis pas choisi, c’est à voir sur le moment. Je ne peux pas vraiment y réfléchir. Enfin, je n’ai pas vraiment de plan B donc je fonce et je ne pense qu’à mon objectif : la NBA." A la fin de l’été, Hayes intègre le Ratiopharm Ulm pour l'exercice 2019-2020 et découvre l'Eurocoupe, où il aligne des stats qui lui valent le titre de "Rising star" de la compétition : 12,8 points; 2,3 rebonds; 6,2 passes décisives; 1,5 interception et 39% à 3 points. Déjà un premier indicateur solide pour les observateurs NBA au niveau européen.

Gros pick, jackpot

Désormais dans l’année de ses 19 ans, qu’il a fêtés en juillet dernier, le meneur français est éligible à la Draft 2020. Pour tout basketteur rêvant de NBA, cette cérémonie sacrée représente la plus grande opportunité de faire une entrée remarquée dans la Grande Ligue. Selon les observateurs, l'ex-Choletais n'a cessé de progresser dans les projections depuis deux ans et la plupart des spécialistes l'annoncent parmi les quinze premiers choix du premier tour, voire dans le top 10 pour certains.

Ainsi, ESPN l’enverrait à Sacramento en 12e position, The Ringer, à New York en 8e position, et The Athletic, à Phoenix avec le 10e choix. S'il fait effectivement partie de cette fourchette, il décrochera un contrat de deux ans de plusieurs millions de dollars (entre 2,7 et 3,5 millions de dollars annuels selon les estimations des spécialistes s’il est choisi entre la 15e et la 10e place) contre environ 50 000 euros par an quand il évoluait à Cholet. Il sera alors quasiment assuré de jouer en NBA. A titre de comparaison, Sekou Doumbouya, drafté par les Detroit Pistons en 15e position l’année dernière, a touché un salaire de 3,28 millions de dollars pour sa première saison sous contrat.

Montants annuels de base des contrats des 30 premiers joueurs draftés en 2020 pour la saison 2020-2021

ChoixSalaire la 1re année (en millions de dollars)Salaire la 2eannée (en millions de dollars)
18,138,54
27,277,64
36,536,86
45,906,18
55,335 ,60
64,845,09
74,424,64
84,054,25
93,723,91
103,543,71
113,363,52
123,193,53
133,033,19
142,883,03
152,742,87

Mais au-delà de toute considération financière, la Draft revêt surtout une portée symbolique. Paccelis Morlende est désormais retraité, mais il a participé à la Draft 2003 (celle de LeBron James, considérée comme l’une des meilleures de l’histoire), et a été choisi en 50ème position. "La Draft, ça représente l’accession à un rêve que tu as depuis gamin, témoigne-t-il. C’est quelque chose de très angoissant mais une fois qu’on appelle ton nom, c’est juste une délivrance et une grande fierté."

Quelques semaines avant le départ de Killian Hayes pour Ulm, en août 2019, l’entraîneur choletais de l’époque, Erman Kunter, se montrait encore prudent. "C’est une année d’apprentissage pour Killian, l’année prochaine il devra avoir beaucoup plus d’impact que cette saison, assurait-il. Physiquement, il faut être prêt à intégrer la NBA. Rodrigue Beaubois, par exemple, est parti très tôt pour moi (drafté par Oklahoma City à 21 ans, NDLR). A l’époque, je lui avais dit qu’il aurait dû attendre encore un an. Il a très bien commencé mais après il s’est blessé deux fois de suite. Il ne faut pas brûler les étapes, et attendre le plus tard possible, vers 21 ou 22 ans."

Mais après une saison solide du côté d'Ulm avec une moyenne de 12.8 points, 6.2 passes et 39% à trois points, le meneur est considéré comme "assez mature" par les observateurs et son entourage pour tenter l’aventure NBA. Selon le règlement américain, un joueur ne peut se présenter qu’une seule fois à la Draft. Passée cette opportunité, les portes du meilleur championnat de la planète ne sont pas fermées à jamais, mais l'entrée principale reste, elle, close.

"Un talent comme ça tous les 10 ans"

David* officie comme consultant NBA en France depuis plus de deux ans. Son travail consiste à suivre les joueurs qui vont se présenter à la Draft et à rédiger des rapports pour la franchise qui l’emploie. "Killian est un talent comme il y en a peu, admet-il. Des joueurs comme Théo Maledon (ASVEL) et Hayes, il y en a peut-être un tous les 10 ans... Là, il y en a deux ! Aujourd’hui, il y a énormément de chances que ces deux joueurs soient draftés." Depuis plusieurs années déjà, les franchises américaines ont à l’œil le jeune franco-américain et envoient régulièrement des émissaires pour scruter et évaluer son jeu.

Son agent, Yann Balikouzou, assure être en contact depuis 2017 avec plusieurs scouts ou consultants NBA intéressés par le profil de son joueur. Mais après avoir été approché par des équipes de High School (lycées américains) puis de NCAA (universités), Hayes a finalement choisi d’intégrer un effectif professionnel à Cholet, à seulement 16 ans. "On s’est dit que ce serait plus simple s’il passait par cette route-là en restant dans son club formateur", confie Yann Balikouzou.

Killian Hayes

Crédit: Getty Images

Malgré un exercice 2018-2019 compliqué sous les couleurs de Cholet Basket, le meneur bénéficie de l’arrivée d’Erman Kunter à la tête de l’équipe. Ce coach expérimenté bien connu des parquets Pro A avait été, il y a quelques années, l’entraîneur de DeRon Hayes, le père de Killian. "Je vois la façon dont il prend Killian de côté pour lui apprendre. Il ne lui laisse pas faire de bêtises. Il est toujours agressif et j’aime ça, parce que Killian a besoin que quelqu’un soit toujours sur lui pour ne pas lâcher."

"Ne pas se laisser griser par le folklore NBA"

S'il est sélectionné par une franchise, "Killian ne devra avoir à penser qu’au terrain", affirme Yann Balikouzou. En tant qu’agent, son rôle est de s’occuper de tout le reste : représentation marketing, sponsoring, communication, presse, etc. Mais en ce qui concerne son rapport à la famille Hayes, la situation est un peu particulière. "Killian, c’est différent de mes autres joueurs, je le connais depuis toujours." Avant de prendre le talentueux meneur sous son aile, Yann Balikouzou était l’agent de DeRon, le paternel. "Mon travail, c’est vraiment de faire en sorte qu’il n’ait à penser qu’au terrain et pas à autre chose." Car une fois engagé en NBA, un jeune joueur voit sa vie changer du tout au tout. Plusieurs facteurs doivent donc être anticipés.

Pour Yann Balikouzou, "en NBA, les trois principales raisons de faillite sont les pensions alimentaires à payer, les divorces coûteux, et les mauvais investissements." C’est pour cela que son protégé bénéficie déjà d’un conseiller financier en France et d’un aux Etats-Unis. Il lui faudra également trouver un chef cuisinier particulier une fois installé dans sa nouvelle vie. Toutes ces précautions ont pour but d'éviter que la machine NBA ne fasse tourner la tête au jeune joueur.

"J’ai eu des propositions en tout genre, se souvient Paccelis Morlende. C’est un autre univers, tu es un produit pour pas mal de personnes. Tu gagnes 500€ un jour et en l’espace de deux semaines, tu gagnes un million. Aucun joueur n’est préparé à tout ça, donc il vaut mieux garder le socle familial que tu as depuis le départ et ne pas se laisser griser par tout le folklore qu’on va te présenter", met en garde l’ancien joueur de Pro A.

Favorisé par l’arrêt des championnats

La suspension de la saison NBA le 11 mars, et la coupure qu’a engendrée la pandémie dans la plupart des championnats du monde, semblent avoir joué en faveur du Français. Sa cote n’a cessé d’augmenter ces derniers mois. Retranché avec sa famille en Floride, Hayes ne s’est pas laissé aller pour autant. Dans l’ombre, l’enfant de Lakeland a de nouveau travaillé durant tout l’été, entre gymnase et salle de musculation. Cette fois-ci, c’est avec l’ailier des Charlotte Hornets Dwayne Bacon qu’il a partagé le parquet pour se préparer du mieux possible à ce qui l’attend.

Traditionnellement organisés avant une nouvelle saison, les “workouts” (tests) des équipes NBA ont, cette année, été annulés. Tout comme la March Madness, le tournoi universitaire final, événement ô combien important pour les prospects universitaires américains. Les franchises ne peuvent donc se fier qu'aux performances en club de leurs cibles, et aux entretiens vidéos, puis en personne, qu’elles font passer aux joueurs.

Dans ce contexte particulier, l'Eurocoupe a assurément donné de la visibilité à Killian Hayes, qui a su mettre à profit ses minutes européennes. Et même s’il est bien trop tôt pour évoquer la trace qu’il laissera (ou non) dans la Grande Ligue, avec son profil de meneur talentueux et ambitieux à la culture franco-américaine, toute ressemblance avec un certain numéro 9 des Spurs ne serait pas fortuite.

*pour des raisons de confidentialité, David est un pseudonyme utilisé pour ce consultant car son contrat avec sa franchise NBA lui interdit de dévoiler sa véritable identité. Cet anonymat lui permet de suivre les joueurs qu’il repère sans se faire connaître.

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