Gregg Popovich. Tim Duncan. Tony Parker et Manu Ginobili. Mais aussi un regard avant-gardiste sur le basket international, et ainsi une évaluation des athlètes au-delà de leurs talents, une vraie réflexion sur l’humain. Autant de coaches, de joueurs ou de valeurs qui ressortent immédiatement en évoquant les Spurs. Prenons un autre exemple, le Heat. Son sens de la gagne. Ou surtout sa combativité. Un ADN de guerrier profondément ancré au sein de l’organisation. Avec un mot pour résumer ce sentiment abstrait : la culture.

Le terme est devenu à la mode ces dernières années. La définition, assez floue, est la même qu’il y a dix, quinze ou vingt ans. Mais la notion est désormais mise en avant bien plus fréquemment. Il faut bâtir une culture, comme une culture d’entreprise, au sein de sa franchise. Se créer une identité, une âme. Tout ça, c’est beau. Mais le but, en NBA comme ailleurs, ça reste de gagner. C’est pourquoi Steve Nash s’est montré très clair lors de sa première prise de parole en tant que coach des Nets : "l’objectif, c’est le titre." Et rien d’autre.

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Les Nets, une franchise reconstruite de zéro avec brio

Et pour gagner dans la ligue de basket la plus relevée du monde, il faut des stars. Des superstars. Voilà des années que les dirigeants des Nets bossaient dans l’ombre dans l’espoir de se retrouver en position de recruter un ou plusieurs des meilleurs joueurs de la planète. Ils sont partis de rien, ou presque : une masse salariale blindée et des choix de draft expédiés à Boston lors des transferts tristement célèbres qui ont amené les vieillissants Paul Pierce, Kevin Garnett et Joe Johnson à Brooklyn.

Quand Sean Marks a accepté cette mission périlleuse en 2016, les traces des erreurs du management précédent restaient bien vives alors que KG, Pierce et compagnie s’étaient déjà fait la malle. Prenant exemple sur les Spurs, où il a joué puis coaché en tant qu’assistant de Popovich, le Néo-Zélandais a fait preuve de patience. De bons choix. Lui et Kenny Atkinson, son premier entraîneur, ont posé des bases solides. Au point de convaincre Kevin Durant et Kyrie Irving de signer aux Nets en 2019.

Spencer Dinwiddie en action sous le maillot des Brooklyn Nets, le 8 mars 2020.

Crédit: Getty Images

Les deux superstars voulaient jouer à New York. Mais surtout pas pour les Knicks. Les pensionnaires du mythique Madison Square Garden sont tout l’inverse des Nets : glorieux, certes, mais dysfonctionnels. La franchise est devenue la risée de la ligue, notamment en raison des pitreries de son propriétaire excentrique James Dolan. "Ils n’ont plus la cote", résumait KD. Alors direction l’autre bord de l’East River.

Un aboutissement pour les Nets ? Plutôt le début des ennuis. Le plus dur qui commence. Parce que dès leurs arrivées, Durant et Irving ont contesté les méthodes en place. Au point parfois d’imposer leurs propres règles. Atkinson, usé, a fini par jeter l’éponge au bout de quelques mois seulement, tandis que son meneur All-Star multipliait les sorties énigmatiques dans la presse. Et toute une partie de la culture, cette fameuse culture qui a mené aux signatures des deux champions, était soudainement remise en question.

Steve Nash, Kevin Durant et Kyrie Irving : un trio magique sur le papier

Le club veut repartir sur de nouvelles bases (déjà) la saison prochaine. Déjà parce qu’Irving et Durant vont revenir. C’est même un grand retour pour l’ancien ailier des Warriors, absent des parquets depuis sa déchirure du tendon d’Achille lors des finales 2019. Pour diriger le duo, un nouveau coach : Steve Nash. Une légende. Mais un homme inexpérimenté à ce poste. Même si le terme "inexpérimenté" ne devrait pas s’appliquer au Canadien, il agit tout de même comme GM de sa sélection nationale depuis sa retraite et il travaillait de près avec les Warriors pour assurer le développement des joueurs. Dont Durant, avec qui il entretient déjà des liens forts.

Après tout, Steve Kerr n’avait pas non plus coaché en NBA avant d’aller chercher le titre avec Golden State dès sa première saison sur le banc. Pour mettre toutes leurs chances de leur côté, les Nets ont entouré Nash de Mike D’Antoni, son ancien coach, et d’Amar’e Stoudemire, son ancien coéquipier. L’esprit des Suns époque "seven seconds or less" (avec pour consigne de tirer en moins de sept secondes) transposés sur la cote Est. Ça promet. Ça promet aussi des moments de confusions. Qui sera vraiment à la tête du groupe ?

Kevin Durant #35 of the Golden State Warriors speaks to the media after Game Three of the 2018 NBA Finals against the Cleveland Cavaliers at Quicken Loans Arena on June 6, 2018 in Cleveland, Ohio. The Warriors defeated the Cavaliers 110-102

Crédit: Getty Images

La question se pose d’autant plus quand Irving, toujours aussi lunaire, déclare que, selon lui, "il ne va pas vraiment y avoir un seul coach. KD pourrait être un 'le coach'. Je pourrais être 'le coach'. (…) On n’a pas besoin que quelqu’un arrive avec sa philosophie du coaching pour tout changer." Alors bien sûr, il faut remettre la phrase dans le contexte et surtout comprendre qu’elle sort de la bouche d’un personnage mystérieux dont il est difficile d’interpréter les déclarations. Va-t-il accepter de se plier aux consignes ? Ses derniers passages aux Celtics puis sa première saison aux Nets ne rassurent pas sur son leadership.

"J’ai coaché Kyrie pendant trois ans à Cleveland, dont l’année du titre en 2016. Ça va être intéressant de voir comment Nash et Kyrie travaillent ensemble. Kyrie était encore au début de sa vingtaine quand je l’ai coaché aux Cavaliers, donc on peut espérer qu’il ait mûri un peu. J’espère qu’il voit le jeu différemment. À l’époque, c’était un jeune homme qui ne comprenait pas toute l’étendue des choses. C’était plus ‘moi, moi, moi’ que ‘nous, nous, nous’. Il avait juste besoin de comprendre que la finalité du basket c’est de gagner et de montrer la voie à ses coéquipiers", témoignait l'ancien joueur James Posey, devenu assistant coach aux Cavs entre 2014 et 2019.

Les stars plus fortes que la culture ?

En attendant, Nash le brosse dans le sens du poil, histoire d’établir un premier contact solide. Il avoue être "pressé d’entraîner le joueur le plus technique de la ligue." Si Irving n’est sans doute pas le meilleur meneur d’hommes, l’ancien double MVP tire naturellement tout le monde vers le haut. Ça peut marcher. Mais les Nets vont devoir s’adapter d’une manière ou d’une autre. Ils ont même déjà commencé à le faire. Et leur culture, peu à peu, s’effrite.

Spencer Dinwiddie, Caris LeVert et Jarrett Allen, trois des symboles de la reconstruction de l’équipe, sont aujourd’hui cités dans le flot des rumeurs de transferts. L’un ou plusieurs d’entre eux pourraient servir de monnaie d’échange dans le cadre de l’arrivée d’une troisième star à Brooklyn. Ah parce que oui, pour gagner, il ne faut pas juste des superstars. Il en faut plus que les autres. Les Lakers, champions en titre, en ont deux – Anthony Davis et LeBron James – et eux aussi en cherchent une autre. Alors, Bradley Beal et Jrue Holiday sont fréquemment annoncés du côté de New York. Les cadres ou jeunes talents d’hier sont les sacrifiés de demain.

Kyrie Irving lors de Brooklyn Nets - Atlanta en NBA le 12 janvier 2020

Crédit: Getty Images

C’est symbolique de ce changement de dimension à Brooklyn. L’effectif, dans tous les cas, sera probablement compétitif. Et avec un Durant ne serait-ce qu’à 85% de ses capacités, les Nets ont une chance d’aller en finales. Le titre dès 2021 paraît plus compliqué. Et peut-être même en 2022 ou 2023.

Mais cette équipe sera très intéressante à suivre. Parce qu’il y a beaucoup à apprendre de notre sport et de notre ligue en observant les Nets, leurs succès et leurs échecs. Les grands meneurs font-ils forcément les grands coaches ? Le talent peut-il suffire pour gagner ? Les personnalités prennent-elles le dessus sur les capacités ? Comment construire une équipe pour le titre ? Autant de questions auxquelles l’évolution de ce groupe peut donner des réponses.

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