"Allô Houston, nous avons un problème." Ou plutôt, les Rockets ont un problème. Depuis jeudi, c’est la panique. Et sans doute même depuis bien plus longtemps en réalité. Les dominos tombent les uns après les autres, après l’élimination de la franchise texane au second tour des playoffs cet été (1-4 contre les Lakers). Une nouvelle désillusion.

Mike D’Antoni, le coach, n’a pas été conservé après l’expiration de son contrat. Daryl Morey, le GM, a démissionné un peu après. Et voilà maintenant que Russell Westbrook, l’une des deux stars de l’équipe, réclame son transfert. Un an seulement après son arrivée en provenance d’Oklahoma City. Une crise totale. Parce que l’ancien MVP du Thunder n’est pas le seul joueur mécontent à Houston. Les hommes de l’ombre de l’effectif seraient eux aussi à bout de nerfs. Fatigués parce qu’ils considèrent comme du "manque de respect."

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Une atmosphère déplorable aux Rockets

C’est la culture de l’organisation qui est mise en cause. Parce que depuis huit ans, tout tourne autour de James Harden. Absolument tout. L’équipe est construite pour lui et autour de lui, mais ça, c’est plutôt logique. C’est propre aux superstars. Sauf que les Rockets ont poussé le raisonnement jusqu’au bout. En offrant absolument tous les ballons et tous les privilèges à leur meilleur joueur. Ce n’est juste que tout passe par lui : c’est plutôt que tout ne passe QUE par lui.

"Plusieurs anciens joueurs des Rockets ont décrit une culture problématique à Houston en mettant en avant une situation où les stars sont beaucoup trop avantagées", écrivent les journalistes de The Athletic, le média US qui annonçait les envies de départ de Westbrook. D’ailleurs, toujours selon eux, Russ – qui veut aussi retrouver un rôle proche de celui qui était le sien au Thunder – reprocherait lui aussi aux dirigeants de ne pas remettre suffisamment en question les erreurs des stars. Ou plutôt de la star. Harden.

James Harden et Russell Westbrook (Houston Rockets)

Crédit: Getty Images

Cette situation délicate ne renvoie clairement pas une bonne image du scoreur des Rockets. Un attaquant extrêmement talentueux mais un piètre leader. Parce que cette culture, celle qui est aujourd’hui critiquée, il en est en grande partie à l’origine. Il veut être au cœur de tout, tout le temps. Pourtant, il était brillant sans le ballon lorsqu’il évoluait à Oklahoma City avec Kevin Durant… et Westbrook. C’est toute une partie de son arsenal qui a disparu. Sans même évoquer sa défense.

James Harden a manifesté plusieurs fois son obsession pour les statistiques et les trophées individuels (surtout le MVP). Il veut gagner, oui. Mais à sa manière. Sauf que sa manière ne fonctionne pas. Le garçon a beau être un formidable playmaker, les autres joueurs se sont transformés en plots à ses côtés. Oui, il leur passe la balle, souvent dans des conditions optimales. Mais ils n’ont plus rien d’autres à faire que tirer. Et défendre, bien entendu. Parce qu’il faut bien compenser les lacunes du maestro.

James Harden et Daryl Morey pointés du doigt

Ce style de jeu – souvent pointé du doigt par les analystes – a aussi été vivement critiqué par les autres joueurs des Rockets. Ils auraient l’impression de manquer de considération. PJ Tucker estimerait mériter un meilleur contrat vu son importance capitale dans l’effectif. Austin Rivers et Eric Gordon aussi, sachant qu’ils aimeraient aussi toucher un peu plus la gonfle. Pas juste pour tirer. Mais aussi pour sentir le jeu. Histoire de faire vivre une attaque terriblement stéréotypée.

Cela fait huit saisons de suite que les Rockets se qualifient pour les playoffs. La plus longue série en cours en NBA. Mais cela fait aussi huit saisons de suite qu’ils se plantent. Et jamais Harden n’a été pointé du doigt par ses dirigeants. Au final, aucune star ne veut réellement jouer à ses côtés. Ça n’a pas marché avec Dwight Howard. Ça n’a pas marché avec Chris Paul. Et ça n’a pas marché non plus avec Russell Westbrook, l’un de ses meilleurs amis !

Pour l’instant, le barbu souhaiterait rester à Houston. Même si lui aussi s’interroge par la direction prise par la franchise après les nominations de Stephen Silas sur le banc et de Rafael Stone en tant que GM. Il pourrait être tenté de demander lui aussi son transfert.

Rockets general manager Daryl Morey

Crédit: Eurosport

Mais est-il seulement capable de renoncer à autant d’avantages ? Il n’aura pas les mêmes privilèges ailleurs. Et c’est justement le problème au sein de la franchise Texas. Et ce n’est pas seulement la faute d’Harden. C’est tout autant, si ce n’est plus, celle de Daryl Morey. L’architecte de ce groupe jusqu’à sa démission et son départ pour les Sixers (où Harden est annoncé depuis quelques jours déjà même si ça semble peu probable).

Morey est à l’origine de cette culture. Il a donné les pleins-pouvoirs à sa star. Il a traité les autres joueurs comme de la monnaie d’échange ou des pions pour entourer son joueur favori. Il a construit d’excellentes équipes. C’est vrai. Mais en respectant uniquement la logique de son meilleur joueur et celle des chiffres. Là encore, un obsédé des stats. Le résultat, une culture bancale, qui n’attirera ni les stars ni les joueurs de devoir.

Les Rockets ont déjà commencé à tourner la page en perdant Morey. Westbrook va partir. Reste à savoir ce qu’ils feront de James Harden. Parce que s’il ne parvient pas à se remettre en question et à évoluer sa mentalité, alors la franchise devra peut-être aussi s’en séparer.

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