Dans toute bonne histoire qui se respecte, il faut un héros et un méchant. Et dans la série The Last Dance sur l'épopée des Chicago Bulls, le héros était tout trouvé. Le méchant aussi avec Jerry Krause. Le General Manager de la franchise de l'Illinois a eu droit à une nouvelle célébrité avec ce documentaire. Pas forcément très flatteuse. Tout au long des dix épisodes de la série, Michael Jordan, Scottie Pippen ou encore Phil Jackson ne l'épargnent pas. Avec quelques scènes déjà cultes comme quand MJ lui demande s'il prend des pilules pour "rester petit ou pour perdre du poids". Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Alors qu'il n'a pas pu apporter sa version après être décédé en 2017, Jerry Krause mérite aussi un tout un autre hommage.
S'il a été et restera (surtout après ce documentaire) l'homme que beaucoup de fans des Bulls aiment détester, ce n'est bien sûr pas un hasard. Krause a voulu le démantèlement de cette équipe géniale alors qu'elle était encore au sommet. Pour lui, l'heure du renouveau avait sonné. A ses yeux, les leaders des Bulls étaient vieillissants à l'issue de ce deuxième "three peat". Et si certains estiment qu'il a pu être agacé du manque de reconnaissance de son travail, il ne voulait plus de Phil Jackson, qui récoltait nombre de lauriers. Depuis des années, ses rapports avec Jordan et Pippen étaient aussi tendus pour de multiples raisons. Toutes ces petites histoires ont évidemment mis un terme à la dynastie des Bulls. Mais il est aussi à l'origine de cette folle épopée. Et reste l'un de ses piliers.

Jerry Krause, former professional basketball scout and general manager for the Chicago Bulls,

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Pippen, Grant, Kukoc, Rodman : ses marques de fabrique

Jerry Krause est LE bâtisseur. Son principal fait de gloire ? C'est lui qui a ramené toutes les pièces du puzzle aptes à accompagner Michael Jordan vers le Graal. Scottie Pippen ? Il a été l'attraper lors de la draft 1987 grâce à un trade avec les Sonics contre Olden Polynice et des futurs tours drafts. Cette même année, il a aussi eu le nez de récupérer Horace Grant avec le 10e choix de la draft. Pippen s'imposera comme le lieutenant de toujours de Jordan. Et Grant sera un homme clef des trois premiers titres. L'œil avisé de Jerry Krause ne s'est cependant pas limité à ces deux hommes, ce qui constituerait déjà de très belles lignes sur le CV de nombre de GM.
En 1988, Krause a aussi pris la décision de se séparer de Charles Oakley pour récupérer Bill Cartwrigh au pedigree moins ronflant. Au grand dam à l'époque de Jordan, qui perd dans ce trade l'un de ses meilleurs amis et son protecteur sur le parquet. Mais la suite, avec quelques sorties remarquées de Cartwrigh en playoffs notamment contre les Knicks d'Ewing, donnera une nouvelle fois raison à Krause : les Bulls ont alors récupéré le pivot dont ils avaient besoin. Et pour le deuxième three-peat, Krause n'avait rien perdu de son flair. Il a fait venir l'instable Dennis Rodman dans un trade que beaucoup d'observateurs jugeaient très risqué et qui s'est avéré si précieux. Et c'est aussi lui qui s'est acharné pour faire traverser l'Atlantique à Toni Kukoc, le formidable Croate à un moment où les Européens n'avaient pas la même cote en NBA.

Chicago Bulls' General Manager Jerry Krause(R) talks with Seattle SuperSonics Coach George Karl(L) prior to the Bulls-SuperSonics game 25 November in Seattle

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Jackson sur le banc, c'est aussi lui

Travailleur acharné, scout estimé par sa capacité à dénicher des talents, Jerry Krause ne s'est pas arrêté aux joueurs, même s'il est aussi à l'origine des acquisitions de Steve Kerr ou encore Ron Harper, qui ont eu un rôle clef avec Jordan. Son habilité à trouver les bonnes personnes pour accompagner His Airness a aussi été cruciale pour le banc des Bulls. C'est lui qui a ainsi ramené Tex Winter, le père de l'attaque en triangle, à Windy City. Et c'est aussi lui qui a choisi de mettre Phil Jackson comme "head coach" en 1989 à la place de Doug Collins, pourtant apprécié par Jordan et les fans des Bulls. En fait, le seul qu'il n'a pas fait venir à Chicago de cette folle aventure est… Michael Jordan, drafté en 1984 soit un an avant l'arrivée de Jerry Krause.
Formidable General Manager pour son aptitude à sentir les bons coups, Jerry Krause laisse pourtant une image mitigée, comme l'a illustré The Last Dance. Et son management sans concession, son désir de reconnaissance et sa communication pas toujours très fine y sont beaucoup. Sa manière de tresser des lauriers à Kukoc avant son arrivée ont ainsi irrité Jordan et Pippen, qui avaient déjà trois bagues aux doigts. Pippen n'a en plus pas digéré le refus de renégocier à la hausse son salaire. Un autre symbole qui a laissé des traces indélébiles ? Sa sortie à l'été 1997 quand il a déclaré que les joueurs ne faisaient pas gagner de titres, contrairement aux organisations. Cette phrase a provoqué un petit séisme à Chicago et dans le vestiaire des Bulls même s'il a ensuite démenti avoir dit exactement cela.
A l’évidence le meilleur manager général de ce sport
Toutes ces sombres péripéties brouillent son formidable travail à Chicago. Comme son envie de passer à autre chose après le sixième titre en huit ans, sans attendre d'avoir été au bout avec cette formation et de tenter un quatrième trophée Larry O'Brien de rang, un septième en tout. Depuis, les Bulls attendent toujours un nouveau titre sans Jordan. Et les tristes bilans de la franchise de l'Illinois jusqu'à sa retraite en 2003 ne plaident clairement pas pour lui, Chicago n'ayant alors jamais atteint les 40% de victoires en saison régulière.
"On ne peut pas le descendre. Il faut lui donner du crédit. Il le mérite parce qu’il était le manager général de cette équipe, le défend cependant un Pippen pas rancunier dans le dernier épisode de The Last Dance. Je dois mon succès aux personnes fantastiques qui m’ont entouré. J’ai joué avec Phil Jackson, le meilleur entraîneur de ce sport, Michael Jordan, le meilleur joueur de ce sport, et Jerry Krause, à l’évidence le meilleur manager général de ce sport." Il ne faut en effet pas oublier que Krause reste l'architecte de la dynastie des Bulls. Avant d'en être son démolisseur.
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