31 décembre à Indianapolis. Il reste cinq secondes à jouer et les Bulls comptent un point de retard. Pas de temps mort, la balle est dans les mains de DeMar DeRozan et le temps semble s’arrêter un instant. Personne ne bouge, comme si les stars de Chicago - DeRozan mais aussi Zach LaVine et Nikola Vucevic - ne savaient soudainement plus quoi faire. Les secondes, elles, défilent. Et finalement, DeRozan décide d’y aller en solo. Avec une tentative presque absurde : un tir en suspension sur un pied derrière l’arc avec un défenseur devant lui, les bras levés. Juste à côté, Vucevic, libre, demande le ballon avec insistance en tapant dans ses mains. LaVine, lui, baisse les bras, dépité. Sans doute frustré par la décision de son coéquipier. Tout va très vite et la balle… rentre dans le panier. Un miracle.
C’est reparti dès le lendemain. Cette fois-ci, les taureaux sont menés de deux points par les Wizards. Mais après l’exploit de la veille, plus personne ne doute de DeRozan. C’est lui qui a le ballon. Et c’est lui qui crucifie ses adversaires. Une feinte pour faire sauter son défenseur et se créer l’espace. Un tir dans le corner malgré la défense désespérée de Bradley Beal. Un deuxième panier pour la gagne de suite. Avec LaVine et tous ses camarades qui se jettent dans ses bras.
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DeMar DeRozan, superstar des Bulls et candidat surprise au MVP

Deux "game winner" de suite, c’est inédit en NBA. Aucun joueur n’avait réussi à en enchaîner en deux soirs de suite. Larry Bird était jusqu'ici le seul à l’avoir fait sur deux rencontres consécutives. Ça en dit long sur l’exploit. "Je ne sais pas si c’est la réalité ou si je suis juste en train de rêver", avouait carrément le héros des Bulls. Il faut dire que mettre des trois-points n’est vraiment pas sa spécialité. Dans une ligue de plus en plus portée vers le tir lointain, le joueur de 32 ans résiste encore et toujours à la tendance en se concentrant sur ce qui lui réussit mieux : la petite touche à mi-distance. L’art noble. Celui de Michael Jordan, l’homme qui faisait vibrer la ville venteuse bien avant DeRozan. Son successeur - toutes proportions gardées évidemment - prend à peine plus de deux tirs derrière la ligne à 7,23 mètres. Rien du tout à l’échelle des Stephen Curry (13,3), des LeBron James (8) et des autres superstars de la planète basket. Il fait pourtant partie de la même catégorie, mais en se plaçant à contre-courant. Et quand il dégaine, c’est pour mettre dedans et offrir des victoires à son équipe.
Les Bulls engrangent justement les succès. Déjà 25 en 35 matches et même 8 de suite pour la franchise de l’Illinois, première à l’Est. Elle est partie pour boucler sa meilleure saison depuis 10 ans, en supposant que DD et ses coéquipiers tiennent le même rythme jusqu’au bout. Du coup, avec un bilan collectif aussi impressionnant mais aussi 27 points de moyenne, le natif de Compton fait figure de prétendant au MVP. Une sacrée surprise. Enfin, pas pour tout le monde. "Je ne suis absolument pas étonné par son niveau de jeu", confie Gregg Popovich, qui l’a côtoyé aux Spurs. "Il fait ce qu’il a toujours fait." Quelque part, c’est vrai. Mais c’est justement ce profil si particulier qui lui a valu d’être longtemps sous-estimé. Classé un peu injustement dans la liste des joueurs à fortes statistiques incapables de mener réellement une équipe vers les sommets. Un attaquant doué, un scoreur de premier plan, certes, mais pas un vrai "franchise player." Et ironiquement, un homme considéré comme fébrile dans les moments les plus importants en raison des désillusions répétées des Raptors en playoffs durant toute la première partie de sa carrière. En même temps, en étant barré par LeBron James à l’époque, il semblait difficile de faire mieux qu’un second tour ou une finale de Conférence.

Une blessure profonde laissée derrière lui

Le vrai coup de grâce n’est pas venu du King. Mais de ceux qu’ils considéraient comme sa famille. Les dirigeants de Toronto. Plus précisément Masai Ujiri, le Président. Ce dernier a fait le choix douloureux d’échanger DeMar DeRozan - alors l’icône absolue de la franchise - pour récupérer un Kawhi Leonard qui sortait tout juste d’une saison blanche, sans même savoir si ce dernier voulait vraiment se pointer dans l’Ontario. Un pari sacrément risqué. Et un transfert humiliant pour celui qui a longtemps été présenté comme le visage des Raptors.
"J’ai été vraiment blessé. J’ai toujours fait comprendre que je voulais finir ma carrière à Toronto. Je suis le premier joueur à dire ça. La première star à vouloir rester ici. Je voulais combattre cette idée selon laquelle personne ne veut jouer pour Toronto. Donc ça m’a vraiment fait mal", racontait l’intéressé. Il a mis longtemps à s’en remettre. Surtout que, dans la foulée, l’équipe canadienne est allée chercher le premier titre de son Histoire sous l’impulsion d’un Leonard gigantesque (et parti un an après). Une plaie de plus à panser pour DeRozan. Le sacre des Raptors tendait à confirmer ce qui se disait à son propos : il est fort mais il ne fait pas gagner.
Une étiquette difficile à décoller. Malgré des saisons individuelles brillantes à San Antonio, son arrivée à Chicago n’a pas forcément été perçu comme déterminante par les dirigeants NBA. Au point d’être nommé "la pire signature de l’intersaison" lors du sondage réalisé auprès des GM avant le coup d’envoi de l’exercice. Carrément. La pire ! Une partie de la ligue refusaient de croire à une possible entente entre DeRozan et LaVine, deux premières options qui jouissent justement du même statut. Deux joueurs qui ont besoin de la balle pour exister.
"Je remercie Dieu de pouvoir compter sur DeMar DeRozan dans notre équipe", note l’arrière All-Star. Leur tandem fait des ravages. Mais une fois les dernières minutes arrivées, la hiérarchie semble définie : c’est à DeRozan de prendre les choses en main. Il le fait. Avec brio. 249 points inscrits dans les quatrièmes quart-temps depuis le début de la saison. Plus que n’importe quel autre joueur. Il est aussi l’un des plus prolifiques dans ce que la NBA définit comme les moments "clutch" (moins de 5 minutes au chrono et moins de 5 points d’écart) avec 72 points inscrits dans ces situations à 57% aux tirs.
Seul Joel Embiid le devance mais en ayant joué 21 minutes de plus. "C’est un honneur que l’on me fasse confiance dans les quatrièmes quart-temps. Que l’on gagne ou que l’on perdre, mes coéquipiers croient en ma capacité à rester calme dans ces situations." C’est ce dont il avait besoin : être aimé à nouveau. Sentir la confiance de ses partenaires, de ses coaches et de ses supporters. Ça l’aide à se libérer et à développer le meilleur basket de sa carrière à un moment où il n’était plus vraiment attendu. Parce qu’il reste un homme émotif. Et jusqu’à présent, cette saison ressemble à une belle revanche, bien méritée.
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