Encore un Français n°1 de la draft NBA ? Alexandre Sarr, une hype à relativiser
Eurosport sur GoogleLe basket français pourrait vite y prendre goût. Alexandre Sarr (2,16m) fait partie des candidats à la place de n°1 de la draft 2024, à en croire les dernières "mock drafts" recensées. Vice-champion du monde U19 cet été, l'intérieur de 18 ans pourrait ainsi succéder à Victor Wembanyama. Son potentiel semble moins fantasmagorique mais son arsenal défensif et sa marge de progression sont séduisants.
Qui a suscité autant de fantasmes que Wembanyama avant la draft ?
Video credit: Eurosport
Aucun en 76 ans… deux en douze mois ? Devenu cet été le premier Français n°1 de la draft NBA, Victor Wembanyama pourrait voir un compatriote lui succéder. Ailier fort ou pivot de 2,16m, Alexandre Sarr se promène entre la première et la deuxième place des plus sérieuses "mock drafts", à sept mois de la grand-messe des aspirants, édition 2024. Il n'était pourtant pas projeté aussi haut, il y a quelques mois de cela.
"Avant le Mondial U19 (dont la France a été finaliste cet été, ndlr), certains le voyaient même au second tour (hors des 30 premiers choix) et il était majoritairement estimé entre le 20e et le 30e rang", raconte Luca Mathieu, du média Envergure, spécialisé dans le scouting et la draft. La Coupe du monde de Sarr, sans être transcendante, a été correcte, avec notamment 2 contres et 1,6 interception de moyenne par rencontre.
Lui aussi a crevé l'écran à Vegas
Puis, le déclic médiatique a eu lieu sur le sol américain face à la NBA G League Ignite, en septembre : 17 et 26 points, 6 contres à chaque match (un gagné, un perdu). Avec les Perth Wildcats, Alexandre Sarr (18 ans) a flambé dans la banlieue de Las Vegas, au meilleur moment, certes dans un contexte à relativiser en termes de compétitivité et dans de moindres proportions que Wemby en 2022.
Jonathan Givony, référence en matière de pré-draft pour ESPN, a qualifié ses performances de "remarquables". Il l'a placé dans le top 5 de sa "mock", dans la foulée de ces deux rencontres où Ron Holland, dans le camp d'en face, s'est aussi montré à la hauteur de son statut de grand "prospect". Depuis, Sarr figure en bonne place dans cette course, ouverte contrairement à la précédente, au pinacle de la draft.
Marketing et programme "Next Stars"
"Les 'mock drafts' sont à prendre avec des pincettes, considère cependant Luca Mathieu. C'est souvent plus marketing que réel." En termes d'enjeu de visibilité, la NBL ne se prive pas de communiquer sur la possible place de n°1 d'Alexandre Sarr, s'appuyant sur la prédiction provisoire de The Athletic.
La ligue australienne, au sein de laquelle l'intérieur français évolue depuis cette saison, a mis en place un programme intitulé "Next Stars" en 2018-2019, assumant pleinement son rôle de tremplin pour la NBA. Sarr est l'une de ces stars en herbe, payés par la NBL, et dont le salaire est ainsi exonéré du plafond à respecter par les franchises.
Il pourrait contribuer à mettre en lumière l'Océanie pour son côté "centre de formation". LaMelo Ball, figure de proue des Hornets passée par ce championnat, en est la plus clinquante illustration, au contraire de RJ Hampton, qui n'a pas percé en NBA, ou encore Hugo Besson, rayon tricolore.
Chemin sinueux et symbolique
"Alexandre (Sarr) va devenir un exemple de cette tendance. Il va montrer que dorénavant, il y a plus de chemins pour accéder à la NBA", prédit le suiveur de "prospects", au sujet d'un joueur qui a rapidement opté pour un parcours atypique. Il est arrivé à Perth après deux ans au sein de l'Overtime Elite (2021-2023), où les jeunes poursuivent leurs études en étant payés.
Lorsqu'il a effectué ce choix de carrière audacieux, le petit frère d'Olivier Sarr (en "two way contract" avec OKC) ne jouait déjà plus en France. Il a fait ses gammes au Real Madrid, déclarant en 2021, dans un entretien accordé à Basket Infos : "J'y ai beaucoup progressé, j'ai développé mon jeu en tant que 4, un peu plus loin du panier." De quoi poser les bases d'un profil encore difficile à cerner et, surtout, modulable.
Un plancher rassurant
"Certains le voient comme un 'stretch four' (un ailier fort qui étire la défense grâce à sa qualité de shoot extérieur, ndlr), d'autres comme un 'rim runner' (un pivot efficace par sa vitesse de déplacement d'un cercle à l'autre). Son profil est à la fois très transposable et susceptible d'évoluer, avec plus de responsabilités ballon en main", résume Luca Mathieu.
"Ce que 'j'achète' chez lui, si je suis un GM (general manager), c'est la protection de cercle. Je ne le prends pas pour son attaque, plutôt pour sa défense, poursuit-il. Il y a des protecteurs de cercle qui sont de gros 'babars', qui ne peuvent pas se déplacer avec aisance, alors que lui, il a cette mobilité, en plus de son envergure."
Lamine Kebe, coach de Sarr avec l'équipe de France U19, assure qu'il peut "défendre trois, voire quatre postes" et jouit d'une "science du contre un peu hors du commun", dans des propos rapportés par L'Equipe. "Il y aura toujours une franchise qui va le prendre en se disant qu'elle est plus apte à le développer qu'une autre franchise, c'est l'avantage", note Luca Mathieu, qui envisage une longue carrière pour le prometteur français dans la Grande Ligue.
Mais s'installer en NBA durablement sans en être une star n'est pas forcément ce que l'on attend d'un n°1 de draft. "Je ne pense pas que Sarr sera 'first pick', avance-t-il. Même si le talent est là. Je vois plus des joueurs comme Ron Holland ou Isaiah Collier, que tu prends et qui ont un impact immédiat sur ton jeu." Alors que Sarr "peut directement avoir un rôle mais n'a pas le potentiel pour être un 'franchise player'" à court terme.
Avec 9,1 points, 4,7 rebonds et 1,2 contre de moyenne par match en NBL (en 18,5 minutes), Alexandre Sarr n'a pas des statistiques mirobolantes. Elles sont très honnêtes, compte tenu du niveau auquel elles sont réalisées, mais elles ne sont pas celles d'un joueur que l'on soupçonne générationnel, comme on n'en croise, par définition, pas tous les ans.
"Un grand, fin, qui bouge bien… il peut rester un fantasme toute sa carrière, à la manière d'un Chris Boucher (2,06m)", conclut le membre d'Envergure au sujet d'un joueur qui ne revendique pas un destin glorieux avec autant d'aplomb que ne le faisait Wembanyama, qui s'autoproclamait volontiers n°1 de la draft des mois à l'avance. Alexandre Sarr adopte une communication plus policée. Une attitude qui correspond aux attentes élevées plutôt que démesurées qu'il suscite.
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📸 Wembanyama, un géant en photos
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