"Les pires dirigeants au monde" : La guerre est déclarée en WNBA
Par Glenn Ceillier
Publié 03/10/2025 à 00:00 GMT+2
Le conflit entre les joueuses et les dirigeants de la WNBA a pris une autre dimension ces derniers jours. Alors que les deux parties ne parviennent désespérément pas à se mettre d'accord pour une nouvelle convention collective, les joueuses, qui souhaitent être mieux payées, ont déterré la hache de guerre dans le sillage de Napheesa Collier, qui a révélé des conversations avec la patronne de la WN
Caitlin Clark avec le tee-shirt polémique "Pay us what you owe us"
Crédit: Getty Images
Voilà des mois que l'on sent la colère monter en WNBA. Et aujourd'hui, tout explose aux yeux du monde. Le championnat nord-américain de basket féminin n’a pourtant jamais été aussi visible. Et c’est notamment lié à l’effet Caitlin Clark. Depuis son arrivée en 2024 au sein du Fever d’Indiana, le phénomène US a attiré le regard sur la WNBA après avoir déjà boosté la NCAA par ses exploits sous le maillot des Hawkeyes de l’Iowa.
Par sa simple présence, la WNBA a vu sa popularité exploser. De nombreux records d’audience ont été battus dès sa première saison. Mais la WNBA a aussi su profiter de l’apport d’autres jeunes talents, qui ont su conquérir le grand public pour dépasser le cadre de la WNBA, comme Angel Reese et Paige Bueckers, qui a signé une première année très convaincante. Dans leur sillage, les salles se remplissent, au point que la Ligue US a annoncé en août avoir établi un nouveau record d’affluence en saison régulière cette année. Mais voilà, avec le succès viennent aussi parfois les ennuis.
Le manque de responsabilité de nos dirigeants
Cathy Engelbert pourrait en témoigner. La "commissionner" de la WNBA, soit l’équivalent d’Adam Silver en NBA, se retrouve sous le feu des critiques. "C’est le leader le plus fou de l’histoire de la Ligue", a lancé mardi sur Instagram Sophie Cunningham, une coéquipière de Caitlin Clark. "Nous avons la meilleure ligue au monde. Nous avons les meilleurs fans au monde. Mais nous avons les pires dirigeants au monde. (…) Année après année, la seule chose qui reste constante, c’est le manque de responsabilité de nos dirigeants", a lancé mardi de son côté Napheesa Collier lors de son interview de fin de saison.
C’est cette sortie qui a mis le feu aux poudres. Car après l’élimination de sa franchise des playoffs, Napheesa Collier a sorti le bazooka devant la presse vis-à-vis du board de la WNBA. Avec, au cœur de sa mire : Cathy Engelbert. Celle qui est vice-présidente du syndicat des joueuses a notamment tenu à pointer du doigt un sujet majeur : l’amateurisme de l’arbitrage et sa protection par le board, alors que trois coachs ont été suspendus durant ces playoffs pour avoir critiqué les hommes au sifflet. "La ligue nous explique à chaque fois qu’elle ne peut pas nous payer à notre juste valeur car ce ne serait pas soutenable. Mais ce qui est insoutenable, c’est d’essayer de garder un bon produit sur le parquet tout en voyant les arbitres perdre le contrôle des matches, a regretté Napheesa Collier. Ne pas se soucier du produit que nous mettons sur le terrain relève véritablement de l’autosabotage".
Pay us what you owe us
Sa saillie l’a rappelé : les frustrations trouvent aussi leurs origines dans des histoires de salaires. La raison ? Les joueuses et la Ligue ne parviennent pas à s’entendre sur les accords d’une nouvelle convention collective, alors que les joueuses souhaitent voir leur salaire évoluer. "Nous demandons simplement un pourcentage similaire à celui que touchent les hommes", a rappelé en août Kelsey Plum. Car les joueuses touchent 9,3 % des revenus générés par leur ligue, le plus faible des sports pros US alors que pendant ce temps-là, les hommes se partagent eux entre 49 et 51 % du gâteau.
Or tous les voyants sont au vert : la WNBA a signé la saison passée un contrat record de diffusion à 2,2 milliards de dollars sur 11 ans (soit 200 millions par an), la fréquentation dans les salles a bondi de 48 % en 2024, et les produits dérivés ont connu une hausse de 601 %, alors que les revenus totaux devraient atteindre 1 milliard de dollars en 2025 ! Mais pour le moment, ça coince. Alors, les joueuses semblent bien décidées à aller au bout. Lors du All-Star Game 2025, en juillet dernier, elles avaient ainsi arboré un tee-shirt avec un slogan provocateur : "Pay us what you owe us" ("Payez-nous ce que vous nous devez"). Et alors que les deux camps doivent parvenir à un accord le 31 octobre prochain, l’heure est aux règlements de compte.
(Clark) devrait être reconnaissante
Remontée, Napheesa Collier n’a d’ailleurs pas hésité à rendre publiques ses conversations avec Cathy Engelbert pour illustrer le décalage de la patronne de la WNBA. Alors qu’elle lui parlait des rookies (ndlr : Clark, Reese, Bueckers), qui possèdent de petits salaires malgré les revenus qu’elles rapportent à la Ligue, la boss du championnat aurait eu une réponse déroutante. "Elle m’a répondu : '(Clark) devrait être reconnaissante. Elle gagne 16 millions de dollars en dehors des terrains grâce à ses sponsors. Or sans la plateforme que lui offre la WNBA, elle ne gagnerait rien'", a révélé Collier avant d’en remettre une couche : "Dans cette même conversation, elle m’a dit : 'Les joueuses devraient se mettre à genoux et remercier leur bonne étoile pour l’accord sur les droits TV que je leur ai obtenu.'"
Depuis, Cathy Engelbert, qui s’est dit "écoeurée" par ces révélations, est prise dans la tempête. Critiquée de toutes parts, alors que de nombreuses stars ont soutenu Napheesa Collier. Certaines rumeurs évoquent même déjà un possible départ de la "commissionner" de la WNBA. Mais à l’heure actuelle, l’ombre d’un lock-out plane surtout sur la Ligue US. Qu'importe, les joueuses, elles, ont le couteau entre les dents, bien décidées à ne pas être le dindon de la farce dans cette histoire, alors que leur championnat n’a jamais été autant mis en lumière. "Notre ligue se trouve à un stade qu’elle n’avait pas connu depuis dix ans, conclut Lexie Hull (Indiana Fever). Nous connaissons une croissance exponentielle et nous avons besoin de changements pour refléter cela". Pour les salaires mais pas seulement.
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