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Siegfried Mazet raconte son Johannes Boe : "Si je suis venu en Norvège, c'est grâce et à cause de lui"
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Publié 24/01/2025 à 00:30 GMT+1
Cela a été une "douche froide", y compris pour Siegfried Mazet. Avant d'entamer l'étape de Coupe du monde d'Antholz-Anterselva ce jeudi (sprint masculin à 14h30, sur Eurosport), l’entraîneur français de tir de l’équipe norvégienne revient sur l'annonce, samedi, du retrait de Johannes Boe à l’issue de cette saison. Il raconte ce que la tête d'affiche du biathlon mondial représente pour lui.
Mazet : "L'annonce de la retraite de Boe ? C'était la douche froide"
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Étiez-vous dans la confidence de l'annonce, samedi dernier, du retrait à la fin de la saison de Johannes Boe, votre protégé au sein de l’équipe norvégienne ?
Siegfried Mazet : Non, absolument pas. En fait, il nous a réunis le matin même, juste après le petit déjeuner, tout le monde, le staff et les athlètes. Je me suis dit : "Il va nous annoncer que sa femme est enceinte, ou un truc comme ça". Et non, c'était la douche froide pour le coup. Il nous a expliqué qu'il avait pris sa décision pendant Noël, en fait, et que ça avait mûri. Puis, il ne savait pas trop quand l'annoncer officiellement. Je pense que la mauvaise course qu'il a faite sur l'individuel de Ruhpolding a contribué à ce choix.
A quel point sa décision vous impacte-t-elle ?
S. M. : C'est un chapitre qui va se refermer, pour lui et moi. La relation que j'ai eue avec Johannes a été très forte. Si je suis venu en Norvège, c'est grâce et à cause de lui. Parce que je sentais qu'il avait le potentiel. J'étais un peu arrivé au bout avec l'équipe de France et c'était l'occasion de pouvoir voir autre chose. Quand je suis arrivé en Norvège, il a été là pour moi. Mais vraiment, c'est-à-dire que c'est lui qui m'a intégré dans le groupe, c'est lui qui m'a intégré avec le staff, il a été vraiment là pour moi. J'ai une histoire assez particulière avec lui. Et donc, quand il m'a annoncé ça, forcément, cela a été une émotion particulière. Après, ce ne sont que des bonnes raisons. Il n'y a rien d'autre à dire. Mais voilà, c'est une page qui se tourne.
Il n'y a pas l’idée de lui dire : "Non Johannes… Ne me laisse pas tout seul !" ?
S. M. : Non, pas du tout. Je n'oserais jamais faire ça ! Et ça n'a aucun intérêt. Probablement que ce moment-là serait arrivé dans une année. Parce qu’il avait dit qu'il arrêterait qu'après les Jeux Olympiques d’hiver de 2026. Je m'étais préparé à cette échéance-là... mais le timing a été une surprise. Toutes ces émotions sont arrivées d'un seul coup en quelques minutes. Et si je fais la rétrospective de tout ce qu'on a fait ensemble, c'est une sacrée page du biathlon et du sport en général qui va se fermer.
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Il représente tout ce que j'admire chez un sportif
Au-delà du sportif, vous avez toujours insisté sur la personne qu’est Johannes Boe...
S. M. : Au-delà du champion qu'il est, c'est vrai que c'est un homme qui fait attention aux gens qui l'entourent. Il a toujours respecté ses adversaires. Il n'a jamais méprisé, il n'a jamais eu de haine, même s'il était battu. Parfois, il y en a qui réagissent un peu sur l'orgueil, avec un peu de haine. Il n'a jamais été dans ce registre-là, Johannes. Pensez à tout ce qu'il représente ! En fait, je l'aime beaucoup parce qu'il représente tout ce que j'admire chez un sportif. Je suis tellement heureux d'avoir été à ses côtés. C'était une chance énorme.
L'annonce de cette retraite prochaine peut-elle le libérer d'un poids, insuffler une dynamique en cette fin de saison (il reste neuf courses individuelles en Coupe du monde, outre les Mondiaux, ndlr) ? Risque-t-elle, au contraire de le déstabiliser ?
S. M. : Je pense que la mass start qui a suivi l’annonce de sa prochaine retraite permet de lever des doutes à ce sujet (il en a pris la 3e place, ndlr). Il a réalisé une belle course dans des conditions difficiles. Il y a toute la charge émotionnelle de son annonce de samedi qui a dû laisser des traces physiques le lendemain. Après, si je vous dis qu'il va se libérer ce week-end et qu'il prend une tannée, je vais être ridicule. Mais j'espère que ça va le libérer.
Et ça peut en libérer d'autres... Sturla Laegreid, par exemple, même s'il fait une saison remarquable, lui aussi. Cela peut-il permettre à d'autres de prendre le "lead" ?
S. M. : C’est ce qu’il va se passer. Il y a le leader qui a dit aujourd'hui, je vais arrêter la fin de la saison. Et là, il y a une mécanique qui va se mettre en place. Peut-être qu'on ne le remarquera pas, mais il y a quelqu'un qui va prendre le leadership du groupe. Parce qu'il y a besoin d'un leader dans un groupe. C'est nécessaire pour la vie du groupe. Il va laisser petit à petit sa place, Johannes, et quelqu'un va la prendre.
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Quand tu commences à te poser ces questions...
Faut-il entrer dans le jeu des comparaisons, entre ces immenses champions que sont Martin Fourcade, Ole Einar Bjorndalen ou Johannes Boe ?
S. M. : Quand ils sont sur le pas de tir ou sur la piste, ce sont les mêmes. Après, en dehors des pas de tir, ils sont tous différents.Je pense que Johannes a en quelque sorte rejoint Martin Fourcade. Quand ce dernier a arrêté, c'était pareil, en termes d'état d'esprit. Je me rappelle d'une anecdote. Martin me confiait : "Quand je vais marcher avec ma fille, je n'ose pas la porter sur mes épaules parce que j'ai peur que ça me fatigue les jambes…" Johannes me dit que quand il rentre chez lui et que ses enfants sont malades, le fait de ne pas pouvoir les embrasser comme il veut, c’est trop dur. Quand tu commences à te poser ces questions, c'est que tu es arrivé à un point où l'inconvénient est beaucoup plus lourd que les victoires.
Pas de Johannes Boe lors des prochains Jeux Olympiques d’hiver, donc... Serez-vous toujours avec l'équipe de Norvège à l'issue de cette saison ?
S. M. : Oui, bien sûr. Moi, je reste en place. Ce n'est pas parce que Johannes s'en va que je ne vais continuer à suivre tous ces garçons de l’équipe norvégienne. Je serai là avec eux jusqu’aux Jeux Olympiques de 2026.
Johannes Boe va-t-il remporter un sixième gros globe de cristal à l’issue de cet hiver 2024-2025 ?
S. M. : Oui. Si sa motivation est toujours intacte pour finir cette belle saison. Il a les points qu'il faut pour l'instant. Il a le dossard jaune... Après, tout peut arriver. C'est encore une fois du sport. Mais j'espère qu'il le jouera jusqu'à la fin de la meilleure des manières.
Propos recueillis par Thomas Bihel.
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