Martin Fourcade, qu'est-ce qui vous a poussé à écrire votre deuxième livre "Un dernier tour de piste" ?

Martin Fourcade. : "Pour mon premier livre ("Mon rêve d'or et de neige", paru en 2017), j'avais déjà commencé à écrire de mon côté au fur et à mesure des saisons. Sur le second, la personne qui m'a aidé à écrire le premier, Jean Issartel, m'a dit à l'automne 2019 que ce serait pas mal d'en écrire un nouveau, sous forme d'un journal de bord, compte tenu du contexte dans lequel j'étais, avec une saison précédente difficile et peut-être une fin de carrière à venir. L'idée m'a fait peur, parce que je ne suis pas très expansif, mais elle m'a plu. J'ai eu envie de relever ce challenge et ça a été une super expérience, une sorte de thérapie tout au long de l'hiver. Je mets sur le papier mes doutes, mes émotions quand je retrouvais des bonnes sensations et ça m'a aidé à nourrir ma réflexion à propos de ma fin de carrière, à prendre ma décision, à prendre du recul, à essayer de comprendre pourquoi j'avais fait certaines choses, quels avaient été mes ressorts, mon évolution en tant que membre de l'équipe de France, la part que j'accordais à mes coéquipiers".

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Est-ce que l'écriture de ce livre vous a aidé à prendre la décision d'arrêter votre carrière ?

M.F. : "Ma certitude c'était de prendre la décision en fin de saison dernière. Il y avait des journées où je me voyais repartir pour 5 ans et d'autres où je voulais arrêter tout de suite. Cela a été une vraie aide dans ce processus et m'a permis de mûrir ma décision".

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Comment s'organise votre après-carrière ?

M.F. : "Il n'y a pas une seconde, depuis que j'ai arrêté, où j'ai remis cette décision en question. Tout ce que je vis conforte ce choix. C'est parce que j'ai arrêté exactement au moment où je sentais qu'il fallait le faire que je suis apaisé avec ça. Je garde une activité sportive soutenue au quotidien, du vélo, du ski-roues, de la course, je m'entretiens musculairement, j'ai envie d'aller skier en rando, en alpin, en fond. Je varie les disciplines. J'ai besoin de cette pratique pour me dépenser et réussir cette transition ainsi que dans mon lien social puisque je vis depuis 15 ans à travers le sport. D'un point de vue familial, je passe aussi plus de temps avec mes filles après avoir passé 220 jours par an hors de la maison. Professionnellement, je travaille avec mes partenaires qui continuent à m'accompagner et avec Paris 2024 (dont il est le président de la commission des athlètes) dans lequel j'ai envie de plus m'impliquer, d'être plus présent au quotidien pour porter le projet. Je suis un vrai admirateur des Jeux. Quand ils ont changé ta vie comme ils ont changé la mienne, tu as envie de permettre à d'autres personnes de vivre cette aventure, de l'adapter aux enjeux modernes en terme de transparence, de développement durable. On est à un tournant de l'histoire des JO".

Il y a de la nostalgie et des envies parfois mais pas de manque

Vous n'éprouvez aucun manque de la compétition ?

M.F. : "Il y a de la nostalgie et des envies parfois mais pas de manque. J'ai vraiment l'impression d'avoir tourné la page. Je pensais que j'aurais ce manque d'adrénaline mais non. D'un point de vue sportif et de compétiteur, j'ai l'impression d'avoir passé ce cap".

Comment percevez-vous la prochaine saison de biathlon des Bleus sans vous ?

M.F. : "Je les sens bien d'un point de vue sportif. Je sens Quentin Fillon-Maillet impliqué dans son projet, très motivé et ambitieux. Emilien Jacquelin a bien progressé. Antonin Guigonnat est aussi capable de revenir à des choses intéressantes et Fabien Claude progresse. On a une équipe de France forte. Je me place en amateur, en ami et, s'ils le souhaitent, avec une main tendue. Je suis présent et je communique mais ils ont trouvé leur place sans moi. Je prenais beaucoup de place mais ce ne sont plus des jeunes et ils ont pris conscience que le temps passait et que leur temps à eux était maintenant. Etre trop présent et rester proche de l'encadrement, ça aurait été un frein à leur épanouissement".

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