La scène est à l’image de l’homme, magnanime. Rhabillé d’une légère veste bleue, soleil zénithal oblige, Quentin Fillon Maillet n’avait que deux mains à disposition pour tenir ses trois globes. Alors, comme depuis toujours dans la carrière du Jurassien, la famille est venue supporter son étoile. D’abord un globe, le plus gros, dans les mains de la compagne, Lydie. Enfin, les deux autres, de tailles égales, entre les doigts des parents. La carrière de Fillon Maillet a vogué au rythme des vents contraires d’une vie qu’on espère linéaire. Après les doutes semés en 2018, le natif de Champagnole s’est construit en quatre ans une nouvelle carapace, se réfugiant dans le travail et l’amour des siens.

Un succès construit et célébré en famille

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"Lydie (sa compagne, ndlr) a été très patiente, depuis très longtemps, a rendu hommage le tenant du gros globe au micro de La Chaîne L’Equipe, après l’arrivée. Ça me fait plaisir qu’elle partage ces moments avec moi. Elle participe plus que grandement à tout ça, au même titre que toute l’équipe présente ici." Jamais trop loin de son repère qu’il n’hésite pas à réchauffer malgré la chaleur printanière soulevée sur la colline d’Holmenkollen, QFM fête ses exploits comme il les prépare, en famille. Le portrait frappé sur des t-shirts portés par ses proches, le Tricolore est arrivé au bout d’un chapitre aussi long qu’un roman de Tolstoï.

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"Je profite pleinement, lâchait-il le cœur léger après la mass-start. Ça a été tellement dur, encore aujourd’hui. Mon investissement est énorme depuis mai dernier, je n’ai pas arrêté, tous les jours à fond, sans aucun répit. Ces globes représentent énormément pour moi. Je travaille pour ça depuis que je suis tout petit. C’est une vie consacrée au sport, au biathlon, au prix de nombreux sacrifices. Mais finalement, ces globes compensent tous les sacrifices que j’ai pu faire. Je remercie tout le monde, parce que ces performances ne se sont pas faites toutes seules." La mine fatiguée par un dernier acte mouvementé, le Jurassien n’a pas boudé son plaisir, exhibant un sourire blanc comme la neige à tous les photographes amassés autour de lui.

Le respect de J.Boe

Celui qu’on devinait, fut un temps, renfermé et timide a évolué, en accord avec son statut. Fillon Maillet est désormais actif sur les réseaux sociaux, et ne craint pas de partager publiquement ses succès au milieu de son cercle fermé. Une mue permise par un environnement délivré de la maladie, et encouragée par une avalanche de marques de soutien envers le Français. Ce dernier a par ailleurs changé de dimension. Sur ses terres, Johannes Boe, roi sans couronne, s’est précipité sur la piste pour féliciter le nouveau souverain, les lunettes sur le nez. Une marque de respect, une de plus, qui répond à l’ambition folle affichée par QFM.

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Même en ce jour de fête et de décompression, le Jurassien n’a pas dérogé au "mais", toujours en quête d’une nouvelle prise. "Ça a été une course difficile, avec une grosse bagarre encore pour le globe (de la mass start, ndlr). Il y a un petit peu de tristesse quand même parce que ça ne se joue à rien mais bon, c’est du biathlon," a-t-il concédé, l’air morose, à nos confrères de l’Equipe.
Quand on voit qu’il y a quatre ans j’étais 10e mondial…
Célébré par les siens, Fillon Maillet a tenu à rendre hommage à tous les composants de sa réussite, à tous les étages, lui qui n’a pas quitté l’entraîneur de ses jeunes années. "Je suis très heureux d’avoir croisé Vincent (Vittoz, ndlr) parce qu’il a apporté sa vision du ski de fond, a-t-il avoué. J’ai vraiment progressé à ses côtés, pas seulement sur la partie ski mais aussi sur l’approche globale du biathlon, surtout mentale. Il a apporté une certaine rigueur et une expertise qui nous a permis collectivement d’aller chercher des choses exceptionnelles. Personnellement, quand on voit qu’il y a quatre ans j’étais 10e mondial, et que maintenant je suis premier, la progression est énorme. Je remercie beaucoup Vincent. Il est toujours là, investi même dans les moments compliqués. Un grand merci aussi à Patrick (Favre, l’entraîneur de tir, ndlr), à tous les techniciens, le staff médical, les personnes de l’administration... Ce travail d’équipe est vraiment essentiel et derrière nos performances qui paraissent individuelles, il y a un gros travail collectif."
A la tête d’un bilan exceptionnel nourri de trois globes – dont le général -, et de dix victoires dont deux titres olympiques, on peut estimer que la formule fonctionne à plein régime chez le biathlète de Saint-Laurent-en-Grandvaux. Au crépuscule d’un opus historique qui l’a marbré dans la légende de son sport, Quentin Fillon Maillet se projette déjà vers la prochaine olympiade, l’appétit encore intact et la volonté affirmée de prolonger l’acmé d’une carrière dorée : "J’espère que Vincent (Vittoz, ndlr) sera de la partie pour les quatre prochaines années." QFM a déjà pris rendez-vous, et il ne les rate plus.

Quentin Fillon-Maillet lors de la mass-start d'Oslo

Crédit: Getty Images

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