Le biathlon français écrase tout aux JO 2026, analyse de Loïs Habert : "Je m’inquiète : est-ce que c'est normal de marcher sur les autres comme ça ?"

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Notre consultant Loïs Habert fait le bilan du biathlon français au terme d’une quinzaine où il a écrasé la concurrence à l’exception de la Norvège qui a plutôt bien résisté. Avec 13 médailles dont 6 en or, les Bleus ont signé des JO inédits. Cette domination, en particulier chez les filles, inquiète notre consultant qui voit le fossé se creuser entre la France, la Norvège et tous les autres.

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Loïs, est-ce que vous vous attendiez à ce que la France soit aussi dominatrice en biathlon ?
L.H. : Je ne peux pas dire complètement non, mais je ne peux pas dire oui non plus, c'est un peu nuancé. Ça ne me choque pas que ce soit la meilleure nation. Mais j'ai été choqué par le relais des filles, je l'avoue. A la fois, j'ai aimé parce que c'est incroyable de passer de dernier à premier, mais ça va trop vite, ça paraît trop simple. Ce qui me choque, c’est que le retard énorme soit comblé en un seul relais de Lou qui n’est pas exceptionnel. Elle sait faire mieux que ça. Elle n'a pas tiré vite sur son couché, elle fait deux pioches. Là, je me suis dit qu’il y avait un problème quand même.
Comment l’expliquez-vous ?
L.H. Là, clairement, les autres nations ne sont pas au niveau, ce n'est pas que le matériel, c'est juste une question de niveau. Il y a des top athlètes, quand on voit Preuss aller tourner, quand on voit Botn camper sur son couché, les grosses nations n'étaient pas au rendez-vous sur les relais. Les sœurs Oeberg ne skient pas aussi vite que ce qu'elles peuvent skier. A part les Français et quelques Norvégiens, les biathlètes n’étaient pas en forme sur ces JO. Les Bleus avaient un vrai avantage à la glisse. Je les admire parce qu'ils font des courses de très haut niveau, mais, en face, ça paraît un peu mou.
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J'adore la confrontation et là, je reste un peu sur ma faim parce que c'est allé trop vite
La France impose une supériorité comme la Norvège en ski de fond ou les Pays-Bas en patinage de vitesse.
L.H. J'ai exactement pensé à ça et c’est complètement inédit. Mais il y a un problème ou, du moins, un truc qui s'éveille en moi qui n'est pas normal. Moi qui suis un amoureux de la course, je suis content de voir les Français gagner, mais j'adore la confrontation, j'adore quand ça se joue au match, et là je reste un peu sur ma faim, parce que c'est allé trop vite.
Ce n'est pas normal, mais en même temps ça reflète aussi ce qu'on voit, en tout cas pour les filles, sur la Coupe du monde.
L.H. : C'est pour ça que c'est nuancé. Est-ce que je suis choqué de voir les Français faire ça ? Non, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant d'écarts. Il faut savoir mettre de la nuance partout, et là, il y en a. Si vous m'aviez demandé quelle sera la meilleure nation sur ces JO, j'aurais dit la France parce que c'est juste un constat des dernières Coupes du monde. Mais quand on voit plein d'autres nations... Typiquement, les Suédois se sont vautrés à tous les niveaux. C'est inquiétant. Quand on regarde les résultats de tous les JO, on retrouve six ou huit nations qui font des podiums. Là, c’est Norvège et France. Il n'y a plus d'Autrichiens. Il y a les Bulgares qui sont sortis. C'est une super nouvelle, mais les Tchèques ne sont pas là, il n'y a plus de Slovènes.
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Pourquoi les Autrichiens n'ont plus d'équipe ? Pourquoi les Tchèques n'ont presque plus d'équipe ?
Est-ce que l’absence des Russes change quelque chose ?
L.H. : Ça change fondamentalement quelque chose. Si on oublie ces histoires de dopage, ils étaient ultra présents sur les podiums, devant dans la course. Mais les Biélorusses aussi, c'était une belle nation. Mais il ne manque pas qu'eux. Les Russes ne sont pas là à cause de la guerre en Ukraine, ce sont des choix qui nous dépassent. Mais pourquoi les Autrichiens n'ont plus d'équipe ? Pourquoi les Tchèques n'ont presque plus d'équipe ? Pourquoi il y a plein de nations qui sortaient deux ou trois athlètes où il y avait une vraie équipe et qu'ils n'y sont plus ?
Ce qui est encore plus effrayant, c’est que chez les filles le réservoir semble inépuisable.
L.H. : Oui, il y a Voldiya Galmace-Paulin qui arrive notamment et tant d’autres. En ski, elle a un truc incroyable et elle tire très bien aussi. Mais il faut qu'elle puisse avoir un petit peu de place parce que les filles de devant, ce n'est pas sûr qu'elles laissent la leur et que derrière, il y en a cinq ou six en IBU Cup. Quand on commence à faire des quintuplés au championnat d'Europe, ça pose les bases. J’aimerais qu’on ait des études là-dessus : est-ce que c'est normal d'arriver et de marcher sur les autres comme ça alors que tout le monde s’entraîne fort ? Et sans dopage, parce que moi, je mets ma main à couper qu'il n'y a aucun Français qui est dopé. Pourquoi on a autant d’avance alors qu’on n’est pas une nation du nordique comme la Norvège, la Suède ou la Finlande ? En Autriche, ils ont quand même des belles montagnes.
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Je pense qu'il y a des équipes qui sont restées dans le siècle d'avant, dans la décennie d'avant
Est-ce que vous auriez un début d’explication ?
L.H. Ce que je vois, c'est que le sport de haut niveau a évolué. Moi, j'ai arrêté en 2012. Marie (ndlr : Dorin), mon épouse, a arrêté en 2018. Martin (ndlr : Fourcade) 2020. Ça, c'est mon entourage proche. A cette époque, je voyais de près ce qui se faisait. Quand je vois maintenant ce qui se fait, je trouve que ça a vraiment évolué sur des protocoles chaleur, sur tout le testing, c'est-à-dire sur la lecture des prises de sang, sur la saturation en oxygène. On arrive à calibrer l'entraînement de manière beaucoup plus précise qu'il y a encore six ans. Je pense que ça a fait évoluer les athlètes.
Ce n’est pas le cas des autres nations ?
L.H. : J'ai un hôtel dans le Vercors et on a reçu les Allemands et les Italiens, il n'y a pas longtemps. J'avais l'impression qu'ils s'entraînaient comme moi en 2012. Je me demande si on n’est pas, comme en vélo, dans un sport à deux étages. Il y en a qui sont à la pointe de tout. Il y en a qui s'entraînent comme en 2012, à aligner des heures, à faire de la muscu. Je pense que les Français, quand même, ils sont ultra-bons sur la préparation physique, sur toutes les méthodes d'entraînement, sur ce qui évolue. Et aussi au niveau du matériel. Les Français vont gratter de partout. Je pense qu'il y a des équipes qui sont restées dans le siècle d'avant, dans la décennie d'avant.
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La supériorité du matériel français semble aussi incontestable.
L.H. : Là, les Français étaient au-dessus du lot. On est devenu, si ce n'est pas la nation de la glisse dans le biathlon, une grosse nation de la glisse. Alors que moi, j'ai couru jusqu'en 2012 et on était loin d'être les meilleurs. On se plantait régulièrement. Bon, ça arrivait qu'on fasse des coups aussi, mais on ne pouvait pas du tout être qualifié de nation de la glisse. Et là, sur les JO, l'image que je retiendrai des JO, le premier temps intermédiaire de l'individuel d'Éric Perrot et Quentin Fillon-Maillet… Fou. Quand la réalisation a filmé Eric qui arrivait avec 15 secondes d'avance, je me suis dit : ‘les autres ne sont pas fartés. Ce n'est pas possible.’ La différence, elle est énorme. Ils l'assument. Simon Fourcade me l'a confirmé, un technicien me l'a confirmé. Oui, ils avaient réellement un avantage sur la glisse, sur les neiges de début de JO où ça ne glissait pas beaucoup. Le dimanche de la poursuite où c'était béton et un peu glacé, là, il n'y avait plus de différence. C'était tout le monde pareil.
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