L'équipe de France de biathlon et la vie sans Emilien Jacquelin : "Il nous manque par moments... et pas à d'autres"
Par Julien Pereira
Mis à jour 24/09/2026 à 19:53 GMT+2
Émilien Jacquelin a annoncé, cette semaine, son désir de poursuivre son aventure cycliste avec Decathlon CMA-CGM et, par conséquent, de faire une croix sur la saison d'hiver. Ses coéquipiers biathlètes l'admettent : "Émil'" va manquer. Simon Fourcade, le coach, fait le même constat... sauf pour les périodes de stage, comme celles que traversent les Bleus actuellement.
"Pardon Emilien…" : Jacquelin est à sa place dans le peloton
Video credit: Eurosport
Cette fois, c'était un peu plus calme. Ou, du moins, un peu moins agité. Lorsque nous avons rejoint les équipes de France de biathlon durant leur stage à Corrençons-en-Vercors, on a vite saisi les premières conséquences de l'absence d'Émilien Jacquelin. Le Grenoblois a décidé de ne participer à la saison 2026-2027 de biathlon, pour vivre pleinement son aventure cycliste avec Decathlon CMA-CGM. Sans lui, le groupe tricolore a non seulement perdu un biathlète de qualité. Mais aussi un "personnage", avec tout ce que ce terme peut recouvrir.
Il y avait donc un mélange de sourires et de nostalgie, lorsque nous avons évoqué le sujet avec ses désormais ex-coéquipiers. "Humainement, c'est quelqu'un de très attachant, a résumé Éric Perrot. J'ai tissé énormément de liens avec lui et honnêtement, ça nous a fait du bien de le revoir lorsqu'il nous a rejoints, deux ou trois fois, pour boire un café avec nous."
Jacquelin ne supportait plus la préparation
Il y avait encore plus d'émotions chez Quentin Fillon Maillet, qui a vécu une immense partie de sa carrière avec les Bleus aux côtés d'"Émil'". "On a partagé beaucoup de podiums et de courses ensemble, des triplés, des quadruplés, a énuméré l'athlète français le plus médaillé des Jeux. Dans cette vie de biathlète, Émilien est dans mon cœur parce qu'on a vécu trop de bons moments ensemble pour oublier tout ça. Avec lui, on est allé chercher des titres aux Mondiaux et aux Jeux. On a fait le meilleur. On a aussi fait le pire, parfois, mais on va garder le meilleur."
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Jacquelin à la planche, Isidore à la conclusion : tout bon pour Decathlon
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Le "pire et le meilleur". C'est là un bon moyen de se faire une idée de l'impact que pouvait avoir Jacquelin dans un groupe. Le "pire", parce qu'il n'était vraiment pas très friand de ces stages, justement, qu'il considérait trop exigeants et restrictifs. "Je pense qu'il ne m'en tiendra pas rigueur si je dis qu'il nous manque par moments et qu'à d'autres moments, il ne nous manque pas", a souri Simon Fourcade.
Le coach des Bleus s'est parfois fait des nœuds au cerveau pour encadrer, au mieux, le tempétueux Jacquelin : "Les stages d'août et de septembre sont un peu difficiles, parce qu'on se demande après quoi on court, a-t-il expliqué. On termine la période estivale, mais on n'entre pas non plus dans la période de compétition. Et Émilien était parfois un petit peu compliqué à gérer sur ces stages. Il avait un besoin de liberté que je devais lui accorder afin qu'il ne pète pas les plombs. Mais c'était aussi difficile à justifier parce qu'on ne l'accordait pas aux autres."
Émilien était essentiel au groupe
À plusieurs reprises, ces dernières saisons, celui qui est aujourd'hui un coureur cycliste avait exprimé une vraie lassitude vis-à-vis de la préparation de biathlète. Et cela n'impactait pas que lui. "Il pouvait parfois avoir une humeur un peu maussade qui pesait sur toute l'équipe, a poursuivi Fourcade. Il y avait de temps en temps des frasques qui pouvaient atteindre certains de ses coéquipiers. Ça, ça ne manque pas. Mais de manière générale, Émilien était essentiel au groupe."
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Le détonateur Jacquelin, le finisseur Perrot : Le résumé d'un sacre historique en relais masculin
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Il l'avait encore démontré, aux Jeux de Milan-Cortina, avec une prestation tout bonnement exceptionnelle sur le relais masculin tricolore qui avait fini par se parer d'or. Sans lui, les Bleus ont "un sérieux adversaire en moins", comme l'a aussi rappelé Fillon Maillet, mais ils ont aussi perdu un profil atypique. Car Jacquelin le biathlète était aussi entier que l'homme.
"C'est quelqu'un de super engagé, de passionné, a insisté Perrot. Il a apporté une autre dimension au biathlon, qui dépasse notre groupe, en courant avec le cœur. C'est un truc un peu Français qu'Émilien a vraiment décomplexé." Avec le Grenoblois, il n'y a jamais de calcul. Ça passe. Ou ça casse. Et cet état d'esprit-là a fini par irriguer le groupe tricolore.
Ses coéquipiers sont devenus ses supporters
"Je ne sais pas si ça restera sa dernière course, mais ça restera une fierté d'avoir pris ce sillon-là lors de la mass-start d'Oslo [dernière épreuve de la saison dernière, NDLR], s'est souvenu le détenteur du Gros Globe. Je lui avais dit : 'viens, on attaque.' Il m'avait calmé et m'avait dit de ne pas le faire dès le premier tour, parce qu'il y avait du vent. Je lui ai répondu : 'OK, alors au deuxième tour !' Et dès la sortie du tir couché, je l'ai vu déclencher et on a fait un tour tous les deux. Émilien, c'est ça. Donc même pendant les courses, il va nous manquer."
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Perrot, ou "la chance" d'avoir échoué en solo : "J'ai encore ce rêve de titre olympique"
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Mais au sein du groupe tricolore, chacun a bien saisi qu'il était important, pour Jacquelin, de s'aventurer ailleurs. Le multi-médaillé olympique aurait sans doute explosé en plein vol s'il était reparti, tête baissée, dans un cycle de quatre ans jusqu'aux JO 2030, dans les Alpes. Vivre pleinement cette aventure cycliste est sans doute le meilleur moyen, pour lui, de redevenir un biathlète performant à l'avenir.
Les Bleus, eux, s'adaptent. "Le côté flamboyant qu'il apporte manque au groupe, a fini par concéder Fourcade, sourire aux lèvres. Mais on se fait un plaisir de le recevoir et d'échanger avec lui sur cette expérience vélo. Et puis on est tous devant ses courses. Pour tout vous dire, il m'a même fait prendre un abonnement à HBO Max."
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