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Le "morbac" est mort, vive Fillon Maillet

Le "morbac" est mort, vive Fillon Maillet

Le 11/02/2020 à 14:12Mis à jour Le 13/02/2020 à 02:15

MONDIAUX D'ANTERSELVA - Vainqueur de la mass start de Pokljuka, dernière course individuelle avant les Mondiaux (13-23 février), Quentin Fillon Maillet débarque en Italie avec le statut de prétendant à une médaille d'or, qui "manque à (son) palmarès". Il n'a plus rien de l'outsider dont les cadors craignaient (seulement) la capacité à ne rien lâcher. Dans les résultats comme dans l'attitude.

Se faire petit aurait été tellement plus simple. Mais le 27 janvier 2019, Quentin Fillon Maillet a fait le pari de l'audace lors de la mass start d'Anterselva. Il s'est d'abord échappé dans les skis d'un Johannes Boe au sommet de son art, du haut de ses cinq victoires consécutives… puis il ne s'est pas contenté de le suivre. Il l'a relayé. Sur le pas de tir aussi, il a pris son destin en main, tirant vite et bien pour faire trembler l'ogre norvégien. Bingo : Boe a craqué et Fillon Maillet a décroché son premier succès individuel en Coupe du monde, après douze podiums infructueux. Un an plus tard, le Jurassien revient sur le site italien, dont la particularité est de culminer à 1600 mètres d'altitude, pour y disputer les Mondiaux. Et il n'a plus le choix : impossible pour lui de se faire petit.

Pourquoi ? Parce que depuis ce premier succès, Fillon Maillet a confirmé qu'il boxait dans la catégorie des poids lourds. Il a achevé la saison 2018-2019 sur le podium du classement général de la Coupe du monde (3e) et il y figure encore à l'aube de ces championnats du monde (2e), qui se tiendront du 13 au 23 février. Le Français de 27 ans est intercalé entre un septuple vainqueur du gros globe - son compatriote Martin Fourcade, dossard jaune - et le nouveau patron du circuit - Johannes Boe, leader avant de zapper deux étapes pour assister à la naissance de son premier enfant. Et il est à sa place en telle compagnie.

  • Quentin Fillon Maillet au classement général de la Coupe du monde :
2019-2020 (en cours) 2e
2018-2019 3e
2017-2018 10e
2016-2017 20e
2015-2016 12e
2014-2015 23e
2013-2014 49e

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Bon courage pour le lâcher... bonne chance pour le suivre

Mais Fillon Maillet n'a pas seulement confirmé dans les résultats. Il a poursuivi son ascension dans la hiérarchie en pérennisant un style offensif. Une attitude qui tranche avec la réputation qui lui a longtemps collé à la peau : celle d'un biathlète dont il est quasiment impossible de se débarrasser sur la piste. Pas celle d'un attaquant. "C'est un accrocheur de folie, quel que soit l'athlète qui est devant lui, il ne sera jamais décroché même lors des jours où il est moins bien" disait ainsi de lui Stéphane Bouthiaux, alors entraîneur des Bleus, en 2018. Une caractéristique qui a valu à Fillon Maillet le surnom de "morbac" et qui fait, encore, en partie sa force.

Fillon Maillet reste ainsi redoutable à la bagarre, plus qu'il ne l'est face au chrono. Ses trois succès en Coupe du monde ont été acquis dans des formats en "confrontation directe" (deux victoires en mass start, une en poursuite). Seulement, la problématique a évolué pour ses adversaires : avant de penser à le lâcher, ils doivent surtout s'évertuer de le suivre. Le 26 janvier à Pokljuka, il a remporté la course des rois en faisant mal à tout le monde sur la piste. "Il faut prendre ses responsabilités quand on a des bons temps de ski sur le début de la semaine, voilà, c'est ce que j'ai fait" a-t-il expliqué au micro de la Chaîne L'Equipe, dans la foulée de cette victoire dans la dernière course avant les Mondiaux.

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"Podium au général, j'ai déjà fait"

Et quand il parle de "bons temps de ski", c'est un euphémisme. Lors de l'individuel en Slovénie, Fillon Maillet a mis (au moins) 13 secondes à tout le monde dans le domaine, échouant à la 7e place à cause de deux fautes. Une domination physique à relativiser, l'avion Johannes Boe ayant redécollé timidement. Mais c’est plus globalement que le Jurassien a progressé cette saison, intégrant l'élite des fondeurs. Ses performances sur la piste sont 4% meilleures que la moyenne du circuit (contre 3% lors des trois exercices précédents).

Sa quête débute samedi par le sprint (14h45). Une épreuve dont il n'est donc pas spécialiste… mais dans laquelle il avait décroché une médaille de bronze l'an passé, lors des Mondiaux d'Östersund. Illustrant une réalité dont plus personne ne doute : le temps où ses rivaux n'avaient à le craindre que lorsqu'il était sur leur porte-bagage est révolu.

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