Interview d'Eric Perrot : "Mon plan ? Devenir le meilleur biathlète du monde"

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Sacrée personnalité que celle d'Eric Perrot. À 23 ans, le troisième homme au classement général de la Coupe du monde raconte son ambition pour Eurosport : son bonheur de pratiquer son sport à très haut niveau, ses rêves de jeune biathlète ou encore son rapport au chambrage. Entretien depuis Lenzerheide où il s'est couvert d'or mercredi en relais mixte.

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Video credit: Eurosport

Par Thomas Bihel
Eric, au moment de cet entretien, nous partons à l’entraînement. Vous le voyez comme un travail, ou comme un jeu ?
Eric Perrot : C'est un jeu à 90% du temps. Quand on sort comme ici, avec le temps qu'il fait, avec cette envie d'aller disputer ces courses… Vous savez, dès qu'on a passé un petit moment à la maison, on est ressourcés. Et là tout de suite, j'ai envie de retourner à la compétition. Ça démange un petit peu quand on est en plein hiver, je sens que je suis entraîné, je suis prêt à participer. Donc, oui, dans ces moments-là, ça correspond à peu près à 90% du temps à un jeu. C'est vrai qu'il y a donc 10% du temps où, parfois, on est un peu lassé parce que ça reste tous les jours la même chose finalement. On sort, on fait du ski, on tire. Et parfois, j'avoue que la motivation est moins importante. Si la météo n’est pas de la partie, comme tout le monde, on a moins envie de sortir. Dans ce cas-là, alors, c'est plus un travail ! Heureusement, on a la chance de pouvoir jouer à 90% du temps.
Mais votre évasion, c'est de pratiquer le biathlon ou de profiter des temps calmes, en famille ? 
E.P : Ça dépend de quoi l’on parle. Parfois, j'ai envie de m'évader du biathlon. Dans ces cas-là, ce sera plutôt les temps passés en famille. Mais en même temps, parfois, j'ai envie de m'évader de la maison et là, mon évasion, c’est pratiquer du biathlon. C'est vrai que nous avons une vie de luxe ! Pouvoir partir en compétition avec les copains et s'amuser… Mais ce côté privilégié, c'est énormément de travail.
Ce sont aussi des sacrifices, on imagine, depuis tout petit… 
E.P : Oui, c'est vrai. Mais c'est comme tout travail. Dans tous les cas, il faut bosser. C'est sûr qu'on ne peut pas réaliser quelque chose dont on a envie en claquant des doigts. Après, de là à parler de sacrifice… Moi, je le vois comme une passion. Par contre, bien sûr que cela demande beaucoup d'heures de travail. Mais je me répète, comme pour n'importe quel job, finalement. Tu ne peux pas devenir performant dans un domaine sans y passer du temps. Et le biathlon ne déroge pas à la règle.
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Eric Perrot lors du relais de Coupe du monde à Hochfilzen, le 15 décembre 2024

Crédit: Getty Images

Est-ce que vous êtes parfaitement conscient de ce que vous réalisez en course ?
E.P : Alors, je pense être plutôt lucide parce que j'aime beaucoup réfléchir…  Je pense être conscient de chaque situation. Quand je suis dans un mouvement, quand je suis dans le truc, en compétition, j'ai l'impression de suivre mon plan et que ça se passe de façon naturelle. Ça me paraît assez simple et naturel… quand tout se passe bien. S’il y a un petit grain de sable qui s’invite et que ça se complexifie un petit peu, alors je me dis, ce que tu as fait auparavant, c’était vraiment trop cool. Mais je n’ai pas trop de recul encore. Peut-être qu'on réalise un peu plus tard. Pour l'instant, je suis en plein dedans, dans mon plan, donc je ne fais que profiter. J'ai l'impression que tout se passe bien.
Concernant votre carrière, c'est quoi le plan ?
E.P : Mon plan ? Depuis tout petit, j’ai toujours eu envie de devenir le meilleur biathlète du monde. Je l'ai toujours dit, parce que c'est ce que j'ai en moi, dans mon cœur. Et finalement, j'ai l'impression que je prends cette route, que j'arrive à accomplir ce dont j'ai envie, étape par étape, petit à petit. Encore une fois, je sais que ça va encore demander beaucoup de travail pour atteindre ces derniers paliers. Mais voilà, j'ai l'impression que ça se passe plutôt comme j'avais prévu, au niveau des résultats, au niveau de la progression. Donc le plan est respecté par rapport à ce que j'avais en tête, jeune.
Vous assumez complètement vos ambitions. Est-ce propre à votre génération ?
E.P : C'est vrai… Moi, ça me semble naturel de dire ce que je pense, de dire ce que je ressens. Je ne suis pas là pour me vanter de vouloir être le meilleur, je suis là pour dire 'écoutez, c'est ce que j'ai en moi, c'est ce que j'ai envie de réaliser.' Chacun ses rêves. Le mien, c’était être biathlète. Pas juste biathlète à haut niveau, non… Mon but, c'est d'être le meilleur biathlète du haut niveau ! Alors j'aime l'affirmer. Je n’ai pas besoin de me cacher. Alors, est-ce générationnel ? Je ne sais pas trop, mais c'est vrai que ce n'est peut-être pas très français culturellement. C’est sans doute mon trait norvégien, je ne sais pas. Mais ça me semble en tout cas naturel de m'exprimer sur ce que j'ai envie de faire.
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Les regards ont changé sur vous. Ressentez-vous cette forme de respect, de crainte, chez vos adversaires ? 
E.P : De crainte ? C'est peut-être un peu fort. Après, peut-être que je ne m'en rends pas compte non plus. Ce qui est sûr, c'est qu'avec les résultats, les regards changent, que ce soit de la part de la concurrence ou du monde extérieur. Vous savez, le biathlon, ça reste un petit sport, un petit milieu. Alors moi, quand je faisais du ski petit dans mon club à Peisey-Nancroix, tranquillement, tout paraissait beaucoup plus petit, beaucoup plus simple. Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde autour de nous, il y a du public, c'est magique, il y a des médias et tant mieux.Mais c'est vrai que les regards de toutes ces personnes extérieures changent avec les résultats et c'est normal. En ce qui concerne la concurrence, je ne sais pas trop comment ils regardent. Mais c’est certain qu'il y a une forme de respect dans le peloton. Quand on a des résultats, on se fait moins marcher dessus en mass-start. Ce sont des choses que j'ai pu expérimenter entre mes premiers départs et aujourd'hui. Mais il n'y a pas de cadeau pour autant.
Si on vous parle du 9 mars 2024, qu'est-ce que cela vous évoque ?
E.P : Ma première victoire en Coupe du Monde à Soldier Hollow aux Etats-Unis !
Ce n’est pas une fin en soi ?
E.P : Non ! Pas pour moi en tout cas. Il y en a peut-être qui voit ça comme le Graal final. Moi, je le vois comme une première étape. Ça reste énorme, une première victoire en compétition. Mais ce n’est que le début. C’est ce que je voulais atteindre. Pour une fois, j'étais sur le toit du monde, c'est-à-dire que je ne pouvais pas faire mieux ce jour-là en termes de résultats, en tout cas. Et moi, je le vois comme un début. Alors je me dis, OK, c'est bon, j'ai réussi à atteindre une première fois la première place. Ça veut dire que maintenant, j’ai ma carrière devant moi. Qu'est-ce que je vais réussir à faire ? Je verrais, mais en tout cas, j'ai réussi à atteindre cette première étape, ce premier sommet, et j'ai envie de continuer.
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Vous avez besoin de la confrontation ? Peut-on parler de corps à corps ou de partie d'échecs ? Vous êtes tous sur le pas de tir, vous êtes nombreux. Comment le ressentez-vous ?
E.P : J'adore ça ! Ça fait partie des choses que je préfère dans le biathlon, ces confrontations, ces moments clés, les moments où tout va se jouer. J'adore, parce qu'on passe beaucoup de temps toute l'année à nous entraîner. Nous nous entraînons de mai à fin novembre pour enfin débuter la saison officielle. Finalement, on a beaucoup plus de temps de préparation que de temps de course. Tant d'heures pour ces 20 secondes qui vont compter sur un dernier tir ! J'adore me retrouver juste avant ces 20 secondes et me dire : 'j'ai réussi à me payer mon billet pour arriver jusqu'ici. C’est maintenant que tout se joue !' J'aime bien être au coude à coude avec les meilleurs concurrents parce que c'est là où j'ai envie d'être depuis très longtemps. Aujourd'hui, j'ai cette chance de pouvoir vivre ces moments-là. Je n'ai pas envie qu'ils s'évaporent, je n'ai pas envie qu'ils passent trop vite, j'ai envie de les prendre et d'en profiter un maximum.
Sur le pas de tir, il est interdit de parler. Vous arrivez quand même à chambrer ou faire monter la pression ?
E.P : Effectivement, c’est interdit. Je ne sais pas. Moi, j'aime bien chambrer un peu, mais je ne le fais pas. Après dans le biathlon, on est très respectueux les uns envers les autres. Il n'y a pas de mauvais coups. Mais c'est vrai que ce serait amusant de chambrer un petit peu avant le dernier tir. Mais il faudrait assumer, et être capable après de se recentrer sur soi-même. Parfois, je me suis dit, ça doit être sympa de jouer avec le public juste avant le dernier tir, de chauffer un peu. Mais ça peut vite être la descente aux enfers si on se loupe.
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Eric Perrot vainqueur de la mass start de Coupe du monde à Kontiolahti, le 8 décembre 2024

Crédit: Getty Images


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