Mondiaux 2025 - Equipe de France - Profitons de l'anormalité, mais ne la banalisons jamais
Par Laurent Vergne
Mis à jour 21/02/2025 à 11:32 GMT+1
En huit courses dans ces Championnats du monde de Lenzerheide, l'équipe de France compte désormais cinq titres et un total de 10 médailles. Une réussite collective invraisemblable, qui pioche aussi bien chez les garçons que chez les filles. Les Bleus écrasent tout, dans la lignée d'une édition 2024 déjà record. On pourrait croire la chose normale, puisqu'elle se répète. Elle ne l'est pas.
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L'heure n'est pas encore venue de dresser le bilan comptable de ces Championnats du monde pour l'équipe de France. Il reste encore quatre épreuves, les deux relais et les deux mass-starts. Avec autant de chances de médailles et même un peu plus en cas de doublé par-ci ou de triplé par-là. Le compteur bleu affiche 10. Il peut finir bien au-delà. A hauteur et même au-dessus du record des Mondiaux 2024. Ce record que le staff tricolore jugeait "impossible" à envisager de nouveau et "déraisonnable" de viser. Tu parles, Charles.
Au fond, peu importe le chiffre, pardon, le nombre final, puisqu'il sera à deux chiffres, quoi qu'il arrive. Lenzerheide, comme Nove Mesto l'an passé, restera une ahurissante réussite. Nous verrons bien à quelle hauteur se fixera le nombre de podiums au moment de quitter les Alpes suisses mais la réussite collective nous semble encore plus grande qu'en République tchèque voilà douze mois, parce que l'équilibre entre l'apport des garçons et des filles est quasiment parfait. Tout le contraire de 2024 où il y en avait surtout eu pour ces dames. Les hommes, eux, tiraient un peu plus la tronche. Cette fois, il y a des sourires de tous les côtés.
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Alors, 10, 11, 12, 13 médailles ou plus, cela ajustera l'ampleur du triomphe, et ce ne sera bien sûr pas neutre, mais la réussite, elle, sera quoi qu'il arrive inaltérable avec d'ores et déjà cinq titres mondiaux et un total de 10 podiums. Mais si jamais les Bleus mettent un peu moins dans le mille ce week-end, n'oubliez pas tout ce qui se sera produit ces derniers jours. C'est le seul danger qui guette le biathlon français : que ses accomplissements ne soient pas considérés à leur juste valeur. Un problème de riches, convenons-en.
Au cours de ces deux dernières éditions des Mondiaux, l'équipe de France a banalisé l'exceptionnel. L'anormalité, même. Avec le risque, pour nous, par pour les athlètes, de finir par croire que tout ceci finit par relever de l'ordre du banal. Du normal. 13 médailles un coup. Et pourquoi pas 14 cette fois. S'ils l'ont fait deux fois de suite, c'est que ce n'est plus extra-ordinaire, non ? Que le "extra" devient superflu. Surtout pas.
On finit par croire que c'est normal mais ça ne l'est pas
La domination française ne reflète pas le véritable rapport de force entre les meilleures nations. Par rapport à la Norvège, notamment. Le 10-3 en faveur des Bleus est trop gros pour être vrai. L'ampleur de la suprématie tricolore doit bien évidemment beaucoup à la qualité de nos athlètes, de leur staff et de leurs techniciens, mais elle s'explique aussi en raison de la faillite collective d'une équipe norvégienne qui ne tient plus, sous réserve d'un réveil ce week-end, que sur le seul talent de Johannes Boe.
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Rien n'a mieux résumé cette combinaison (carton plein d'un côté, ratage de l'autre) que l'individuel messieurs, mercredi avec Eric Perrot en or et plus encore Quentin Fillon Maillet en bronze. Deux médailles qui doivent beaucoup à un tir globalement catastrophique des Norvégiens. Tout réussit aux Bleus. Tout ou presque semble tourner dans leur sens au moment opportun. Il ne s'agit surtout pas ici de minimiser quoi que ce soit, mais de souligner que quelques petites circonstances favorables viennent appuyer encore davantage leurs mérites et leurs accomplissements.
"On finit par croire que c'est normal mais ça ne l'est pas", nous confiait Sandrine Bailly mercredi. Elle a raison. Il faut le mesurer et il faudra s'en souvenir. Pour ne pas devenir, le cas échéant, injuste avec cette fantastique équipe. Vous verrez qu'au rythme qui est le sien, si elle repart des Jeux de Milan et Cortina l'an prochain avec "seulement" huit ou neuf médailles, nous trouverons tous le moyen de déplorer ce bilan à un seul chiffre, un peu maigrichon par rapport aux deux dernières éditions des Championnats du monde.
Non, l'anormal n'a pas vocation à être jugé normal. Même quand la performance est dupliquée deux années de suite. Cela ne suffit pas à rendre la chose banale. Alors, profitons-en. Il n'y a aucune raison de bouder son plaisir. Au contraire. Tant mieux et pourvu que ça dure. Mais ne banalisons jamais l'incroyable. Même si eux font tout de leur côté pour nous y pousser.
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