Mondiaux de Lenzerheide | Objectif 16 secondes : les Lucky Luke du biathlon peuvent-ils tirer encore plus vite ?

Eurosport sur Google

A peine plus d'une quinzaine de secondes. Pour les tireurs et tireuses les plus rapides de la discipline, c'est un temps parfois suffisant pour blanchir les cinq cibles. Mais ces enchaînements ultra-rapides et très plaisants pour les spectateurs peuvent-ils finir par devenir une nouvelle norme ? Analyse avec notre consultant Loïs Habert et certains acteurs majeurs de la discipline.

Une possible révolution en palette : "Ça pourrait être le tir de demain"

Video credit: Eurosport

Ils sont biathlètes mais ils sont aussi, parfois, des Lucky Luke. Ils, ce sont Johannes Boe, Julia Simon ou Émilien Jacquelin, capables de dégainer plus vite que leur ombre. Ces derniers temps, ces trois-là - et quelques autres - ont tous effectué des tirs marquants. Le Norvégien a remis ça mercredi, lors du relais mixte, en blanchissant cinq cibles en... 17"1 chrono.
En début d'hiver, son compatriote Martin Uldal avait lui aussi impressionné, malgré un échec (4/5), en passant moins de 13 secondes sur le pas de tir lors de la poursuite d'Hochfilzen. Bref, ces performances notables et sans doute très appréciables pour le spectateur sont de moins en moins épisodiques. Mais finiront-elles par devenir une norme ?

Depuis 15 ans, une belle accélération

Les progrès dans ce domaine ne sont pas nouveaux. Ils ont même été plutôt constants depuis l'ultra-professionnalisation de la discipline. Chez les hommes comme chez les femmes. Les chiffres le prouvent. Nous avons calculé les moyennes de tous les tirs des cinq athlètes les mieux classés lors de chacune des épreuves individuelles de la saison 2009/2010 de Coupe du monde, et les avons comparées à celles de l'exercice actuel.
L'évolution de la vitesse des tirs chez les hommes et les femmes depuis 15 ans

L'évolution de la vitesse des tirs chez les hommes et les femmes depuis 15 ans

Crédit: Quentin Guichard

Chez les dames, le tir couché a progressé de 10,45% (29,65" en moyenne) et le debout de 19,32% (26,64"). Chez les hommes, la différence est un peu moins marquée mais elle demeure éloquente : elle est de 6,10% sur le coucher et 15,30% sur le debout. "Au fil des années, ça s'accélère mais il y aura sûrement un moment où ça va stagner, estime toutefois Quentin Fillon Maillet, que nous avons interrogé à ce sujet. Et je pense qu'on s'en rapproche. Il y aura sûrement une certaine limite car les cibles sont toujours à la même distance, elles font toujours la même taille...".
picture

Fillon Maillet sur la course au tir rapide : "Ça va sûrement stagner"

Video credit: Eurosport

Pour l'heure, il demeure donc difficile d'imaginer que les tirs "mitraillette" deviennent courants. "Il y a des évolutions possibles mais au risque de tout planter, analyse notre consultant Loïs Habert. Et ça, tous les athlètes ne sont pas capables de l'accepter. Prenez l'exemple d'un Martin Fourcade, qui jouait constamment le général et les globes : quand il estimait que la part de risque était trop élevée, il restait dans ses normes de vitesse de tir pour ne pas finir dixième et perdre 60 points."
C'est une guerre d'egos
Le lien entre vitesse de tir et précision est établi. Cette saison, comme l'a constaté notre consultant, les hommes ont tendance à tirer sensiblement plus vite que les femmes. Pourtant, le "range time" moyen des biathlètes féminines, qui tient également compte des pénalités, est inférieur à celui de leurs homologues masculins. "Ça démontre bien que la vitesse n'amène pas forcément la réussite, note Émilien Jacquelin. Il faut trouver un juste milieu."
Si évolution il doit y avoir, celle-ci sera plutôt philosophique. "Je pense que pour certains garçons, gagner n'est plus si important que cela, glisse Loïs Habert. Bien sûr, ça les intéressera toujours. Et s'ils sont en mesure de gagner, ils le feront. Mais chez certains athlètes, on voit que la manière compte beaucoup. Ils veulent faire rêver, que ça ait un impact médiatique, que les gens s'en souviennent." Et réussir un tir exceptionnel est un bon moyen d'y parvenir.
picture

Scène ubuesque et résultat indigent : la drôle de course de Boe

Video credit: Eurosport

"C'est une guerre d'egos, abonde Jacquelin. Lorsque je tire vite, c'est plus une conséquence de course. Je n'ai jamais réellement essayé d'engager un tir en cherchant un temps avant tout". Comme Boe sur le relais ou lors de l'individuel de Ruhpolding, ces enchaînements impressionnants sont souvent des tirs de "désespoir" (voir vidéo ci-dessus), effectués lorsque les chances de victoire ou de podium ont été préalablement dissipées par des faits de course. Ils pourraient donc être beaucoup plus adaptés aux Mondiaux, actuellement disputés à Lenzerheide, qu'à la Coupe du monde, où chaque point compte.

Uldal a tenté une révolution mais...

Mais pour Uldal, c'est un petit peu différent. Lorsqu'il avait effectué son 4/5 en 12"9 à Hochfilzen, le Norvégien avait manifesté son souhait de "montrer une série comme celle-là". "Je vois souvent des biathlètes être félicités quand ils tirent en 19 secondes, avait-il confié au média NRK. Moi, je veux établir une nouvelle norme !"
Pour cela, celui qui est considéré comme l'un des candidats à la succession de Boe a modifié à la fois son rituel d'installation et même certaines pièces de son arme, afin de réduire le temps entre l'arrivée sur le pas et le premier tir. "Il fait passer la carabine de l'autre côté, sous son bras gauche, observe Loïs Habert. Mais finalement, il n'a pas été copié par beaucoup d'autres biathlètes. Sa manière de s'installer demande de tenir la carabine avec la main droite, quasiment à bout portant, pour y intégrer le chargeur avec la main gauche. Et cela implique de la crispation, alors qu'on cherche plutôt du relâchement."
picture

Jacquelin titillé par la gâchette Uldal ? "Quand je tire vite, c'est plus une conséquence"

Video credit: Eurosport

Ces derniers temps, les temps de tirs de l'athlète de 23 ans se sont d'ailleurs normalisés. "On peut donc imaginer que le plafond n'est pas très loin, note notre spécialiste. Mais il y en a peut-être un ou une qui va le modifier et emmener deux ou trois autres biathlètes. Je ne sais pas si on peut s'attendre à une révolution." "Je pense que les tirs en 16 secondes vont devenir de plus en plus réguliers, estime Jacquelin. [...] C'est aussi en cassant les barrières qu'on trouvera les limites."
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article