Dimanche, c’est jour de première. La saison de biathlon a pourtant repris depuis une semaine. Johannes Boe, Emilien Jacquelin, Sebastian Samuelsson et compagnie ont déjà croisé le fer à trois reprises, dans des courses individuelles. Mais ils se battaient surtout face au chrono. Cette fois, la confrontation sera directe, même s’ils s’élanceront en ordre dispersé lors de la poursuite d’Östersund à partir de 15h15. Voici quatre questions que l’on se pose avant que celle-ci ne débute.

Pourquoi Johannes Boe est-il si "lent" ?

10e temps de ski sur l’individuel. 3e puis 10e sur les sprints. Non seulement Johannes Boe ne survole pas les débats sur la piste à Östersund, mais il est même pénalisé par ses capacités de fondeur, par rapport à des rivaux en jambes comme Samuelsson et Jacquelin, sans que la glisse norvégienne ne semble à blâmer. Un comble pour le triple tenant du gros globe de cristal, dont la mainmise sur le circuit repose grandement sur la vitesse de déplacement.
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Comment expliquer cette lenteur très relative ? D’une part, Johannes Boe n’a pas eu une préparation idéale. Il a manqué le principal rendez-vous de la pré-saison, à Sjusjoen, où son frère Tarjei Boe a notamment brillé. Motif de son absence : un rhume, qui n’augurait rien de bon à deux semaines du début des hostilités. La thèse du bluff écartée, le voir légèrement en difficulté est logique.
D’autre part, Boe n’est plus le jeune loup qui cherche à renverser Martin Fourcade. C’est lui le boss de sa discipline et il tend peut-être, à 28 ans, à devenir un biathlète encore plus complet. Que les outsiders démarrent pied au plancher pendant qu’il gère, avec en tête les Jeux Olympiques de Pékin et un quatrième gros globe de rang, n’aurait rien d’étonnant. Sa courbe de performance dira bientôt s’il est en méforme ou en contrôle.

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Quel Français va en claquer une en premier ?

Sturla Laegreid et Sebastian Samuelsson (par deux fois) sont les deux lauréats de cette entame de saison. Plusieurs Français sont dans le coup pour venir garnir cette liste sous peu. D’où le postulat, optimiste pour le contingent tricolore, qu’un y parviendra. Reste à savoir lequel dégainera le premier.
Simon Desthieux (3e de l’individuel), Emilien Jacquelin (2e du sprint ce jeudi) et Quentin Fillon Maillet (3e de cette même course) comptent un podium chacun. Si on élargit le spectre à la cérémonie des fleurs, Fabien Claude s’est aussi distingué (6e du sprint du week-end dernier).
Desthieux a débuté fort, co-leader du classement général de la Coupe du monde après la première étape. Son accroc de cette semaine (23e à 1’19" du vainqueur, Samuelsson) le met hors-jeu pour la gagne ce dimanche. Au même titre que Claude (25e à 1’20"), qui le suivra de près.
Jacquelin et Fillon Maillet, eux, sont bien dans le match, à 18" et 21"5, sur un format qui leur convient. Le premier cité est double champion du monde en titre de la poursuite. Le second a glané trois de ses six succès en Coupe du monde sur ce type d’épreuve. Léger avantage à Jacquelin sur les skis, mais "QFM" semble monter en puissance.

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Combien de temps Samuelsson va-t-il tenir cette forme ?

A quoi reconnaît-on un "avion" en biathlon ? Au luxe d’avoir une balle de marge sur la concurrence lors d’un sprint, par exemple. Un luxe dont Sebastian Samuelsson peut quasiment se targuer en ce prologue d’opus 2021-2022. Seul Emilien Jacquelin navigue dans des eaux similaires aux siennes en termes de temps de ski.
Jeudi, Fillon Maillet est passé à une cible blanchie de disputer la victoire au supersonique Suédois. Il a manqué son dernier tir et a donc terminé à 21"5 de lui. Même à 10/10 contre 9/10, son succès n’aurait pas été garanti (un anneau de pénalité se parcourt en une vingtaine de secondes). Quant à Johannes Boe, il a échoué à 50 secondes du gagnant, à tir égal.
Il y a de quoi douter de la durabilité de cette domination. Sebastian Samuelsson présente un -8% sensationnel, en temps passé sur la piste par rapport à la moyenne de ses adversaires. A titre d’exemple, Boe a achevé les deux derniers exercices avec un -5% déjà impressionnant, quand Samuelsson devait se contenter de corrects -2% et -3%.
Être très fort, très tôt, peut ressembler à un pari de l’équipe de Suède. Comme son compatriote Martin Ponsiluoma, Samuelsson avait déjà réalisé des chronos "canon" lors de la reprise il y a un an, avant de décliner. S’il endigue cette fois ce déclin et reste parmi les trois ou quatre meilleurs fondeurs de la Coupe du monde, ce sera déjà un succès, et la preuve d’une progression assez logique à 24 ans.

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Qui sera dossard jaune à l’issue du week-end ?

121 points pour Sebastian Samuelsson. 120 pour Johannes Boe. 118 pour Vetle Christiansen. 117 pour Tarjei Boe. Faites vos jeux ! L’écart étant de six points entre une 1re (60) et une 2e place (54), ces quatre biathlètes n’ont "qu’à" gagner pour prendre les commandes, ou les garder. Dans leur sillage, Eduard Latypov (5e, 109 pts) ferait office de grande surprise s’il bouclait le deuxième week-end à Östersund avec le paletot de leader sur le dos.
Quentin Fillon Maillet (6e, 106 pts) et Emilien Jacquelin (7e, 103 pts) ne sont pas à rayer de la liste, en tant que premiers poursuivants de Samuelsson, au départ ce dimanche. Sturla Laegreid (8e, 102 pts), fort de son aisance sur les exercices à quatre tirs, sera aussi à surveiller, même s’il paraît un peu "juste" sur les spatules. Selon les premiers verdicts des courses en solo, qui laissent donc place ce dimanche à un autre type de joute.

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