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Retraite de Marie Dorin-Habert : "Mon corps était à bout"

Dorin-Habert : "Mon corps était à bout"

Le 25/03/2018 à 12:56Mis à jour Le 25/03/2018 à 16:03

COUPE DU MONDE – De passage dans les locaux d’Eurosport ce week-end, Marie Dorin-Habert nous a accordé un long entretien. La biathlète, qui a mis un terme à sa carrière, n’éprouve pas le moindre regret et reconnaît avoir perdu la flamme. La Française se tourne désormais vers d’autres objectifs et ses nombreuses passions.

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Voilà, c’est fini… L’histoire a été belle mais le livre s’est refermé pour de bon...

MARIE DORIN-HABERT : Voilà. On peut toujours nourrir quelques regrets mais ce n’est pas mon cas. Une carrière peut s’améliorer à une balle près. Moi, je n’ai aucun regret car je suis sur le déclin physiquement depuis 2016 mais surtout cette année. Je pense avoir fait le tour de la question. J’ai du mal à repartir de la maison maintenant, de devoir dire à ma petite que je repars, de devoir justifier ces départs et de lire la déception dans ses yeux. Je vibre aussi moins par le ski et j’ai plein d’autres projets derrière qui prennent de plus en plus de place. Je me dis qu’il y a un "après" et que celui-ci va être sympa.

Pourquoi n’êtes-vous pas allée aux finales de Tyumen ?

M.D.-H. : Je n’en peux plus en fait. Ce n’est pas le froid, la distance. En plus, j’aime bien la Russie. On peut toujours prendre un départ… mais il fallait repartir. Aux JO, je suis partie trois semaines et demie. Adèle (sa fille) est venue à Oslo et je lui avais dit que je ne partais plus. Si je partais en Russie, je partais aussi pour le Tournoi des Douanes et le championnat de France. Les douaniers repartent directement en Italie pour ce Tournoi. Je ne me voyais pas repartir deux semaines de plus. C’est long dans la tête d’une petite fille… Et même dans la mienne.

Cet hiver a été éprouvant… Et le plaisir a rarement été au rendez-vous. Quand avez-vous su que c’était bientôt la fin ?

M.D.-H : En fait, je l’ai su rapidement et puis c’est un ensemble de choses. Du mal à partir de la maison en est une. Le biathlon ne me fait pas autant vibrer qu’avant. Même les victoires ont perdu un peu de leur saveur. Je me sens moins vivre à travers ça maintenant. Quand on est moins bien physiquement, on n’a plus l’impression de gérer sa course. Et ça, c’est difficile car on va quand même loin dans la douleur. On a moins d’emprise et on subit tout le temps. Quand on fait 10e alors qu’on a connu les podiums, c’est difficile. La joie et l’excitation de jouer devant, je n’ai connu que ça qu’une fois cette année et c’était aux Jeux.

Anais Chevalier, Marie Dorin Habert, Justine Braisaz et Anaïs Bescond lors des JO de Pyeongchang

Anais Chevalier, Marie Dorin Habert, Justine Braisaz et Anaïs Bescond lors des JO de PyeongchangGetty Images

Les JO auraient pu vous faire changer d’avis ? Faire renaître une petite étincelle ?

M.D.-H. : J’ai trouvé un regain d’énergie sur les JO. J’avais un bon niveau de ski qui m’a permis d’aller jouer devant. Sur toutes les autres courses, c’était plus compliqué. Mais je suis franche : mon corps était à bout. J’ai tenu car les Jeux étaient l’objectif de l’année et même depuis deux ans. Après, on a fêté ça. Et puis avec le décalage horaire, le corps n’est pas reparti. Tout simplement.

Cette présence aux JO a semblé miraculeuse au vu de votre hiver. Deux semaines avant Pyeongchang, même votre mari Loïs, qu’on peut croiser dans les locaux d’Eurosport, n’y croyait plus beaucoup…

M.D.-H. : Mais moi non plus. Ça aurait été horrible, mais je m’étais préparée mentalement à finir ma carrière à Antholz-Anterselva (fin janvier). Ce n’était pas de l’anti-JO mais je ne serai pas partie aux Jeux pour être remplaçante. Parce que je ne serai pas partie loin de ma fille quatre semaines pour être remplaçante. Après chaque personne fait comme elle veut mais j’aurais trouvé légitime que je dise à la Fédé que je ne veux pas y aller comme remplaçante et qu’on me dise en retour : 'Ok, mais on ne t’emmène pas sur la fin de la saison'. C’était clair pour moi.

282 départs en Coupe du monde, 28 podiums, 7 victoires, 6 médailles mondiales, dont 4 en or, 4 médailles olympiques. Si vous revenez 15 ans en arrière, quand vous êtes à l’internat, pensiez-vous achever votre carrière avec un tel palmarès ?

M.D.-H. : Non. Non… Jamais. Je n’imaginais même pas faire carrière dans le biathlon à vrai dire. Je ne sais même pas comment je suis arrivé dans le ski au début. Je n’ai pas de souvenirs qui me permettent de dire que c’était mon rêve. Mais je suis une grosse compétitrice dans l’âme. Le milieu de la compétition m’a énormément plu. Après, on se prend au jeu quand ça se passe bien. Au début, j’aimais bien faire du sport, être dehors et après, j’aimais bien les dossards (rires)…

Vidéo - Sourires, cotillons et champagne : revivez l'arrivée de la dernière course de Marie Dorin-Habert

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A quel moment est arrivé ce déclic ? De vouloir gagner des courses ?

M.D.-H. : Il est arrivé super vite en fait. Avec les premières compétitions. J’ai commencé le ski de fond à 13 ans. Sur le tard. Gérard Manceau, mon premier moniteur, m’a ouvert l’appétit du sport de plein air, de l’effort, de la nature. Et ensuite, j’ai attaqué la compétition et c’est Thierry Dusserre qui m’a fait aimer celle-ci. Il m’a donné toutes les armes pour vaincre au plus haut niveau. Et puis, j’ai toujours voulu m’améliorer.

Désormais sans vous, comment voyez-vous le futur de cette équipe de France ?

M.D.-H. : Très bien. Je pense que le départ de certaines permette parfois l’émergence d’autres filles. Pour moi, ça s’est passé comme ça, après le départ de Sandrine (Bailly). Marie-Laure (Brunet) était devenue la leader, et moi, j’étais derrière et ça m’allait très bien car j’ai toujours aimé rester cachée. Après, ça permet de prendre des responsabilités. Je ne me fais aucun souci. Elles ont une équipe talentueuse. Je le pense sincèrement. Il va falloir "driver" cette équipe car il y a beaucoup de gros egos. Chaque fille a envie d’exister.

Votre grande copine Anaïs Bescond va devoir se trouver une autre coloc’…

M.D.-H. : Elle ne va pas trop traîner. Je suis sûre qu’elle va vite me remplacer… (rires)

Marie Dorin Habert and Anais Bescond

Marie Dorin Habert and Anais BescondImago

Deuxième en 2016, vous n’avez jamais remporté le gros globe. Est-ce un regret ?

M.D.-H. : J’ai fait beaucoup de belles choses mais c’est vrai que, quand la page se tourne, on se dit : ‘c’est dommage…’ Cette année-là, je m’étais battue avec Soukalova pour le général et les Mondiaux m’avaient permis de revenir très proche d’elle au classement. La seule course où j’aurais pu jouer un petit globe, c’était finalement la mass-start de Khanty-Mansiysk lors des finales. Mais le vent avait annulé la course. Je finis à 5 points (236 contre 241 pour la Tchèque). Elle ne m’aurait pas laissé gagner, et c’était loin d’être fait, mais j’étais déçue que ça se soit terminé comme ça.

Quels sont vos projets désormais ?

M.D.-H. : J’aimerais terminer mes études à Grenoble (à l’Université Grenoble Alpes) et valider mon master 2 biodiversité, écologie et environnement en juin. Et puis, on a pris un projet qui se fait en famille. Avec mon mari Loïs et notre ami Robin Duvillard, avec qui on a vécu dans la même maison pendant dix ans ensemble, on va ouvrir un centre d’hébergement (un complexe de 16 chambres, un espace gymnastique et récupération) à Corrençon-en-Vercors. A travers cette structure, on veut proposer un endroit où on pourra conseiller les gens. On veut transmettre. C’est un centre d’hébergement conçu par et pour les sportifs. Mais pas que…

L’ouverture, c’est pour quand ?

M.D.-H. : Septembre 2018. Ça va arriver vite. Et je ne vais pouvoir trop me poser d’ici-là. Mais j’adore avoir des millions de projets.

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