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La plus belle de Fourcade

La plus belle de Fourcade

Le 22/03/2018 à 19:25Mis à jour Le 23/03/2018 à 12:23

Après son imparable victoire dans le sprint jeudi à Tyumen, en Russie, Martin Fourcade s'est assuré le gros globe de cristal pour la septième année consécutive. Si chaque sacre en Coupe du monde est exceptionnel, celui-ci marque une page très spéciale de la carrière du Catalan.

Rien n'égalera jamais tout à fait la saveur d'une première fois. Son premier gros globe de cristal, en 2012, conservera donc toujours une place à part pour Martin Fourcade. Cette année-là, il avait arraché sa première Coupe du monde après une bataille épique avec Emil Svendsen. Ereinté par cette quête, celle d'une vie, le jeune Fourcade était alors convaincu que ce serait là une "one shot". Trop dur, trop épuisant, physiquement et mentalement, de courir après ce classement général.

Evidemment, avec le recul, l'assertion apparait cocasse. Depuis ce jeudi, Martin Fourcade est le seul biathlète, hommes et femmes confondus, à totaliser sept gros globes de cristal. Ce septième ciel, au même titre que le premier, possède lui aussi un goût spécial. Pas tant parce qu'il est le septième et lui permet de se hisser au-dessus d'Ole Einar Bjoerndalen et Magdalena Forsberg, que pour la manière dont il a conquis ce nouveau sacre.

Sur le fond comme sur la forme, c'est sans doute le plus beau. Pour deux raisons. D'abord parce que cette campagne 2017-2018 a quelque chose qui relève du chef d'œuvre. Il reste certes deux épreuves avant de tirer définitivement le rideau dimanche, mais sur les 19 courses qu'il a disputées cette saison (il a signé une impasse sur un sprint pour cause de maladie), le Français n'a jamais quitté le podium.

Martin Fourcade à Tyumen en 2018

Martin Fourcade à Tyumen en 2018Getty Images

Un délirant seuil minimal

Voilà même plus d'une année complète qu'il n'est plus descendu de la boîte en Coupe du monde. C'est ahurissant. De tout ce qu'il a pu accomplir dans sa carrière, c'est peut-être le fait d'armes qui me sidère le plus. Un peu de la même façon que je considère les neuf années de présence continue de Roger Federer en quart de finale de Grand Chelem comme une performance plus bluffante encore que ses 20 titres. Moins prestigieuse, plus exceptionnelle encore. Oui, Fourcade a déjà davantage gagné en une saison. Mais faire du podium un seuil minimal, c'est délirant.

L'autre facteur qui confère à sa saison un caractère exceptionnelle se nomme Johannes Boe. Il faut vraiment saluer le Norvégien, qui a redonné un coup de fouet à l'intérêt de cette Coupe du monde, après trois campagnes outrageusement dominées par Martin Fourcade. Cette saison, le Catalan a été secoué, bousculé. Il y a même eu un moment, en décembre, où Boe semblait clairement au-dessus. La bascule aurait pu se faire, mais de passage de témoins il n'y eut pas. Parce que la lutte pour le gros globe est un marathon, pas un sprint. Et à ce jeu-là, si Johannes Boe a pu longtemps rivaliser physiquement, il n'a pas tenu la distance psychologiquement. Il s'est fait croquer la tête, plus que les jambes.

Au mois de janvier, Martin Fourcade avait déjà sérieusement rééquilibré les débats, et les Jeux Olympiques lui ont permis de prendre un ascendant sans doute définitif. Mais paradoxalement, c'est peut-être sur les premières semaines de la saison que le Français a gagné ce globe, en gérant au mieux son temps "faible" et le temps fort de son adversaire. Car Boe, même s'il gagnait beaucoup plus fréquemment que Fourcade, a presque toujours été dans la position du dauphin.

L'Empire contre-attaque

Pour lui, cela a dû être épuisant. A Noël, il était derrière, même avec trois victoires de plus. Martin n'a jamais douté, ou alors il n'en a rien montré, ce qui dans son rapport de forces avec Johannes, revenait au même. Boe a tenté de saouler de coups son adversaire, comme avec ses quatre victoires de rang en huit jours entre le 8 et le 16 décembre, mais celui-ci, même dans les cordes, n'a pas bronché. Puis il est passé en mode "L'Empire contre-attaque". Et quand les échéances ont commencé à peser vraiment, le Scandinave a perdu de sa superbe quand le Français est resté égal à lui-même.

Jeudi, la différence entre les deux champions a été criante. Fourcade impérial, serein, a filé vers un succès totalement imparable. Boe, lui, a tout perdu, y compris le petit globe du sprint, presque dans sa poche depuis le forfait de Martin Fourcade à Kontiolahti. Une 12e place lui aurait suffi, il a terminé 14e. Dur, un peu trop même, et cruel. Voyant son rival très abattu dans l'aire d'arrivée, le désormais septuple vainqueur de la Coupe du monde n'en a pas rajouté, malgré l'aspect historique du moment. Cela aussi, c'est tout à son honneur et contribue à sa grandeur.

L'heure de Johannes Boe viendra peut-être. Sans doute, même. En attendant, comment lutter avec un champion dont les standards sont si élevés que, quand il passe à côté, il figure sur le podium ? Pour Martin Fourcade, être mauvais en Coupe du monde, c'est être troisième. Sa saison trouve son résumé dans cette formule, et cela dit tout.

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