Paris 2024 / Boxe : Bennama, 1m75 pour 51 kilos, faire le poids est un combat avant le combat
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 08/08/2024 à 10:53 GMT+2
Billal Bennama va boxer pour le titre olympique des -51 kilos jeudi à Roland Garros. Un poids qu'il parvient à atteindre malgré une taille qui dépasse largement les 170 centimètres. Un alliage entre une morphologie très fine, un physique extrêmement sec et une surveillance continue de l'alimentation lui permettent de faire le poids. Même si le passage de -52 kg à -51 a été compliqué.
Un combat acharné et au bout... la finale pour Bennama
Video credit: Eurosport
Le Français moyen mesure 1,77 mètre pour environ 80 kilos. Billal Bennama, qui combattra pour redonner une médaille d’or à la boxe tricolore jeudi à Roland Garros, affiche 175 centimètres pour… 51 kilos en combat. Un physique aux proportions surprenantes, qui lui permet souvent d’avoir un avantage de taille sur ses adversaires. À titre d’exemple, Hansanboy Dusmatov, qu’il affrontera en finale, mesure 1,59 m.
“Il est très grand pour sa catégorie, mais il est vraiment très, très fin, observe la boxeuse olympique Estelle Mossely, qui a côtoyé le garçon au sein de l’équipe de France. C’est une catégorie qui lui convient, où il a l’avantage d’être grand. Sa morphologie lui permet de descendre assez bas en poids”. Un gabarit dont il a hérité et que sa famille de boxeurs, ses trois frères étant des habitués du ring, ses trois sœurs s’étant toutes essayées au noble art et son père étant entraîneur à Blagnac (Haute-Garonne), partagent plus ou moins.
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Billal Bennama aura sa médaille : son final explosif en quarts des -51 kg
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De -52 à -51, un gouffre
Mais la génétique ne fait pas tout. Arriver sereinement sur la balance avant chaque compétition avec un gabarit pareil demande un travail et une attention poussée sur l’alimentation. D’autant qu’à chaque fois qu’Estelle Mossely l’a observé de près en compétition, elle l’a vu faire le poids “sans que cela impacte sa performance”.
John Dovi, qui a longtemps accompagné Bennama, notamment au sein du staff de l’équipe de l’équipe de France à Tokyo, l’a tout de même observé faire de gros efforts pour battre la balance. Le premier combat, c’est de faire le poids, disent souvent les boxeurs. “À l’époque, il avait une diététicienne et un régime particulier, il nous envoyait tout ce qu’il mangeait, détaille l’ancien entraîneur. Ce n’était pas évident, ça devenait difficile de tenir le poids et il pensait monter chez les -54 kg”.
Sauf que pour un meilleur équilibre entre les catégories féminines et masculines aux Jeux de Paris (six catégories de poids chez les femmes, sept chez les hommes), les limitent de poids bougent. Puisqu’à Tokyo il y avait huit catégories de poids masculines, il faut désormais lisser l’ensemble. Certaines augmentent de 500 grammes, d’autres descendent d’un kilo. C’est le cas des poids mouches qui passent d’une limite de 52 à 51 kilos. Un changement qui peut paraitre dérisoire, mais pas quand on évolue sur un fil entre le trop lourd et le pas assez toute l’année. “Il se pèse tous les jours”, détaille John Dovi.
Professionnalisation obligatoire
Avec un physique aussi fin, sec et découpé que celui de Bennama, faire quelques footings ne suffit pas à descendre d’un kilo de manière pérenne. Et puisque la catégorie supérieure (-57 kg) n’est pas son aire d’évolution “naturelle”, une seule solution : “il a refait un régime”, confie John Dovi. Heureusement pour le natif d’Albi, aujourd’hui 26 ans, le changement de catégories a été opéré lorsqu’il avait déjà un peu de bouteille dans la boxe. “Les fois où il a vraiment eu du mal, c’est aussi quand il n’a pas été sérieux, glisse John Dovi, qui a longtemps veillé au grain. Même s’il a toujours réussi à être au poids, aujourd’hui, il a pris de l’âge, il s’est professionnalisé”.
Une expérience bienvenue. Car chez ces boxeurs qui conjuguent poids très bas et grande taille, les écarts se payent cher. Avec des régimes extrêmes et des déshydratations avant les pesées, notamment. Des solutions de court terme qui laissent des traces dans l’organisme et qui se révèlent parfois très difficiles à vivre. Un passage chez les professionnels permettrait au Français de souffler un peu, avec des poids coqs à 53,5 kilos. Mais le professionnalisme demeure un horizon bien lointain quand vous avez une finale olympique à disputer.
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