Un crève-cœur de plus, et une image qui restera. Dernier espoir de la boxe olympique française à Tokyo, Mourad Aliev est resté de longues minutes sur le ring, à l'issue de son combat face au Britannique Fraser Clarke. Les protestations et le sit-in n'ont rien donné : Aliev a bien été disqualifié, l'arbitre ayant jugé qu'il avait asséné plusieurs coups de tête à son adversaire. Pour le Français, cette décision se hisse au niveau des grands scandales olympiques.

Bras d'honneur, coup de poing sur la caméra... Disqualifié, Aliev pète les plombs sur le ring

"Je n'ai pas les mots, franchement, s'est plaint Aliev au micro de France Télévisions. C'est pour ça que j'essaie de rester (sur le ring). Je me suis toujours battu contre les injustices, et là, aujourd'hui, je subis une injustice. Tous mes entraîneurs, tous les supporters, tous les gens qui ont vu le combat savent que j'ai gagné, que je me suis fait voler. Vraiment, c'est un vol. Toujours, quand on parle de boxe, c'est 'le vol, le vol, le vol'. Mais là, c'est vraiment un vol. Ouvertement, il m'arrête pour dire 'Tiens, l'autre il gagne'. C'est une décision vraiment arbitraire, et je suis vraiment déçu."
Tokyo 2020
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"J'ai su qu'il y allait avoir une entourloupe"

D'après le natif de Moscou, l'arbitre aurait reconnu son erreur, trop tard toutefois pour renverser le verdict : "Ils reconnaissent qu'ils ont fait erreur, mais c'est trop tard et ils ne peuvent pas revenir sur la décision. Mais c'est un scandale, ça. C'est n'importe quoi. Ça veut dire que si quelqu'un est innocent et qu'ils le condamnent, tout le monde sait qu'il est innocent, mais ils le condamnent quand même." L'entraîneur national John Dovi est allé dans son sens : "Ils ont revisionné le combat deux fois, on ne voit aucune erreur de la part de Mourad, mais on ne peut rien faire, parce que le règlement stipule qu'on ne peut pas changer la décision."
Fraser Clarke, son adversaire, a justifié la décision de l'arbitre : "Pour être franc, c'est la cinquième fois que je le combats, et ces coupures ne viennent pas de coups de poing." Aliev, pourtant, l'assure : ce sont ses poings "qui ont parlé". "Il a été ouvert au 1er round ici (il montre son arcade droite). Normalement, le règlement stipule que dès qu'il y a un saignement, il (l'arbitre) arrête. J'ai vu que l'arbitre faisait des manières, j'ai su qu'il y allait avoir une entourloupe. Je continue, 2e round, je lui ouvre l'autre arcade. Là, il saigne à flots. Et là, ils font quoi ? Ils arrêtent le combat, et ils me disqualifient, je ne sais même pas pour quelle raison."

Frazer Clarke (Gran Bretaña) y Mourad Aliev (Francia, boxeo). Juegos Olímpicos de Tokio 2020

Crédit: Getty Images

"Après tout ce qui s'est passé cette semaine…"
"Mourad, en plus, est notre dernier représentant, souffle John Dovi. Après tout ce qui s'est passé cette semaine…" La boxe française quitte en effet Tokyo bredouille, avec le sentiment d'avoir été flouée. Samuel Kistohurry, éliminé aux points dès son entrée en lice, se sentait vainqueur. Comme Maïva Hamadouche, qui assurait que sa défaite "n'était pas méritée du tout". L'élimination de Sofiane Oumiha, sur arrêt de l'arbitre, a elle provoqué l'incompréhension de tout le clan tricolore. Neuf ans après le scandale Vastine à Londres, le sentiment d'injustice est tenace.

Incompréhension et polémique : le moment où Oumiha a perdu son combat

Mourad Aliev, lui, a perdu foi : "Franchement, la boxe olympique… J'étais déjà déçu, mais là, j'ai pas les mots. (...) Ils parlent de valeurs de l'olympisme, et ce n'est même pas respecté. C'est arbitraire. Ils me dégagent du ring, me disent 'Tu perds, allez ciao, rentre dans ta chambre, va te laver, fais tes affaires, rentre chez toi'. Je rentre bredouille alors que j'aurais pu au moins ramener une médaille de bronze. Ils me volent devant le monde entier." Et les mots de son adversaire, qui a confié que "ce n'était pas la manière dont il espérait" gagner une médaille olympique, ne le consoleront même pas. Pas grand-chose ne le pourra.
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