Mondiaux de canoë-kayak slalom | Pourquoi le slalom français est le meilleur du monde
Par Julien Pereira
Publié 21/07/2026 à 00:16 GMT+2
Des victoires en pagaille en Coupe du monde, des titres en grappes lors des Mondiaux disputés à l'automne dernier, et une dynamique folle depuis les Jeux de Paris 2024 : le slalom français, incarné par le céiste Nicolas Gestin et le kayakiste Titouan Castryck, se porte mieux que jamais, alors que s'ouvrent les championnats du monde à Oklahoma, cette semaine. Voici pourquoi.
Le champion olympique Nicolas Gestin
Crédit: Getty Images
En slalom, 2024 fut une année dorée pour le canoë-kayak français. 2025 fut une saison faste. Et 2026 n'a pas mal commencé non plus. Après son or olympique, Nicolas Gestin a remporté la Coupe du monde et le titre mondial, à Penrith, en octobre dernier, et brillé à nouveau à Prague au début du mois de juin. Titouan Castryck, lui, avait dû se contenter d'un argent frustrant à Paris mais il a également tout gagné la saison dernière. Derrière ces deux leaders, le groupe est dense et fort au moment d'aborder les championnats du monde de slalom disputés cette semaine à Oklahoma, sur le site des JO 2028.
Lors de la dernière édition, la France avait aussi remporté les deux titres par équipes et brillé dans la jeune discipline de kayak-cross, chez les hommes (Mathurin Madoré vice-champion) comme chez les femmes (Angèle Hug titrée devant Camille Prigent). Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes et même si les Jeux Olympiques 2028 paraissent encore loin, le slalom tricolore semble extrêmement bien armé pour ramener de beaux métaux de Los Angeles. Et ainsi entretenir une sorte de tradition.
Depuis 2000, céistes et kayakistes français ont décroché treize médailles olympiques en slalom, dont sept en or. Pour les Bleus, cet héritage est un moteur. "Le poids de l'histoire joue en notre faveur, nous assurait Nicolas Gestin. Des pagayeurs comme Tony Estanguet, Denis Gargaud, Émilie Fer, pour ne citer qu'eux, sont ceux que je regardais quand j'étais plus jeune. Il y a un vivier de médaillés olympiques et mondiaux qui nous permet d'avoir plein de savoir au sein de la fédération. Et de l'utiliser."
D'Estanguet à Gestin, la transmission de témoin
Le cercle est vertueux. Les anciens ont provoqué le déclic chez les actuels qui, eux-mêmes, donneront envie aux prochains. "C'est un peu l’histoire de Nicolas [Gestin], nous confiait son entraîneur Arnaud Brogniart. Il avait croisé Tony [Estanguet] aux Roches du Diable, à une dizaine de kilomètres de chez lui. Et il avait pu prendre une photo avec. Ça lui a donné envie de faire du bateau pendant les quinze années qui ont suivi. C'est quelque chose qui se perpétue. Pour faire rêver un gamin et ancrer quelque chose en lui, il suffit parfois d'une photo ou d'une signature sur un poster."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/07/29/4012604-81389728-2560-1440.jpg)
6 secondes d'avance sur la concurrence : comment Gestin a décroché l'or
Video credit: Eurosport
Les Bleus sont aussi portés par quelque chose de bien moins rationnel. "C'est la force des individus, a résumé Brogniart. Sans trop savoir pourquoi, on a des gamins qui émergent. Un gars comme Nico [Gestin], on n'en a qu'un pour le moment. Un Tony Estanguet, on n'en a eu qu'un. Il y a des petites pépites qui sortent. On ne sait pas trop comment ni pourquoi, mais elles ont leur part de responsabilité dans ce qui se passe actuellement."
Cette fois, elles sont tout de même particulièrement nombreuses. "On sent qu'il y a une génération avec énormément de densité, a rappelé le champion olympique. Que ce soit chez les garçons ou chez les filles." À 26 ans, Gestin est le leader d'un groupe aussi porté par Yohann Sénéchault, numéro deux mondial en 2025, et Mewen Debliquy, tous deux 24 ans. Chez les kayakistes, Titouan Castryck (21 ans) et Anatole Delassus (25 ans) ont, eux aussi, l'avenir devant eux.
Beaucoup de concurrence ? Tant mieux !
Le champion olympique a aussi joué un rôle dans l'évolution des méthodes de travail. Après une période de petites crispations avec la génération précédente, Gestin a milité pour des entraînements collectifs. "Avant, il y avait un peu d'isolement, parce que chacun voulait se protéger, cacher un peu son jeu, nous souffle un membre de l'encadrement. Il était temps que ça tourne parce qu'il y avait assez peu de collaboration, et ça devenait pénible."
"Nicolas, lui, était à l'opposé de ça, ajoute Jonas Turmeau, coach des kayakistes. Il a dit : 'les gars, on bosse ensemble, on élève le niveau et après, ça se réglera sur l'eau. Et le meilleur ira aux Jeux'." Désormais, les céistes imitent très régulièrement les kayakistes en se confrontant, très régulièrement, sur l'un des deux pôles majeurs, à Pau et Vaires-sur-Marne.
Tous les jours, on se tire la bourre
"Tous les jours, on se tire la bourre, on se vanne, abonde Castryck. Ça nous tire vers le haut." "Qu'ils acceptent de s'entraîner ensemble, ça en dit long, enchaîne son coach. Mentalement, c'est difficile d'être confronté à tes concurrents tous les jours. C'est épuisant. Mais quand on l'a instauré, on leur a dit que de toute façon, c'était le meilleur moyen d'avoir des situations qui les rapprochent de la compétition. Plus on s'entraînerait ensemble, plus on aurait de chances d'être forts. C'était un vrai pari, parce que ça ne se faisait plus du tout depuis dix ans."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/07/20/image-216d14a7-49b3-4702-89b5-27ed32e8faa4.jpeg)
Nicolas Gestin
Crédit: Getty Images
Désormais, les deux catégories se stimulent. "Quand tu vois Nicolas [Gestin] devenir champion du monde, tu n'as qu'une envie, c'est de l'être aussi", souriait Castryck, sacré au lendemain de son homologue céiste à Penrith, en octobre. Et l'émulation entraîne le progrès. "C'est ce qui fait que l'on est l'une des meilleures nations du monde, insiste Jonas Turmeau. Ça fonctionne bien parce qu'en se confrontant, ils sont dans une recherche perpétuelle de progrès et d'innovation pour tenter d'aller toujours plus vite." Et ces Mondiaux disputés à Oklahoma, sur le site des JO 2028, sont une bonne occasion d'appuyer encore sur l'accélérateur.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité