Pierre qui glisse n’amasse pas titre. L’adage sied parfaitement au curling français. Depuis les Jeux Olympiques de Vancouver en 2010, l’équipe de France n’a plus goûté à la saveur des JO, et ne le fera pas plus à Pékin cette année. Pis, avec une seule médaille (de bronze) au compteur obtenue à domicile lors de l'édition 1924 à Chamonix (à relativiser car il n'y avait que trois équipes), les curleurs tricolores ne sont plus montés sur un podium olympique depuis près de 100 ans, et peinent déjà à se qualifier pour les disputer. Depuis l’aventure canadienne, le curling français a sombré, avant un sursaut et de l’espoir.
Mais que s’est-il passé depuis cette 7e place au Canada ? “La Fédération Française des Sports de Glace (FFSG) a voulu tout miser sur une équipe à partir de 2002, explique notre consultant Thierry Mercier, actuel entraîneur de l’équipe de France. Ils ont mis en place une structure et ont eu de super résultats. Mais en parallèle, la Commission nationale sportive de curling (CNS), qui gère le développement, n'a rien fait. Après les JO, cette équipe s’est arrêtée et le curling français s’est cassé la gueule.”
Pékin 2022
Le curling femmes offre le premier titre de ces JO à la Grande-Bretagne
20/02/2022 À 04:13
On arriverait peut-être à aller aux JO avec cette équipe-là mais on tuerait tout le reste
Avec 400 licenciés sur le territoire, la France s’établit loin des 5000 Suédois à pratiquer la discipline, aussi bien dans des patinoires qu’en extérieur, à même la glace naturelle. Au Canada, pays de 38 millions d’habitants, près de deux millions de personnes ont déjà pratiqué au moins une fois la discipline. Mais sur le sol français, seul une vingtaine de clubs se partagent les patinoires tricolores, et uniquement trois pistes (Megève, Saint-Gervais et Pralognan-la-Vanoise) existent actuellement pour pratiquer le curling autrement que dans un coin de patinoire.
“Il y a un manque de licenciés", certifie Thierry Mercier. "On peut très bien arriver au haut niveau avec quatre personnes mais il faudrait que je ne me consacre qu'à eux, ce qui est impossible. Tous les moyens nous seraient alloués, on arriverait peut-être à aller aux JO avec cette équipe-là mais on tuerait tout le reste. Donc on a préféré l'optique de développement”, poursuit le coach.
Calendrier et résultats I Tableau des médailles I L'actu des Bleus I Toutes les vidéos
Depuis 2015 et après une coupure de huit ans, Thierry Mercier a en effet effectué son retour à la tête des Bleus, qu’il entraînait depuis 1992. Pour lui, le problème réside également dans l’investissement, aussi bien financier qu’humain. “J'ai eu une proposition d'une célèbre marque pour bâtir une halle de curling à Brest. Mais on m'a dit 'bah non, on ne va pas aller faire du curling à Brest'", se désole l’entraîneur. Ajoutez à cela un manque de concurrence à cause de “joueurs qui se croient trop beaux mais n’ont pas le niveau”, qui n’aide pas la délégation tricolore à progresser.

Objectif JO 2030

Avant d’espérer participer de nouveau à l’aventure olympique, plusieurs paliers vont devoir être franchis. Il existe trois divisions en Europe : les groupes A, B et C. Après les JO de Vancouver, la France a été reléguée au fond du groupe C, mais depuis sept ans, une nouvelle équipe a été formée autour de quatre jeunes hommes alors tous âgés d’une quinzaine d’années. Quentin Morard est l’un d’entre eux : “Mon père jouait au curling à cette époque et il m’a proposé de l’accompagner. C'était une sorte de pari au départ, et la blague est partie un peu loin maintenant”, plaisante-t-il.
A court terme, le premier objectif du curleur et de son entraîneur est de retrouver la première division continentale. Ensuite, les championnats du monde pourront être entrevus si la France se classe parmi les sept premières nations européennes, et enfin, les JO seront à portée si les Français acquièrent une des huit places directement qualificatives. “Le but ultime, ce sont les Jeux Olympiques”, comme l’évoque Quentin Morard, que son coach n’entrevoit pas avant 2030.

Attention coup de rêve : la masterclass de la Suède face à la Suisse en curling

Des stages d'entraînement organisés à Genève

Pour cela, des choses doivent changer. Aujourd’hui, et depuis la nomination de Nathalie Péchalat à la tête de la FFSG, les projets semblent aller dans le sens des curleurs, d’après Thierry Mercier et son protégé. “La Commission nationale sportive du curling a mis en place des stages à Genève (Suisse) qui permettent de s'entraîner plusieurs week-ends dans la saison sur de la glace dédiée au curling”, apprécie Quentin Morard.
Cette structure peut aider à augmenter la performance, mais ne sera pas le seul facteur déterminant. “C'est un sport avec énormément de répétitions. La technique est "facile" à atteindre mais c'est la régularité qui fait la différence à haut niveau, analyse le curleur. Sur un match, on peut concurrencer la Suède (ndlr : vice-championne olympique 2018), et derrière on peut perdre contre une nation bien plus faible.”
L’entraîneur reste optimiste pour le futur, mais appuie sur le travail qui doit être effectué par ses sportifs avant tout. “Ce n'est pas parce que c'est du curling qu'il ne faut pas faire de préparation physique, assure-t-il. Vous avez vu les pros balayer ?! Au bout de 30 mètres, ils sont cuits. Mais ils sont affûtés physiquement.” Une dimension oubliée par de trop nombreux pratiquants selon Thierry Mercier, qui aimerait balayer d’un revers de pierre les clichés d’un sport désormais bien plus médiatisé en période olympique.
Pékin 2022
Le coup magistral des Britanniques : la dernière pierre japonaise est éjectée de la maison
20/02/2022 À 03:59
Pékin 2022
La Suède décroche l'or à l'issue d'une finale haletante
19/02/2022 À 14:49