"J'étais moins fan du système anglais" : Oscar Nilsson-Julien, ce "British" qui défend les couleurs de la France

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Pur produit de la piste anglaise, Oscar Nilsson-Julien dispute les Jeux de Paris avec l'équipe de France, remplaçant en poursuite par équipes. Fils d'un écrivain franco-suédois et d'une Anglaise scénariste chez Netflix, le coureur de 22 ans, portait encore les couleurs britanniques en 2022 avant de s'exiler à Aix-en-Provence pour se tourner vers la route. Récit d'un itinéraire improbable.

Oscar Nilsson-Julien lors de l'épreuve du scratch aux championnats d'Europe 2024 d'Apeldoorn.

Crédit: Getty Images

Il s'exprime dans la langue de Molière avec un accent qui trahit à peine sa vie passée outre-Manche. Oscar Nilsson-Julien, 22 ans, est né à Londres de parents qui se sont rencontrés à Amsterdam pour leurs études, et dont la mère exigea au père de s'installer dans la capitale anglaise s'il voulait un jour se marier avec elle. Il a passé toute sa vie en Angleterre, porté le maillot de la Grande-Bretagne dans les catégories jeunes et même été sous contrat avec elle, dans le but de faire résonner un jour God Save the King sur un podium olympique. C'est pourtant les couleurs de la France qu'il va défendre aux Jeux Olympiques de Paris, dans la peau de remplaçant en poursuite par équipes.


Fils d'un journaliste et écrivain franco-suédois "qui faisait du vélo plus jeune" et d'une mère anglaise scénariste chez Netflix - "elle a écrit Winter Palace, je crois" - Oscar a débuté son itinéraire improbable au Vélo Club Londres, sur la piste du Herne Hill Vélodrome, l'une des plus anciennes au monde, construite en 1891 et théâtre des épreuves sur piste des JO 1948. Un lieu chargé d'histoire où les parents, en période de vacances, peuvent déposer leur progéniture pour la journée, histoire de s'offrir un peu de répit, et où les champions naissent en nombre. Pfeiffer Georgi, Fred Wright et Ethan Hayter en sont notamment issus. 

"PRO" AVEC LA FÉDÉRATION BRITANNIQUE

"On est 5 ou 6 à être passés pro ces dernières années" recense Oscar Nilsson-Julien. Lui-même se met dans le lot, malgré son statut actuel d'amateur, car en Angleterre les meilleurs pistards en herbe sont pris en charge par la fédération, au National Cycling Center de Manchester, ce qui fut son cas. "Après mon A-level, l'équivalent du bac, j'ai directement intégré la fédé" raconte l'ancien champion d'Europe juniors de poursuite par équipes. "Je touchais 12 à 13000 euros par an, avec un hébergement qui ne coûtait que 300 euros par mois. On te donnait tout ! C'était carrément une équipe pro. Juste pour la piste. Mais je ne suis pas arrivé à performer dans ce cadre." 

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En 2019, Oscar Nilsson-Julien avait pris la 9e place des Mondiaux juniors de chrono... sous les couleurs de la Grande-Bretagne.

Crédit: Getty Images


Il se frustre alors de la frilosité des dirigeants à promouvoir les espoirs dans l'équipe élite et décide de tout plaquer fin 2022, alors qu'il vient d'être sacré champion d'Europe espoirs de l'omnium "J'ai quitté la fédé britannique car j'étais moins fan du système anglais. Je voulais changer d'entraîneur et voir un autre côté de la performance." Avec ses parents, il se met à chercher des équipes de N1 (la première division amateurs en France) dans l'idée de "faire plus de route que de piste". Son attention se porte rapidement sur l'AVC Aix-en-Provence, club formateur de Christophe Laporte, notamment, et qui a servi de tremplin à Harrison Wood et Oliver Knight, les deux Britanniques de Cofidis avec qui Oscar partage aujourd'hui une maison dans la sous-préfecture des Bouches-du-Rhône.

UN COUP DE FIL EN PLEINE OMELETTE

 "J'ai choisi Aix car c'est une équipe familiale, plus cool. Et ça a toujours été un peu un rêve de vivre dans le Sud de France. J'y partais souvent en vacances avec mes parents, du côté de Pélissanne notamment." Le manager de la structure provençale, Jean-Michel Bourgoin, connaît bien Steven Henry, l'entraîneur de l'équipe de France sur piste en endurance. "Il m'a dit qu'il pouvait me mettre en contact avec lui. Un jour, alors que je me préparais une omelette après une sortie, j'ai reçu son coup de fil !" Le coach bleu cherche un remplaçant à Valentin Tabellion, qui s'est blessé en tombant à l'Etoile de Bessèges. Oscar est intéressé, accepte, ce qui provoque le courroux de la fédé britannique.
Le voilà propulsé à l'autre bout du monde, à Jakarta, pour disputer une manche de Coupe des Nations, sous le maillot tricolore donc. Le test indonésien est concluant. Oscar s'installe dans le groupe France. Il prend la médaille de bronze du scratch aux championnats d'Europe d'Apeldoorn 2024 et décroche, à la surprise générale, sa sélection aux Jeux Olympiques de Paris, alors que Corentin Ermenault est laissé sur le carreau. "J'ai tout de suite été bien accueilli par la FFC. J'étais heureux dans le groupe et j'ai performé directement. Ça a vite tourné positivement. En décembre 2022, en arrivant en France, j'avais peut-être oublié le rêve de faire les JO. Ce qui était un peu triste car j'ai grandi avec la piste." 

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Oscar Nilsson-Julien a pris la médaille de bronze du scratch aux championnats d'Europe 2024 d'Apeldoorn.

Crédit: Getty Images


Mais il sera donc bien aux Jeux, pas sous les couleurs qu'il imaginait voilà deux ans, et avec le statut bien particulier qu'est celui de remplaçant. "L'idée est que je sois prêt pour intégrer l'équipe sur la poursuite, l'américaine et l'omnium. J'ai été sur beaucoup de stages et j'ai autant de prépa que les autres en termes de soufflerie ou de prépa mentale. Je suis assez polyvalent en poursuite. Je ne suis pas très explosif mais je récupère bien, surtout à des vitesses très hautes. Je suis vraiment bien posé sur le vélo, les autres ont du mal derrière moi !" 

ENTRAÎNÉ PAR LE CHEF DE LA PERFORMANCE DE BORA-HANSGROHE
Si ce changement de pavillon sportif a été possible, c'est bien sûr qu'il possédait déjà la nationalité française. "J'en ai même trois" sourit le Franco-britanno-suédois. "On a de la famille en Suède, à Paris, et un peu partout." Il fallait aussi l'aval du CIO. Quand un sportif participe à un championnat international pour un pays, il doit en principe attendre trois ans avant de porter les couleurs d'un autre aux Jeux Olympiques. Mais le CIO a approuvé sa demande, en novembre 2023. L'intégration avec ses nouveaux compatriotes n'a pas été bien difficile. "J’ai grandi entouré de Français à Londres car j'ai toujours étudié dans une école bilingue."
En parallèle de la piste, ce "rouleur-puncheur" (1,78m pour 62kg) s'affirme cette année comme un routier prometteur, 6e du championnat de France espoirs de chrono et vainqueur du Tour de la Mirabelle, une course semi-professionnelle. "Ça m'a rassuré sur le fait que j'avais le niveau en route. Et les autres, aussi, qui me voyaient seulement performant sur la piste." Il faut sans doute un minimum de talent pour avoir comme entraîneur John Wakefield, chef de la performance chez Bora-Hansgrohe. "En 2025, je ne sais pas encore où j'irai. Mais j'ai déjà un contrat de stagiaire avec Van Rysel-Roubaix [une équipe de 3e division] pour la fin de saison." Et avant ça, dès mardi avec les qualifications en poursuite par équipes, des JO à vivre en France. Sa nouvelle maison.
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