Paris 2024 I Mathilde Gros : "Entendre mon nom à chaque coup de pédale"
Par Vincent Bregevin
Publié 09/08/2024 à 12:05 GMT+2
Mathilde Gros sait qu'elle aura les yeux braqués sur elle lors des épreuves individuelles de cyclisme sur piste des Jeux Olympiques de Paris 2024. La Française compte sur un Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines qu'elle connaît par cœur et la ferveur public pour décrocher l'or en vitesse individuelle dimanche. Histoire d'oublier définitivement le traumatisme de Tokyo.
Mathilde Gros rêve d'or sur les épreuves de cyclisme sur piste des Jeux Olympiques de Paris 2024
Crédit: Getty Images
Elle les attendait et elle se sait attendue. Mathilde Gros est une sérieuse chance de médaille pour la délégation française sur les Jeux Olympiques de Paris 2024 sur la vitesse individuelle, dont les qualifications débutent vendredi (à vivre sur Max à partir de 14h). La pistarde de 25 ans en est totalement consciente. Elle est surtout prête à saisir cette chance à pleines dents sur "sa" piste. Ce Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, elle y a vécu le plus grand moment de sa carrière en décrochant le titre de championne du monde de la vitesse individuelle en 2022. Elle le pratique au quotidien à l'entraînement. Forcément, c'est le cadre parfait pour un rendez-vous avec l'histoire.
- Les JO de Paris 2024 sont à suivre en intégralité sur Eurosport via la plateforme de streaming Max
- Le tableau des médailles
Tout le monde le sait et personne ne s'est privé de lui en parler. Gros en a parfaitement conscience. "Je sais qu'il y aura de la pression dans tous les cas parce que c'est un événement incroyable, le plus suivi au monde tous les quatre ans, pour tous les athlètes de haut niveau, disait-elle en conférence de presse au mois de juin. Je travaille par rapport à ça. Je le vis différemment par rapport à Tokyo, même si je suis peut-être beaucoup plus favorite sur ces Jeux qu'à Tokyo. Je sais que ça restera un événement incroyable, j'ai envie de bien le vivre, de tout donner, de ne pas subir, me fermer et me mettre des œillères jusqu'au début des Jeux et exploser le jour J parce que j'aurai trop de pression."
Tokyo, c'était une première participation aux Jeux Olympiques qui ne lui a pas laissé un grand souvenir. Classée 9e sur la vitesse et 13e sur le keirin, une discipline sur laquelle elle avait été sacrée championne d'Europe à deux reprises avant l'olympiade japonaise, Gros n'avait pas totalement répondu aux attentes. Surtout les siennes. "Je m'étais fixé un objectif trop haut, juste je n'étais pas prête à être championne olympique, disait-elle dans l'émission Mon Paris Olympique sur Eurosport au mois de janvier. Je n'oublierai jamais Tokyo, je me revois seul dans les vestiaires en train de pleurer."
Tokyo ? "J'ai vite mis cette expérience à la poubelle"
Au Japon, c'est certainement dans l'approche que Gros avait échoué. Elle en était sortie meurtrie et elle ne l'a pas oublié. "La pression, on la subit, avait-elle expliqué. On l'apprend à ses dépens. La base, c'est le plaisir, pas les médailles, et moi j'avais fait l'inverse. J'avais besoin de cette expérience un peu pourrie sur le coup qui m'a marquée au fer rouge." "Sportivement, je ne retiens rien de Tokyo, a-t-elle ajouté en juin. J'ai vite mis cette expérience à la poubelle. C'est plus le côté mental, comment gérer l'approche les jours d'avant, les réseaux sociaux. Il y a pas mal de choses que je vais changer, par rapport à la pression ou ce qui peut se dire dans les médias."
C'est sur cette approche mentale que Gros a travaillé. Elle s'est entourée dans cette optique, avec une préparatrice mentale à ses côtés, et des références de son sport comme Grégory Baugé, quatre fois médaillé aux JO, ou Félicia Ballanger, triple championne olympique, pour lui faire profiter de leur expérience. "Grégory, il me fait part de ce qu'il a connu, de son savoir, a-t-elle expliqué. Moi sur mes retours, mes sensations. On a cet échange-là. Félicia, pour moi, une ancienne championne comme elle, on ne s'en sert pas assez. C'est un tout, des fois ce sera sur le mental, la tactique. Dès qu'elle me parle, je prends."
Ce ne sera pas superflu. Pour Gros, ces Jeux de Paris représentent le rendez-vous d'une vie. La pression que cela implique est d'autant plus délicate à gérer au regard du calendrier. Rentrer dans sa compétition 10 jours après le coup d'envoi de l'olympiade laisse beaucoup de temps pour cogiter. "C'est vrai que des fois, quand on arrive trop tôt sur une compétition, on a l'impression de perdre du jus, de ronger son frein, a-t-elle concédé. Mais là au contraire, je travaille avec ma préparatrice mentale pour que ce soit calme, serein… Le mot d'ordre sur ces Jeux, ce sera la sérénité."
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Gros époustouflante lors de la Ligue des Champions 2022 : le récap de la saison de poursuite
Video credit: Eurosport
"Que tu gagnes ou que tu perdes, le lendemain t'es tout seul"
Et l'ambition, aussi. Gros est prête à saisir toutes les opportunités qui vont se présenter en individuelle. Elle n'a pas été en mesure de concrétiser la première sur le keirin. Un peu enfermée dans sa demi-finale, la Française n'est pas passée en finale et a dû se contenter de la 8e place. Mais sa ligne de conduite était claire et elle n'en dérogera pas. "Le but, c'est de donner le meilleur à chaque fois., disait-elle avant les Jeux Je sais que c'est cinq jours, j'ai déjà fait des entraînements où je donnais tout pendant deux semaines donc je sais que mon corps peut tenir. Je ne vais pas réfléchir à comment gérer mes efforts. Ce sera 'gagner, gagner, gagner', tous les jours."
Elle n'en est pas moins consciente de la concurrence. Mais, là aussi, le vécu de ses premiers Jeux au Japon est un atout. "Vu mon expérience de Tokyo, tout le monde est potentiellement médaillable, a-t-elle estimé. Des Jeux Olympiques, ce n'est pas comme les autres compétitions, chaque fille a le potentiel pour aller loin. Mais honnêtement, je m'en fiche. J'ai dit mes attentes donc tout le monde aura les yeux rivés sur moi. Mais je sais que je le fais pour moi. A partir du 12 août, tout le monde rentrera chez soi. Que tu gagnes ou que tu perdes, le lendemain t'es tout seul. Je garde ça de Tokyo, et beaucoup de choses qui vont me servir."
La France lui donner un cadre différent. Le meilleur pour tenter de réaliser un rêve de gosse. "Depuis que j'ai 8 ans, je veux être championne olympique", a-t-elle confié. Et le Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines est le théâtre idéal pour ça. "On a cet avantage qui est indéniable, a-t-elle reconnu. Puis j'espère qu'il y aura beaucoup de public français dans les tribunes parce qu'au-delà de la piste, ce qui m'avait vraiment soutenu sur le championnat du monde, c'était d'entendre mon nom à chaque coup de pédale. C'était incroyable et ça restera l'un des plus beaux souvenirs de toute ma vie." Le meilleur est peut-être à venir.
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