Faun-Ardèche Classic - "J’ai décidé de tenter le raid solo" : Paul Seixas s’est mué en Tadej Pogacar pour l’emporter
Mis à jour 28/02/2026 à 18:26 GMT+1
C’est évidemment trop tôt pour le dire mais, jusqu’ici, Paul Seixas suit avec une symétrie bluffante la trajectoire de Tadej Pogacar. Le Lyonnais est même, à 19 ans, en avance sur les temps de passage du Slovène. Vainqueur de sa première classique sur la Faun-Ardèche Classic, le Français (Decathlon – CMA CGM) s'est offert un premier raid solitaire en pros, la marque des grands.
Lapeira : "Seixas a un talent fou, l'équipe a de quoi l'emmener encore plus haut"
Video credit: Eurosport
Paul Seixas est déjà ce coureur taillé pour les grands moments. La Faun-Ardèche Classic n’est pas une classique niveau World Tour, oui, n’empêche que la symbolique et le plateau suffisent à magnifier la première sortie du prodige lyonnais sur une course d’un jour en 2026. Pas n’importe où, donc. Seixas revient là où tout s’est accéléré, sur ce Val d’Enfer froissé par la machine du Français, parti conquérir un bronze épique lors des derniers championnats d’Europe. Quelques mois plus tard, un stage hivernal avalé et le revoilà les jambes affûtées et le moral en acier.
Une attaque lissée, un raid et une victoire digne de Tadej Pogacar. Un résumé laconique qui en dit beaucoup. Promis, pas de symétrie forcée, ni de comparaison osée. Paul Seixas (Decathlon - CMA CGM) lui-même n’était pas sûr de se lancer dans une telle épopée. "Je m’étais dit que sur un très grand jour, j’aurais pu tenter un raid solitaire, je n’y croyais pas trop", avoue Seixas (19 ans) avec honnêteté à La Chaîne L’Équipe. Les dernières indiscrétions prêtaient au jeune Français un plan ficelé avec la bonne complicité du vent (de trois quarts dos). Le Niçois d’adoption désirait frapper un grand coup, et s’affirmer toujours plus au sein d’une équipe qui enquille les succès depuis le début de l’année.
Un privilège de fantastique : assis pour les asphyxier
La victoire, même après son premier fait d’armes en Algarve, ne lui était pas assurée. Le plateau, déjà, s’annonçait difficile à digérer. De Jan Christen à Matteo Jorgenson en passant par Mattias Skjelmose, Egan Bernal, Christian Scaroni, Lenny Martinez ; autant de pointures rodées aux succès de prestige qu’il a fallu dompter. Qu'importe l'adversité, Seixas, lui, ne doute jamais. Il précède les montées d’angoisse par un calme, et une approche offensive. Là, en direction du Mur des Royes, sur les lacets de Saint-Romain-de-Lerps, le Lyonnais s’est glissé dans la peau de Tadej Pogacar.
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Paul Seixas s'échappe avec Matteo Jorgenson dans la roue lors de la Faun-Ardèche Classic
Crédit: Getty Images
Une accélération, presque au train, assis, a envoyé valdinguer la concurrence, éparpillée façon ricochets. Un seul insecte – Matteo Jorgenson (Visma -Lease a Bike) – est resté dans son sillage, à 45 bornes de la ligne. "C’était incroyable, j’avais des sensations de dingue, toute la journée j’étais vraiment bien, explique Seixas juste après la ligne. J’avais de très bonnes jambes, je pouvais toujours en remettre, en remettre." Devant un public transi de voir sa future rockstar, sur la portion choisie par "Pogi" pour matraquer son monde à l’Euro, Seixas a filé la comparaison, asphyxiant le frelon d’un coup de manivelles.
Un double plus prolixe et moins farceur
Isolé à 41 kilomètres du but, le Lyonnais s’est offert un premier raid solitaire chez les pros, un effort seulement à la portée des "fantastiques". "J’ai monté à mon train, Jorgenson ne passait pas trop, rembobine Seixas pour L’Équipe. Je pensais qu’il bluffait. Dans une autre partie raide, j’ai remis les gaz sur un tempo qui me convenait, j’ai vu que Jorgenson n’arrivait pas à me suivre, j’ai continué mon effort. Je me sentais bien, j’avais de la force. Avec 40 secondes d’avance, j’ai décidé de tenter le raid solo. J’ai réussi à bien gérer, à bien m’alimenter. Tout s’est déroulé à merveille. Je suis super content de cette victoire."
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Paul Seixas sur la Faun-Ardèche Classic, le 28 février 2026.
Crédit: Getty Images
Seul devant un trio, Seixas a fait du Pogacar et creusé, encore et toujours, qu’importe le nombre, qu’importe le profil. Le Val d’Enfer, franchi deux fois dans le final, a servi à doubler une avance gonflée au-delà de la minute (1’48 sur la ligne). Une fois descendu de sa machine, le Français offre une autre facette. Lucide, prolixe, Seixas n’a pas le verbe léger. Le Français ne le feint pas, ni ne pérore pour son plaisir personnel lorsqu’il évoque sans fard son passage en mode gestion sur des passages sévères – contrairement au truculent Pogacar.
Les similitudes reprennent lorsque les jambes parlent et avec Seixas, elles ont la bonne manie de briller quand ça compte, comme en ce jour d’anniversaire de son père. Préparez-vous, la tournée de la nouvelle idole ne fait que de démarrer. "Je sens que je monte encore en puissance. C’est aussi le boulot de l’équipe qui paye, ce n’est pas seulement moi. C’est ça qu’il faut voir." Patron d’une équipe, locomotive d’une génération, espoir d’un pays : n’en déplaise aux iconoclastes de la petite reine, à ce rythme, Seixas se fera bientôt sa place au milieu des "modèles".
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