"Aux Philippines, j’ai redécouvert pourquoi j’aimais le vélo" : Antoine Huby toque à la porte des équipes européennes

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Sans équipe après son départ de Soudal Quick-Step, Antoine Huby a traversé plusieurs mois de doute avant de relancer sa carrière à l’autre bout du monde dans les Philippines. Entre choc culturel, conditions extrêmes et victoires au Tour de Luzon, le Français nous raconte cette expérience humaine et sportive qui a ravivé son envie de retrouver le plus haut niveau européen.

Antoine Huby aux Philippines

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Après deux saisons chez Soudal Quick-Step, vous avez quitté l’équipe belge fin 2025. Comment s’est terminée l’histoire ?
Antoine Huby : Mon contrat n’a pas été reconduit. Le contexte du cyclisme est compliqué et j’ai subi cette situation malgré une bonne fin de saison. Ma fracture de l’omoplate début 2025 m’a aussi freiné. L’histoire ne s’est pas mal terminée pour autant. Mais quand Jurgen Foré (NDLR : le successeur de Patrick Lefévère) a bouclé son recrutement durant l’été, il n’y avait plus de place pour moi, même en Development Team.
Avez-vous cherché une autre une équipe ?
A.H. : Mon agent a d’abord géré les contacts, puis j’ai pris moi-même mon téléphone pour appeler des responsables de recrutement. Je voulais tout tenter pour ne rien regretter. La disparition de certaines équipes n’a évidemment rien arrangé…
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Antoine Huby

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Comment avez-vous vécu cette période ?
A.H. : Jusqu’en janvier, ça allait encore. Je m’entraînais notamment avec Paul Magnier et des copains à Nice. Après janvier, il me restait encore une ou deux touches, mais elles n’ont pas abouti. Ensuite, il y a eu une période très difficile.
Je voyais tout en noir"
C’est-à-dire ?
A.H. : Quand les dernières pistes se sont fermées, la période est devenue très difficile mentalement. J’avais du mal à aller rouler alors que c’est ce que j’aime le plus, normalement. Je me demandais parfois pourquoi je continuais à m’entraîner. Quand j’ai commencé à aller vraiment mal, on m’a conseillé d’occuper mes journées. Je voyais tout en noir. J’ai même arrêté de suivre les plans de mon entraîneur Hervé Gebel, qui est pourtant quelqu’un de très important pour moi.
 Comment votre famille vous a-t-elle accompagné ?
 A.H. : Ma famille et mes proches m’ont toujours soutenu. Même si ma carrière devait s’arrêter un jour, je sais qu’ils seraient toujours derrière moi.
Et puis, fin avril, on vous a retrouvé sur le Tour de Luzon… aux Philippines. Un tour de 14 étapes. Qu’est-ce qui a motivé votre choix de disputer cette course à l’autre bout du monde ?
 A.H. : C’était important pour retrouver la compétition. Même si ce n’était qu’une course nationale, elle devait me permettre de préparer des courses UCI. Mon objectif reste clair : regagner en UCI et retrouver ma place dans le peloton européen.
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Comment les contacts ont été établis avec votre nouvelle équipe, 7-Eleven ?
A.H. : Édouard Bonnefoix y courait l’an dernier. Le directeur sportif cherchait encore des coureurs et Édouard a proposé mon nom. Je n’avais pas beaucoup d’autres solutions si je voulais continuer à courir. L’équipe m’a proposé un contrat jusqu’à la fin de l’année.
Le changement a dû être radical…
A.H. : Totalement. C’était une énorme expérience de vie, mais il faut parfois oublier son confort. La première nuit, prendre ma douche avec un seau et une bassine m’a marqué (rires). Beaucoup d’hôtels fonctionnent encore comme ça là-bas. Il y a aussi très peu d’endroits où l’on peut avoir de l’eau chaude, ce qui montre à quel point les habitudes et les infrastructures ne sont pas les mêmes de celles que l’on connaît en Europe.
Et sportivement, comment s’est passée la rencontre avec vos nouveaux équipiers ?
A.H. : Les conditions sont très différentes de celles du World Tour, mais j’ai été touché par l’accueil de l’équipe. Pour eux, voir arriver un coureur venant du World Tour était quelque chose d’exceptionnel. Ils s’étaient renseignés sur moi et beaucoup voulaient prendre des photos dès mon arrivée. C’était bizarre d’ailleurs, parce qu’en Europe, je ne suis clairement pas celui qui fait le plus de photos d’habitude. (Rires)
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Quel est le niveau de ces coureurs ?
A.H. : L’adaptation n’a pas été simple, surtout avec les coureurs philippins qui ont une façon de courir très différente. Les courses sont extrêmement offensives, avec beaucoup d’attaques et peu de contrôle. Quand on joue un classement général, il faut parfois calmer la course ou gérer les écarts, donc il a fallu du temps pour qu’ils comprennent ma vision et pourquoi je leur demandais de contrôler les échappées.
Qu’avez-vous retenu humainement de cette expérience ?
 A.H. : L’expérience de vie a été énorme. Elle remet énormément de choses en perspective. Là-bas, les moyens sont limités et il faut laisser l’ego de côté. J’ai beaucoup appris humainement. Là-bas, j’ai redécouvert pourquoi j’aimais le vélo.
Sur certaines étapes, on roulait sous 45 degrés
Comment avez-vous échangé ? En anglais ?
 A.H. : La communication n’était pas toujours facile à cause de la langue, mais les résultats ont créé la confiance. Quand ils ont vu que je pouvais gagner en montagne, tout le monde s’est mis à croire au projet et la confiance s’est installée naturellement. On trouvait des solutions pour communiquer, avec l’aide d’un membre du staff qui traduisait par exemple et aidait à faire passer les informations.
Vous avez appris quelques mots en philippin ?
 A.H. : Quelques-uns seulement. "Galing galing mo", par exemple, veut dire "bravo" ou "félicitations". Quand on découvre une nouvelle langue, on apprend aussi quelques mots un peu plus drôles ou des petites bêtises entre coureurs. Ce sont généralement celles que l’on retient le plus vite (Rires).
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?
A.H. : La chaleur extrême. Sur certaines étapes, on roulait à près de 45 degrés. Hormis l’Australie, je n’avais jamais connu ça. L’organisation aussi était une surprise permanente : il y a moins d’assistance et les routes ne sont pas totalement fermées à la circulation. Les voitures roulaient en même temps que nous, ce qui nous obligeait à rester constamment vigilants. Pour gérer la chaleur, il fallait constamment s’arroser. On roulait avec des petites bouteilles d’eau minérale. À l’arrivée, il y avait même des camions de pompiers avec des lances à incendie pour refroidir les coureurs, ainsi que des bains glacés. C’était assez fou…
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Antoine Huby aux Philippines

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Vous avez également découvert une autre approche de la nutrition en course…
A.H. : Oui. En Europe, tout est très structuré autour de la nutrition et de l’hydratation. Aux Philippines, les glacières étaient surtout remplies d’eau fraîche. On partait souvent avec un seul bidon énergétique, mais avec les températures très élevées, il chauffait rapidement et on devait le boire assez vite. Beaucoup de coureurs boivent simplement du soda pendant les étapes. J’ai aussi montré certaines techniques utilisées en Europe, comme les glaçons dans des collants pour créer une poche de froid dans le dos.
Et comment était l’ambiance sur les routes ?
A.H. : Les Philippins sont passionnés de cyclisme. Les spectateurs nous donnaient parfois de l’eau dans des petits sacs plastiques, que les locaux percent directement avec les dents pour boire pendant l’effort ou même des sodas pendant la course. Ce mélange entre passion populaire et débrouille rend l’expérience unique.
Sportivement, votre Tour de Luzon a été une vraie réussite…
A.H. : Oui, j’ai gagné trois étapes de montagne ainsi que les maillots du classement de la montagne et du classement par points. En revanche, j’ai perdu beaucoup de temps au début de l’épreuve, notamment lors du contre-la-montre, ce qui m’a empêché de gagner le général. Je suis arrivé seulement deux jours avant le départ pour éviter de trop subir la chaleur avant la course. Avec le recul, une arrivée plus précoce m’aurait probablement permis d’être plus performant dès les premières étapes. Seule la victoire au général m’a échappé, mais cela reste malgré tout une très belle performance d’ensemble.
La passion est énorme"
Cette expérience a-t-elle changé votre regard sur le cyclisme ?
A.H. : Oui, parce qu’on se rend compte que le vélo peut être vécu de manière totalement différente selon les pays. Là-bas, tout est plus simple, parfois improvisé, mais la passion est énorme.
Vous avez terminé votre aventure chez Soudal avec Paul Magnier au Tour du Guangxi. Êtes-vous surpris de le voir performer sur le Giro ?
A.H. : Pas du tout. Il est extrêmement fort et surtout très travailleur. Son profil de puncheur-sprinteur moderne lui permet de gagner sur beaucoup de terrains. Sa capacité à passer les petites bosses et à rester explosif est un vrai atout. Le voir aujourd’hui performer au plus haut niveau est logique.
Vous êtes restés proches ?
A.H. : Oui, parce qu’on est arrivés ensemble dans l’équipe. Nous étions deux jeunes Français aux côtés de Julian Alaphilippe, qui était déjà installé depuis plusieurs années. On s’est vite bien entendus. On se parle encore régulièrement pour prendre des nouvelles.
 Quelle est votre ambition désormais ?
A.H. : Mon objectif est clair : marquer des points UCI, gagner des courses et montrer aux équipes européennes que j’ai encore le niveau pour revenir dans le peloton professionnel européen. Chaque course représente une opportunité pour prouver ma valeur.

Paul Magnier ? "Toujours le bienvenu"

Vous avez aussi choisi de revenir vivre à Nice…
A.H. : Oui. J’y vivais déjà auparavant et nous avions toujours le projet d’y retourner avec ma compagne. C’est un cadre idéal pour l’entraînement et la performance. D’ailleurs, concernant Paul (Magnier), il n’habite pas encore à Nice puisqu’il vit toujours du côté de Grenoble, chez ses parents, mais je pense qu’il viendra rapidement faire un passage à la maison. Il est toujours le bienvenu (Rires).
Quel sera votre programme dans les prochains mois ?
A.H. : Je vais participer au Tour de l’Île Maurice, puis à une course en Corée du Sud. Ensuite, je reviendrai en France pour les Championnats de France, qui constituent le premier grand objectif de ma saison. La suite sera surtout tournée vers l’Asie, avec notamment le Tour de Langkawi en septembre.
Pour finir, un message aux équipes qui pourraient vous lire ?
A.H. : Mon téléphone reste allumé avec grand plaisir ! Mon retour à Nice montre ma motivation et ma volonté de revenir au plus haut niveau. Je sais où je veux aller et je suis prêt à travailler très dur pour y parvenir. Et je pense avoir encore beaucoup à montrer dans les années à venir.
Par François-Xavier Rallet
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