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Bernard Thévenet : "Van der Poel me rappelle Merckx"
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Publié 11/04/2024 à 23:39 GMT+2
A l'occasion de la sortie de son livre "Parcours de vie" (co-édité par Mareuils et Héraclite), Bernard Thévenet s'est penché pour Eurosport sur son histoire et sur l'actualité du cyclisme. Il a évidemment été question de Mathieu Van der Poel, vainqueur de Paris-Roubaix. En lui, le double vainqueur du Tour de France (1975 et 1977) voit plus Eddy Merckx que Raymond Poulidor, son grand-père.
Thevenet : "Van Der Poel ? Il est plus Merckx que Poulidor
Video credit: Eurosport
A 76 ans, Bernard Thévenet a vu passer des générations de coureurs, de ses idoles Louison Bobet et Jacques Anquetil en passant par Eddy Merckx, son contemporain, et ses suivants Bernard Hinault ou très proche de nous Mathieu Van der Poel. Dans "Parcours de vie" (co-édité par Mareuils et Héraclite), il raconte sa jeunesse paysanne et son ascension dans le cyclisme professionnel. Pour Eurosport, il a aussi livré son regard sur l'évolution de son sport.
Dans votre livre, vous racontez comment un journal qui arrivait presque par hasard dans votre petit village vous a donné le goût du Tour de France et du cyclisme…
Bernard Thévenet : Il y avait une personne dans ce hameau d'une vingtaine d'habitants qui lisait le journal et pendant le Tour de France, elle le passait aux autres personnes. C'est comme ça que j'ai entendu parler la première fois du Tour de France, de Louison Bobet, un peu plus tard de Jacques Anquetil. Mes idoles, c'étaient surtout Bobet et Antonin Rolland. Il avait porté le maillot jaune sur le Tour de France 1955, il était de Villefranche-sur-Saône, ce n'était pas très loin de chez nous. Il faisait un peu partie du pays. Mais personne ne s'intéressait au cyclisme en dehors du Tour de France.
Vous racontez aussi votre origine paysanne dans ce livre et le travail à la ferme qui était le vôtre. Un autre coureur a longtemps mis sa ferme en avant, c'est Thibaut Pinot…
B.T. : C'était un coureur moderne. J'ai longtemps cru qu'un jour il allait gagner le Tour de France. Malheureusement ça ne s'est pas réalisé. Il y a eu des moments où on a eu l'impression qu'il manquait un peu d'influx nerveux sur les fins de course. Il avait un peu de peine à terminer les courses de trois semaines. Est-ce que c'est parce qu'il avait un caractère décontracté ? Peut-être, mais s'il ne l'avait pas eu, peut-être n'aurait-il pas réussi tout ce qu'il a réussi. Il a fait comme beaucoup de coureurs, le maximum de ce qu'il pouvait faire et malheureusement il a manqué un petit truc. Les planètes ne se sont pas alignées pour gagner un Tour de France.
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"Parcours de vie", le livre de Bernard Thévenet (Mareuil Editions, Editions Héraclite)
Crédit: Eurosport
Quelles étaient vos idoles de jeunesse ?
B.T. : Louison Bobet avait écrit un livre dans lequel il donnait tout un tas de conseils pour l'entraînement, pour la diététique. Des choses que j'ignorais entièrement. Ça m'avait beaucoup servi, j'y pensais quand j'allais en course. On parlait diététique mais en réalité, c'était très loin de ce qu'on fait maintenant. Ça consistait à éviter la charcuterie, les fromages fermentés et la viande en sauce. En dehors de ça, on avait très peu de notions. Éviter les frites évidemment (rires). Ça n'est pas la nutrition de maintenant où on pèse tout ce qu'on mange. Les équipes ont des nutritionnistes, des chefs. Moi quand j'ai fait le Tour de France, on mangeait matin et soir la même chose pendant trois semaines !
Justement, auriez-vous aimé courir en 2024 ?
B.T. : Peut-être. Je ne sais pas, j'aurais gagné plus d'argent (rires) ! Le plaisir de courir était peut-être plus présent à notre époque parce qu'on était plus libres. Maintenant tout est encadré, on ne peut pas trop déroger à la règle sinon on sera moins forts, moins compétitifs, moins dans le coup. À l'entraînement, c'est un peu plus barbant maintenant parce que c'est en fonction de la puissance. Il faut qu'ils fassent tant de temps à tel pourcentage. Nous, on allait à l'entraînement, c'était un peu la colonie de vacances. On s'amusait et de temps en temps on faisait un sprint. On faisait notre condition physique en course. Maintenant, ils arrivent en très bonne condition physique dès la première course.
Dimanche, Mathieu Van der Poel a encore fait un sacré numéro sur Paris-Roubaix. Le voir évoluer doit être un peu particulier pour vous qui avez couru avec son grand-père, Raymond Poulidor…
B.T. : Ce n'est pas du tout l'image de son grand-père, lui n'aurait jamais osé attaquer à 60 kilomètres de l'arrivée. Raymond Poulidor était plutôt attentiste. Il me rappelle Eddy Merckx. Sur Paris-Roubaix, il a commencé à être actif à 150 bornes de l'arrivée, à étirer le peloton, il a fait jouer son équipe, qui était très bonne autour de lui, et puis il n'a pas hésité à attaquer à 60 kilomètres de la ligne. Comme le grand Merckx. Il est dans une forme éblouissante en ce moment. Il a 29 ans, c'est un âge où on se connait vraiment bien, on sait de quoi on est capable. On a les sensations, on sait si les jambes sont bonnes. Il est dans la plénitude de ses moyens.
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La chicane en vedette, avant le show Van der Poel : le résumé de Paris-Roubaix
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Il y a une génération exceptionnelle autour de lui. N'existe-t-il pas un risque pour le cyclisme tellement ils sont au-dessus du lot ?
B.T. : Il y a la même incertitude qu'avec Merckx. Quand il était au départ d'une course, il n'était pas sûr de gagner mais enfin si on pariait sur lui, on avait quand même de bonnes chances d'être gagnant. Il y a quand même cet intérêt de voir comment se comporte le coureur. Si on regarde juste la course comme ça, c'est peut-être moins intéressant, c'est sûr. Mais il y a aussi le combat derrière pour la deuxième place. Il y a toujours quelque chose d'intéressant à suivre dans une course.
Le peloton a connu beaucoup de chutes graves ces dernières semaines, comment analysez-vous ça ?
B.T. : Il y a toujours eu des chutes, il y en a peut-être un petit peu plus maintenant. La différence c'est qu'il y a souvent des fractures. A quoi est-ce dû ? Je ne sais pas, je ne suis pas médecin mais je me demande si la diététique poussée à son paroxysme ne fabrique pas des athlètes fragiles.
Il y a la vitesse aussi, ils vont plus vite qu'il y a 20 ou 30 ans. Plus on va vite, plus on risque l'accident. Peut-être faut-il aussi regarder du côté du matériel. Les constructeurs ont bénéficié de matériaux qui n'existaient pas avant. C'est normal qu'on profite de la technologie mais je pense qu'on a un peu trop privilégié le rendement et que l'on a des vélos trop rigides. La tenue de route est sans doute moins bonne qu'avant. Et puis toutes les routes sont belles, ça a donné confiance à tout le monde.
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Fritsch : "Il est urgent pour les acteurs du cyclisme de se réunir"
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Vous étiez sélectionneur de l'équipe de France aux JO d'Atlanta en 1996. Qu'en retenez-vous alors que Paris accueillera les Jeux Olympiques cet été ?
B.T. : Les Jeux Olympiques, c'est unique ! Déjà parce que ce sont les JO, c'est tous les quatre ans. Un coureur peut participer deux fois aux Jeux mais trois c'est extrêmement rare. On ne retrouve pas ça ailleurs. Les équipes sont différentes aussi avec quatre coureurs. La tactique est différente parce que ce sont quatre coureurs mais aussi quatre leaders. Comment transformer quatre leaders en équipiers ? C'est spécial, atypique.
Les Jeux Olympiques pour moi, c'était une sorte de revanche. En 1968, pour les JO de Mexico, j'étais champion de France amateurs et le sélectionneur ne m'avait pas retenu. Je suis toujours vexé, je ne l'ai toujours pas digéré (sourires). Participer aux Jeux en tant que sélectionneur, c'était une sorte de revanche. C'était vraiment quelque chose d'exceptionnel pour moi ces Jeux d'Atlanta.
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