"C'était un petit jeune sans moyens" : Steve Chainel raconte son Julian Alaphilippe, tout fraîchement retraité des pelotons
Par Emile Pawlik
Publié 22/08/2026 à 00:42 GMT+2
Julian Alaphilippe a mis fin à sa carrière de coureur cycliste, vendredi. Le Français a commencé son histoire avec le cyclisme très tôt, et a rapidement croisé la route de Steve Chainel. Notre consultant a accepté de nous raconter quelques anecdotes qu'il a partagées avec "Loulou", de son arrivée en équipe de France à ses grandes années où il était devenu une star.
Huy était son royaume
Video credit: Eurosport
Steve Chainel a vu arriver Julian Alaphilippe dans la grande famille du vélo français par l'intermédiaire du cyclo-cross. Alors forcément lorsque l'on a demandé à notre consultant vosgien une réaction suite à l'annonce de la retraite du coureur de la Tudor, il n'a pas hésité un seul instant. Mais quand on a souhaité savoir ce qu'il aimerait retenir de la carrière fantastique du Français qui a tant fait rêver par ses victoires, lui n'a pas voulu choisir entre ses Flèches wallonnes, ses titres de champion du monde ou ses exploits sur le Tour. Non, Steve Chainel a voulu raconter "son" Julian. Son "pote", voire son "petit-frère" comme il l'a affectueusement qualifié. Morceaux de vie.
La première fois qu'il l'a vu : "C'était un petit jeune sans moyens"
Moi la première fois que je l'ai vu c'est très simple c'était à la Coupe du Monde juniors de cyclo-cross à Zolder en 2009. Je me rappelle exactement ses années juniors, c'était sa première Coupe du Monde et il la gagne. C'était déjà un gamin qui était très très jovial, etc. Et l'anecdote, elle est assez folle, c'est qu'en fait on sentait que c'était un gamin qui n'avait pas beaucoup de matos, qui n'était pas bien équipé et avec John Gadret on était pro à l'époque et en fait le gamin ne demandait rien à personne. Il avait des couvre-chaussures troués. C'était un gamin qui était apprenti dans un magasin de cycles et avec John, on s'est dit qu'on lui ramènerait des vêtements.
Et on lui a ramené des vêtements pour les championnats du monde de Tabor, qu'il termine deuxième et il s'en est toujours rappelé. Parce que voilà c'était ce qu'on appelle un petit jeune sans moyens, "un pauvre type" comme certains pourraient dire, et en fait nous on l'a équipé avec John et il s'en est rappelé très très longtemps. Il était fan de nous comme il disait : "ah vous êtes mes idoles !" Parce que John lui à l'époque c'était déjà du très grand John Gadret. Moi j'étais pro, j'étais un pur crossman, je marchais bien au niveau français chez les élites et donc lui avait envie de percer et ça a été ça les premières rencontres. Et c'est là honnêtement qu'on a très vite décelé un potentiel, Julian c'était un diamant.
"Le vélo a été son échappatoire pour ne pas tomber dans la misère sociale"
Il faut connaître un petit peu son histoire. Ce n'est pas mon rôle de raconter son histoire mais il faut juste savoir qu'il a un grand frère qui a quasiment 30 ans de plus que lui. Ol a a même encore deux petits frères. Julian, c'est monsieur Julian parce qu'il a toujours gardé son esprit jovial, son esprit de vouloir s’en sortir. Quand il était apprenti mécanicien, quand on lui disait le prix des vélos il disait : "Mais mon loup moi je ne peux pas me payer ça." Il a toujours su garder les pieds sur terre et je pense que le vélo ça a été un petit peu son échappatoire pour ne pas tomber dans la misère sociale.
"En 2018, il me dit : 'si je gagne à Saint-Sébastien, je comprends rien au vélo"
En 2018, on fait le critérium de Dijon ensemble, il est meilleur grimpeur du Tour. A Dijon, il me dit : "Ouais mon loup, je dois faire San Sebastian samedi, et dimanche je suis au critérium d'Aix. Est-ce qu'il y a moyen que tu prennes mon vélo ?" Bah écoute pas de problème, je prends ton vélo. C'était son vélo de meilleur grimpeur. Et déjà pour repartir de Dijon, ça a été un truc de fou parce que c'est moi qui le dépose à l'aéroport de Lyon pour qu'il prenne l'avion le vendredi matin pour aller faire la Clasica [San Sebastian].
Le samedi il s'assoit sur les marches d'une aire d'autoroute, ça fait quelques jours qu'il est meilleur grimpeur et que c'est la "Loulou mania". Il me dit : "J'en peux plus je suis rincé. J'ai envie de bouffer de la merde, j'ai envie de bouffer un burger". Malheureusement sur l'aire d'autoroute, c'est fermé. Il s'assoit par terre et là il pousse un cri, et en fait il avait tellement plus de "cul" qu'il s'assoit sur les os. Il s'achète un vieux sandwich pourri. Je lui dis : "T'inquiète mon Loulou dimanche à Aix, on passera du bon temps, mais c'est quand même dommage que tu fasses San Sebastian parce que je pense que tu vas prendre un tir." Et lui me dit : "Franchement mon Loup, c'est impossible que je sois bien là-bas. Ou alors si je suis bien vraiment je n’y connais rien au vélo". Et il gagne, donc autant dire que le lendemain quand il est arrivé à Aix en avion, première chose qu'il me dit c’est : "Je te jure j'ai pas fait exprès, je n’y connais rien au vélo". C'est ça Julian.
Et la suite ? "Je le verrais bien dans Danse avec les stars !"
Je ne suis pas sûr que Julian ait un objectif en tête aujourd'hui. C'est aussi quelqu'un qui a besoin de se reposer. Sur les dix dernières années il n’y a pas beaucoup d'autres athlètes français qui ont eu autant de sollicitations médiatiques, autant d'autographes à signer, autant de photos à faire, autant de gens qui te tapent sur l'épaule.
Bien sûr qu'il a une place dans le cyclisme. Il a une expérience de fou, il a une histoire de vie qui est incroyable, il sait bien parler, il parle anglais couramment, il est bankable avec la gueule qu'il a et avec le palmarès qu'il a ce serait logique qu'il continue dans le vélo. Mais après est-ce que lui il en a vraiment envie c'est ça la question ? Honnêtement, Julian c'est ce genre de mec, tu lui proposes de faire "Danse avec les stars", par exemple. Il a fait de la batterie quand il était plus jeune, moi je le verrais bien faire une émission comme celle-ci et devenir le chouchou du peuple français, ça pourrait être pas mal.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité