Championnats du monde Zwift : "Discipline à part entière" qui reste une pépinière : Mondiaux de cyclisme esport, acte II

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CHAMPIONNATS DU MONDE ZWIFT - Où en est le cyclisme esport ? Les courses sur Zwift ont pris une dimension importante depuis deux ans, avec la crise sanitaire. Samedi, le titre mondial va être attribué pour la deuxième fois et ce sont des spécialistes qui seront en lice, dont le Français Hugo Viort que nous avons interrogé. Pour autant, le vélo sur Zwift garde l'image de petit frère de la route.

Les championnats du monde Zwift, comment ça marche ? Explications avec Hugo Viort, un participant

Video credit: Eurosport

"Zwift a été une sorte de palliatif à la compétition sur route". C’est devenu bien plus que ça. Hugo Viort, l’auteur de cette déclaration, sera l’un des trois Français à briguer le maillot de champion du monde de cyclisme virtuel, ce samedi, avec Adrien Vuillier et Alban Puech. Après avoir évolué dans l’antichambre du peloton professionnel, au sein du Vélo Club la Pomme Marseille, ce coureur de 25 ans s’est spécialisé dans la version "esport" de la Petite Reine.
"En 2020, à 23 ans, je me suis dit : ‘Soit tu perces, soit tu fais comme tout le monde et tu rentres dans la vie active’", raconte-t-il. La crise sanitaire n’a pas favorisé ses plans de carrière, sur route, mais elle lui a paradoxalement ouvert une voie dans laquelle il s’épanouit depuis : "J’ai découvert Zwift et j’ai tout de suite accroché, cela permet de courir quand on souhaite, de s’organiser etc." Mais pas encore de vivre de sa passion, concernant Hugo Viort.
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Un parcours futuriste dans les rues de New York : gros plan sur les Championnats du monde esport

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"Pouvoir ‘zwifter’ et avoir un boulot"

"Il y a des coureurs qui font la ‘Premier League’, le summum en termes de compétition sur Zwift, explique-t-il. C’est retransmis par GCN et dans certains pays sur Eurosport. Certains sont déjà payés… je ne pense pas qu’ils en vivent tous, mais le cyclisme esport tend vers la professionnalisation." Viort travaille quant à lui dans le tourisme à temps plein : "L’avantage c’est de pouvoir ‘zwifter’ et avoir un boulot, les horaires d’entraînements peuvent être modulés."
D’où un planning bien chargé : "Je bosse 35h par semaine et j’ai entre 10 et 17h d’entraînement hebdomadaires, sur Zwift ou même dehors sur le vélo, parce que je continue les sorties." A court terme, il espère obtenir un contrat pour concilier ses activités : "Être un peu rémunéré - même pas énormément - et pouvoir avoir un emploi du temps aménagé. C’est quelque chose que l’on retrouve dans le haut niveau sur Zwift, c’est certain, étant donné les heures auxquelles certains mecs roulent."

Une compétition qui s’ouvre… aux spécialistes

Samedi soir (l'événement débute à 19h, la course masculine à 20h45, NDLR), Jason Osborne va remettre son titre en jeu. Depuis médaillé d’argent lors des JO de Pékin 2020 en deux de couple poids léger et vu à l’œuvre sur route avec la Deceuninck-Quick Step fin 2021, le rameur allemand de 27 ans avait pu participer aux premiers Mondiaux Zwift en vertu de son statut de sportif de haut niveau. Les critères d’entrée ont évolué.
"L’UCI a revu ses règles et a élargi son cercle de coureurs potentiellement éligibles", relate Viort. Place aux "zwifteurs" qui ont un statut d’amateur… mais sont bien les "pros" de ce cyclisme particulier, pratiqué sur home trainer. Un cyclisme où l’on observe son avatar naviguer dans le peloton, au sein duquel il y a "quand même un phénomène d’aspiration", et qui offre la possibilité de "booster" ses capacités quelques instants, façon jeux vidéo.
"Cette année, contrairement à la première édition, il va y avoir quasiment que des coureurs spécialistes de cette discipline. Selon moi c’est une bonne chose, estime notre consultant Nicolas Fritsch, ancien coureur professionnel sur route qui pratique le vélo esport en tant que membre de The Punchers Club, comme Hugo Viort. Cela prouve que c’est une discipline qui grandit et qui trouve sa place dans le monde du cyclisme."
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Un médaillé olympique en aviron débarque dans les pelotons : Wiggins interroge le phénomène Osborne

Video credit: Eurosport

Comment éviter la triche ?

L’épreuve figure donc au calendrier de l’UCI. Pour qu’elle soit crédible, il faut non seulement que le niveau soit relevé - Hugo Viort a décroché son billet lors d’une course qualificative, fin novembre 2021 -, mais aussi que les sportifs non-professionnels puissent être surveillés. "On est entré dans une espèce de système où l’on va devoir être en temps réel géolocalisable. Un ADAMS sur une durée de temps plus limitée, résume Viort. On doit être disponible pour des contrôles antidopage."
Le dopage n’est pas le principal mal à chasser dans ce "sport". Rien que le fait de vérifier qui fait tourner le pédalier est un enjeu pour la fédération internationale, qui a fourni les home trainer à tous les candidats au maillot arc-en-ciel. D’où l’importance de les filmer lors de l’effort. "Sinon, on imagine toutes les possibilités de fraude qu’il y aurait. On pourrait se relayer", sourit Fritsch. Se relayer, voire installer un mécanisme qui pédale pour soi.

Filmés à l’œuvre et lors de la pesée

Viort, comme tous les participants, a ainsi un "set-up" à mettre en place pour pouvoir concourir (voir vidéo en tête d’article, NDLR). La possibilité pour la réalisation d’incruster une image du participant en action est aussi une façon d’humaniser la pratique, de jouer sur la double carte : animation virtuelle, performance réelle. "C’est sympa de voir les coureurs souffrir en direct, aussi", souligne le concurrent.
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Ashleigh Moolman en double écran : son avatar et la "vraie"

Crédit: Eurosport

Son poids, ce samedi 26 février, sera une donnée primordiale : "Zwift rapporte tout en watts/kg". Toute mauvaise information peut ainsi fausser la compétition. Imaginez un rouleur surpuissant de 95 kilos qui ferait croire qu’il en affiche dix de moins sur la balance… "La pesée a lieu entre deux heures et une heure avant le départ, elle est filmée également. On doit aussi se mesurer et envoyer la vidéo", détaille Hugo Viort.

Un parcours pour puncheurs

Tout un protocole auquel il faut s’astreindre, en plus de se préparer physiquement. Maillot de l’équipe de France accroché au mur, Viort y consent d’autant plus facilement : "Cela me motive un peu quand je m’entraîne ! La tenue est la même que pour les équipes de France sur route et de cyclo-cross." Il va revêtir la tunique tricolore "sur" un tracé plutôt intéressant pour lui, "dans" les rues de Big Apple.
"Le parcours est vraiment difficile : 55 km, presque 1000 mètres de dénivelé positif, trois tours d’un circuit très vallonné, sur la map de New York, avec à chaque fois- dont l’arrivée au sommet -une bosse de deux kilomètres à 6/7% de moyenne, très irrégulière, avec des passages à 14%, analyse Hugo Viort. C’est très exigeant sur le papier. Cela me convient même si j’aurais préféré une bosse plus longue."
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Le profil des Mondiaux Zwift UCI 2022 - Crédit Zwift

Crédit: Other Agency

Zwift, pas le paradis des grimpeurs

Il se satisfait de l’évolution de Zwift, "(qui) permet à tout le monde de s’exprimer", alors que "longtemps, 90% des courses arrivaient en sprint massif". Mais pour briller dans l’exercice du cyclisme virtuo-réel, mieux vaut afficher un gabarit de classicman que d’escaladeur : "Dans les 100 premiers Mondiaux, ce sont des sprinteurs et des coureurs complets. Dans l’ensemble, il faut bien écraser les pédales, être costaud (…) sur une course qui dure de 30 minutes à 1h30, avec de fortes variations d’intensité."
"La résistance imposée par le home trainer est différente de ce que l’on retrouve sur route. C’est un coup de pédale différent. On est plus gainé sur le vélo. On pédale peut-être plus avec les cuisses et on sollicite peut-être moins de chaines musculaires, approfondit Viort. Niveau gainage il faut être au top pour que chaque coup de pédale soit le plus efficient possible, pour retranscrire le plus de puissance."
"On est sur un plan fixe. On ne va pas avoir cette possibilité de se mettre en danseuse autant que sur route, ajoute-t-il. Il n’y a pas la sensation de pilotage, il y a beaucoup de facteurs qui ne sont donc pas pris en compte. C’est pour cela que certains cyclistes ‘classiques’ ont du mal sur Zwift. Sur route, ils peuvent compenser par une excellente technique, du pilotage." Ou encore la science du placement, des bordures.

Discipline à part entière et/ou tremplin ?

De quoi vexer quelques cadors du peloton, en 2020, comme s’en amuse Nicolas Fritsch : "Je me souviens de réactions, au début : ‘Ouais, je me fais battre par des gars, je ne les connais même pas…'." Il y a depuis eu une prise de conscience : "On se rend compte que c’est une discipline à part entière. Ce n’est pas du cyclisme sur route, ce n’est pas du VTT, ce n’est pas du cyclo-cross, ce n’est pas de la piste. C’est Zwift. Il ne faut pas comparer."
"Cela reste du cyclisme. Je pense qu’un Wout van Aert est capable d’être champion du monde sur Zwift, sans souci", tempère cependant Fritsch, synthétisant l’entre-deux dans lequel se situe cette pratique. "Cela reste une passerelle, on l’a vu avec la Zwift Academy qui a notamment révélé Jay Vine (…) 2e au Mont Bouquet lors de l’Etoile de Bessèges", énonce Viort, pour qui "le cyclisme sur route reste beaucoup plus puissant, un vecteur qui attire beaucoup plus."
"On a de la visibilité parce que Zwift, cela représente avant tout des datas. Et dans le cyclisme moderne, les datas… c’est quelque chose que les gens aiment. Certains coureurs sur Zwift doivent se faire repérer tant ils sont forts. Quand on voit les watts de certains… ils envoient au moins autant que de nombreux pros", continue le cycliste de 25 ans.
"Quelqu’un qui a le choix entre une carrière professionnelle sur route ou sur Zwift, sauf exception, optera pour la route, argumente-t-il en guise de conclusion. Il manque de la reconnaissance au cyclisme esport. Je le vois autour de moi. Des gens se rendent compte que c’est du très haut niveau, que c’est beaucoup de sacrifices, de la préparation, des protocoles… mais d’autres non." Courir derrière la reconnaissance ou derrière la route ? Le cyclisme version Zwift n’a pas encore choisi.
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Jay Vine a fait ses preuves sur Zwift avant de briller sur route

Crédit: Getty Images

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