Critérium du Dauphiné | Romain Bardet, futur consultant Eurosport : "Comprendre assez vite la dynamique de la course"
Eurosport sur GoogleDimanche, Romain Bardet ne sera plus coureur cycliste. Quatorze ans après son arrivée chez les professionnels, l'Auvergnat va raccrocher après un ultime Critérium du Dauphiné. Mais Bardet ne s'éloignera pas très longtemps du cyclisme puisqu'il deviendra consultant pour Eurosport et sera sur la moto pour la deuxième semaine du Tour de France. Il se confie sur sa carrière et sur son rôle à venir.
Romain Bardet consultant Eurosport sur le Tour de France
Video credit: Eurosport
Romain Bardet, l'histoire se termine. Pourquoi avoir choisi le Dauphiné plutôt que le Tour de France ? Quand vous l'avez décidé, vous ne saviez pas encore que vous alliez porter le maillot jaune l'été dernier…
Romain Bardet : Comme quoi, le destin fait bien les choses… Pourquoi le Dauphiné ? Parce que j'ai toujours adoré cette course. Pour moi, il n'y a que les bons côtés du Tour sans la fatigue inhérente aux trois semaines, le rouleau compresseur des émotions. Aussi parce que je ne l'avais plus couru depuis 2020 et que j'ai un attachement particulier par les routes qui sont empruntées. Souvent un départ pas très loin de la maison et une arrivée dans les Alpes qui me sont chères. Tout ça a ajouté un côté vraiment sentimental sur mes derniers tours de roue.
Et que ressentez-vous ?
R.B. : Beaucoup d'apaisement. Je crois que j'ai la chance de pouvoir terminer comme je le souhaite. C'est un privilège. Les résultats, je n'en suis pas le seul décisionnaire, mais sur l'enchaînement des courses, et le calendrier, j'ai été à la base de tout. Donc c'est pour moi une grande joie de pouvoir finir avec mes choix. Le plateau était absolument magnifique sur ce Dauphiné.
Il y a un petit clin d'oeil du destin avec beaucoup de coureurs importants sur votre dernière course...
R.B. : C'est bien. C'était ma volonté de courir jusqu'au bout au plus haut niveau, en essayant d'y être performant même si ce n'est plus dans la même dimension qu'il y a quelques années. Ma carrière sur route, je voulais qu'elle se termine sur les courses les plus prestigieuses. Je suis gâté pour cette édition.
Est-ce ça qui va le plus vous manquer ?
R.B. : C'est difficile à dire parce qu'on passe tellement de temps dans une équipe, beaucoup plus de temps qu'à la maison. C'est quand même une très belle aventure humaine à vivre. Que la course se passe bien ou pas en termes de résultats, c'est une chose mais ça ne reste que 4 ou 5 heures dans une journée et il y a tous ces moments de vie autour qui rendent l'expérience d'une grande course plaisante ou non. J'ai vécu un super Giro alors que je n'ai pas gagné, mais parce qu'il y a une nouvelle génération qui arrive et il y a un groupe qui s'est construit. Ce sont des moments importants et sympas à vivre.
Pendant l'ère Froome, en course, c'était souvent peu plaisant
Et ce qui ne va pas vous manquer ?
R.B. : Cette pression personnelle au quotidien. Chaque étape, on vous attend au tournant. Avec le niveau actuel, on ne peut pas se permettre d'arriver un peu en dessous. J'ai l'impression d'avoir vécu plus ou moins dans un tunnel depuis 14 ans, focalisé sur mes performances et mon prochain pas, mon prochain coup. En ayant davantage de recul, je constate depuis deux ans que ma période est passée. Il est toujours possible d'avoir des réminiscences, mais cette hygiène de vie, cette implication quand, comme moi, on n'est plus dans les 5 ou 10 meilleurs des classements généraux au monde, ça devenait un petit peu difficile.
Dans votre discours au moment de l'annonce de votre retraite il y avait la volonté de ne pas faire l'année de trop, d'anticiper un déclin inévitable. Vous avez plutôt réussi de ce côté-là, non ?
R.B. : Plutôt, oui. Même si cette année, je pense que j'ai encore un bon niveau, dans le cyclisme moderne, c'est plus difficile de le convertir en un résultat probant. Les choses s'étaient mises bout à bout sur le Tour de France l'an dernier. Cette année, pour l'instant, ça ne s'est pas mis bout à bout, c'est comme ça. Je pense que ce n'est pas un problème physique. Ça se densifie chaque année. Depuis 2022 ou 2023, j'ai compris que je n'étais plus dans les plus forts en montagne pour jouer les classements généraux sur les grands tours. Petit à petit, j'ai un petit peu glissé dans la hiérarchie. Il y a, de fait, un petit peu moins de plaisir personnel à livrer ma vie totalement au cyclisme.
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Un finish en apnée : l'arrivée victorieuse de Bardet
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Sur ces classements généraux, vous avez été au contact des meilleurs et vous avez traversé deux ères très distinctes. Celle de la Sky de Chris Froome d'un côté et celle de Tadej Pogacar ou Jonas Vingegaard de l'autre. Il s'est écoulé une dizaine d'années et pourtant, tout a l'air si différent maintenant…
R.B. : Oui elles sont très éloignées. Je trouve que le cyclisme actuel est beaucoup plus intéressant, flamboyant. Il y a quasiment un paradoxe. Pendant l'ère Froome, en course, c'était souvent peu plaisant, mais à vivre de l'intérieur, il y avait tout un côté un peu didactique à l'entraînement. et dans la préparation, qui était beaucoup moins millimétrée, que j'adorais. Ça s'est complètement inversé. Maintenant, les préparations sont cadrées, tout le monde fait à peu près la même chose.. Donc il n'y a plus beaucoup de place pour une interprétation un peu personnelle. Et en revanche, en course, même s'il y a des équipes qui dominent vraiment par leur densité de coureurs, il y a des scénarios qui sont beaucoup plus plaisants. C'est tout le contraste entre ces deux époques.
Auriez-vous aimé que cette manière de courir corresponde à vos meilleures années ?
R.B. : Non parce que physiquement, je n'en suis pas loin. Je n'ai plus la consistance sur les trois semaines, c'est sûr, mais sur mes meilleures journées, je suis largement au niveau de ce que je faisais il y a 6-7 ans. Maintenant, c'est juste qu'il y a beaucoup plus de coureurs qui sont capables de le faire et on leur dis comment il faut le faire. Je suis content d'avoir été un petit peu témoin de ces deux époques-là et d'avoir essayé d'émerger quand c'était possible.
Evenepoel ? J'étais allé le voir pour faire mon mea culpa
Dans votre carrière, il y a trois deuxièmes places marquantes : le Tour de France 2016, les Mondiaux 2018 et Liège-Bastogne-Liège 2024. Dans des styles différents, l'une de ces victoires vous aurait fait basculer dans une autre dimension, non ?
R.B. : Oui, bien sûr. Le Tour 2016, ça aurait été quand même un hold-up. Autant en 2017, j'étais dans la peau de quelqu'un qui voulait être un challenger pour le Tour. Ça me paraît loin mais ce qui me rend le plus fier, c'est d'avoir répondu présent en 2017 sur 19 étapes alors que la pression était là après ce qui s'était passé l'année précédente. En 2016, ça aurait été assez irréaliste de l'envisager. Les Mondiaux, forcément, c'est peut-être là où il y a le plus de regrets parce que je ne m'étais pas placé dans la peau de celui qui pouvait gagner le titre. Mais on peut refaire le sprint, je pense que je suis battu 99 fois sur 100. Et Liège, non, je crois qu'il n'y a pas de regrets, parce que (Tadej) Pogacar était une jambe au-dessus. Mais ces journées-là, c'étaient des victoires personnelles quand même. Et c'est ce que je retiens, parce que ce sont des performances qui ne m'ont pas été données et qui couronnaient un investissement total.
Était-ce plus dur face à la Sky et Froome ou face aux armadas actuelles ?
R.B. : C'était vraiment l'équipe omnipotente. Je pense qu'ils avaient la plus grosse densité, et de loin par rapport à n'importe quelle équipe. Désormais, je crois que ce n'est pas plus facile, loin de là, mais il y a un rapport de forces entre la Visma et UAE qui est plus équilibrée.
Parmi les rencontres qui ont marqué votre carrière, il y a en eu une assez sympa qui s'est construite ces dernières années avec Remco Evenepoel. Pourquoi ?
R.B. : C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Je serai toujours un de ses supporters numéro un parce que je trouve qu'il fait vraiment du bien au vélo. Je suis admiratif aussi de son état d'esprit, notamment sur le Tour l'an dernier. Il est allé chercher ce podium, il se battait pour une troisième place comme si c'était pour le maillot jaune. Il ne se laisse pas déstabiliser par la pression. Il est arrivé pourtant avec des gros sabots dans le milieu du vélo. C'était vraiment le précurseur de passer professionnel si jeune. Et honnêtement, quand j'y repense, on se demandait qui était ce gamin, on pensait qu'il allait se casser les dents. Il a ouvert la voie, donc il sera vu à jamais comme le premier. J'étais allé discuter avec lui assez rapidement après son début chez les pros parce qu'il avait gagné San Sebastian et presque pour faire un mea culpa, même s'il n'en savait rien. Je trouve que c'est un super gars et en plus, il aime le rap français (sourires).
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Bardet : "Je serai supporter n°1 d'Evenepoel"
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La victoire de Simon Yates sur le Giro ? Une vraie masterclass de la Visma
Serez-vous un passionné qui ne manquera aucune course ?
R.B. : Aucune course, je ne sais pas. Là, je peux quasiment dire que je ne manque aucune course. Je pense que je vais baisser un peu le rythme quand même. Mais forcément, je vais suivre avec un grand intérêt parce que c'est ma passion et je finis sans être écoeuré. J'aurais pu continuer de courir. Si j'arrête, c'est par choix, par réalisme aussi.
Vous allez devenir consultant pour Eurosport. Comment auriez-vous analysé ce qui s'est passé sur le Finestre sur l'avant-dernière étape du Giro entre Simon Yates, Richard Carapaz et Isaac Del Toro ?
R.B. : Comme une vraie masterclass de la Visma. C'est facile quand on voit le résultat final de refaire l'historique et de vanter la perfection avec laquelle a couru Simon Yates durant les 19 jours précédents. Mais je crois qu'il est dans une équipe qui est un peu coutumière du fait et qui nous prépare aussi des choses comme ça pour le Tour de France. Honnêtement, le dernier Giro, pour moi en tant que spectateur du classement général, c'est le Grand Tour le plus intéressant auquel j'ai participé. Il y a eu une alchimie entre le parcours, entre les forces en présence des trois meilleurs qui en ont fait le Grand Tour je trouve le plus palpitant à suivre. Ça a donné une magnifique image du cyclisme parce que même après plus de 80 heures de course, que tout puisse reposer sur un coup parfaitement exécuté, ça renforce vraiment cette incertitude qu'on aime tous voir dans le sport.
A quel point avez-vous hâte d'être sur la moto sur le Tour de France ?
R.B. : Être sur la moto sur le Tour sera une expérience assez incroyable. En passant consultant si proche de la fin de ma carrière, je vais pouvoir, juste d'un coup d'œil, reconnaître presque tout le monde dans le peloton et comprendre rapidement la dynamique de la course. J'espère pouvoir en profiter parce que c'est assez unique d'être, moins de deux mois après sa retraite, impliqué dans le monde du vélo et d'être aussi au cœur de la course.
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