Samedi, sur les routes de Provence, Lilian Calmejane exhibera un tout nouveau maillot. Paré de blanc, l’ex-leader de l’équipe Total-Direct Énergie va faire ses débuts avec AG2R Citroën dans le peloton du 42e Grand Prix la Marseillaise. Il y croisera notamment Pierre Latour, qui a fait le chemin inverse pour rejoindre la structure vendéenne, dans le cadre de transferts annoncés en août. Dès l’été, Calmejane et Latour savaient de quoi leur avenir serait fait. Un luxe, lorsque les événements sportifs et les contrats sont suspendus aux évolutions d’une pandémie.
"Les leaders ont rapidement signé, comme d’habitude", explique Christophe Le Mével, ex-coureur aujourd’hui à la tête de l’agence Cycling Life Management. "Un leader ne reste pas longtemps sur le marché, il y a toujours de la demande, c’est pareil pour les grimpeurs et les équipiers de luxe. Pour d’autres coureurs, notamment ceux qui sont typés flandrien et qui n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer au printemps, ça a pu être plus compliqué."

Julian Alaphilippe est le seul "gros poisson" à ne pas avoir de contrat pour 2022. Mais il devrait avoir le choix

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L’élaboration d’un nouveau calendrier et les efforts consentis ont permis de sauver la saison et le peloton, mais le poids des incertitudes a pesé sur tous. "Quand on a été confiné au printemps, il était assez compliqué d’avoir des réponses, d’avoir les managers au téléphone, parce qu’eux mêmes ne savaient pas trop où ils allaient", se souvient Le Mével.
Il devait alors s’employer à "rassurer" la douzaine de coureurs qu’il accompagne, tout particulièrement ceux en quête d’un nouveau contrat. Même lorsque le Tour de France a été reporté au mois de septembre, les équipes avaient d’autres priorités avant de s’activer sur le marché des transferts, ouvert officiellement le 1er août. "C’était différent, les coureurs 'normaux' ont dû attendre un mois de plus, mais au final, on n’a pas vu un énorme effet Covid sur du court terme", estime Le Mével.

Incertitudes et insomnies

Soumis à des cadences éprouvantes, certains coureurs ont tout de même perdu le sommeil. "Plein de nuits, je me suis réveillé et il était impossible de me rendormir", a confié Silvan Dillier à CyclingNews. "Après la dernière course, ce n’était plus entre mes mains, je pouvais simplement faire confiance à mon agent." Vainqueur d’étape sur le Tour d’Italie, champion de Suisse dans différentes épreuves et 2e de Paris-Roubaix en 2018, Dillier quitte finalement le World Tour pour rejoindre Mathieu van der Poel et Alpecin-Fenix, mastodonte parmi les équipes Conti Pro.
The Cyclists' Alliance (TCA) a également mesuré cette inquiétude dans le peloton féminin avec son enquête annuelle auprès des coureuses réalisée en mai et juin. Le tableau dressé par le syndicat (soutenu notamment par Audrey Cordon-Ragot) souligne que 29% des coureuses avaient subi une baisse de salaire, voire une perte complète de revenus, et 76% craignaient des répercussions sur leurs prochains contrats.
"La situation économique est fragile, plus que pour les hommes", appuie six mois plus tard Iris Slappendel, directrice exécutive de The Cyclists’ Alliance. "Il y a une nouvelle équipe, Jumbo-Visma, et des structures solides comme Trek-Segafredo ou Boels-Dolmans sont dans une très bonne situation avec leurs sponsors. Mais les disparités se sont renforcées, avec de plus en plus de coureuses qui ne sont pas payées." Ces dernières représentaient 25% des participantes au sondage en 2020, contre 17% un an plus tôt, et cette proportion pourrait encore grimper selon les observations du syndicat.
Si 2021 repart comme 2020…
Dans les pelotons masculins, un coureur comme Johan Le Bon, libéré par l’équipe B&B Hotels-Vital Concept, s’est résolu à rejoindre une équipe de troisième division et s’inscrire au chômage dans l’espoir de sauver sa carrière. Les échos sur des coureurs qui paieraient pour se faire une place dans des structures Conti et Conti Pro ont toujours plané, mais ils résonnent avec une intensité nouvelle en temps de crise.

Mark Cavendish

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Même chez les grands du World Tour, Mark Cavendish, après avoir ému le milieu cycliste en faisant planer le spectre d’une retraite forcée, s’est trouvé une place tardive au sein du Wolfpack grâce au mécénat de l’équipementier Specialized. "Je lui ai dit : 'Mark, je n’ai vraiment plus un euro'", raconte le patron de Deceuninck-Quick Step, Patrick Lefevere, à Cyclingnews. "Il a dit que s’il trouvait quelqu’un pour payer son contrat, il pouvait courir. […] Une semaine plus tard, quelqu’un m’a appelé pour me dire qu’ils avaient parlé avec Mark et étaient intéressés."
Avec de bonnes doses d’ingéniosité, de résilience et d’appuis extérieurs, les équipes ont globalement tenu le cap malgré les forts vents contraires. Déjà en difficulté avant la crise, CCC Team a tiré le rideau mais toutes les autres formations du World Tour ont survécu, notamment Mitchelton-Scott (après des négociations tragi-comiques avec Manuela Fundación) et NTT, dont le nouveau sponsor-titre Assos a été annoncé fin novembre.
En France, les partenaires ont rapidement affirmé leur soutien aux équipes. Leurs dirigeants veulent croire en l’avenir : ils font toujours les yeux de Chimène aux jeunes talents, et, pour la première fois de sa carrière d’agent, Le Mével a réussi à décrocher trois contrats de longue durée ("entre trois et quatre ans") pour des néo-pros. Pour ses talents plus confirmés, il n’a pas constaté de baisses de salaire. "Sur une année, les partenaires ont répondu présent", estime le Breton. "Mais si 2021 repart comme 2020, ça sera beaucoup plus tendu en fin d’année."

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