Cyclisme | Il quitte ses fonctions de directeur de Groupama-FDJ : Marc Madiot, la révérence d'un "croisé du vélo"

Le verbe haut, la passion au coeur, Marc Madiot incarne le cyclisme français depuis plus de quatre décennies, en tant que coureur vainqueur à deux reprises de Paris-Roubaix puis comme patron de l'équipe Groupama-FDJ, un poste qu'il va quitter.

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Video credit: Eurosport

L'aîné des frères Madiot a toujours défendu, flamberge au vent, les couleurs françaises, quitte à découper méticuleusement chaque matin le drapeau européen de ses dossards, lors du Tour 1992 par exemple, année où la France se déchire sur le traité de Maastricht. Mais aussi le cyclisme de terroir, jusqu'à patronner un trophée dédié aux cadets, l'une des nombreuses activités de cet homme de convictions, entre direction de son équipe et présidence de la Ligue nationale (de 2008 à 2020).
Fier, généreux, enthousiaste, sentimental, à l'image de sa relation fusionnelle avec Thibaut Pinot, Marc Madiot est un "croisé du vélo", selon l'expression du directeur du Tour Christian Prudhomme. Le "héraut intarissable d'une légende cycliste qu'il a lui-même contribué à bâtir" tant le Mayennais de Rénazé a porté une idée romantique du cyclisme, de préférence sur les pavés défoncés du Carrefour de l'Arbre, ultime secteur stratégique de Paris-Roubaix.

Chantre de l'antidopage

Quand il gagne pour la première fois la "reine des classiques", en 1985, Madiot est encore un espoir de l'équipe Renault, à côté de Laurent Fignon qui lui a brûlé la politesse dans le Tour en 83. Six ans plus tard, c'est un coureur accompli, stratège, qui récidive sur le vélodrome nordiste. En 14 saisons, le brun ténébreux au physique d'acteur se bâtit un palmarès solide, enviable. Une étape du Tour de France (en 1984), un championnat de France sur route (1987), un autre en cyclo-cross (1982), un Tour de la Communauté européenne (1987). Et de nombreuses places d'honneur.
Mais c'est dans la direction d'équipe, après la fin de sa carrière à la suite d'une chute dans... Paris-Roubaix 1994, que Madiot va prendre toute sa dimension. Il convainc la Française des Jeux d'investir. Avec pour résultat immédiat, la victoire-surprise de Frédéric Guesdon dans Paris-Roubaix (encore et toujours) en 1997, dès la première année d'existence du groupe.
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Inquiété dans la grande lessive qui suivit l'affaire Festina du Tour 1998, Madiot devient intransigeant, l'un des chantres, sur le terrain, de l'antidopage. Il ronge son frein devant l'impuissance de toute une génération de coureurs français dans le cyclisme à plusieurs vitesses qui a cours au début des années 2000. Et apprécie d'autant plus ensuite l'émergence des jeunes talents, la présence de Pinot sur le podium du Tour 2014 (3e), qui justifiait attentes et sacrifices.
Je suis devenu cycliste comme on devient curé
Sensible, volontiers paternaliste, il a été marqué jeune par la vie à la campagne. "Je suis fils de paysans", disait-il dans le livre qui lui a été consacré en 2015 (Parlons vélo, entretiens avec Mathieu Coureau). Et de rendre hommage aux vertus ancestrales, au travail bien fait, à la ténacité, au courage, toutes qualités également associées à son sport. "Je suis devenu cycliste comme on devient curé... c'était ancré".
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Aussi ancré que le besoin, plus tard, de partager avec son frère cadet Yvon, champion de France sur route lui aussi avant de rejoindre l'aîné à la direction de l'équipe FDJ, le souci de l'élégance ("Un beau vélo bien propre, une guidoline blanche et des gants blancs, ça a une autre gueule !"), le goût de convaincre, encore et toujours, par le biais des médias. Quitte à mordre allègrement la ligne jaune, comme lorsqu'il exprime dans les années 80 son mépris pour le cyclisme féminin lors d'un échange avec la championne Jeannie Longo dans le cadre de l'émission phare du Tour de France sur Antenne 2.
Sur le tard, Madiot le conservateur changea tout de même d'époque. Il ouvrit la porte aux scientifiques, aux universitaires et prit de la hauteur. "Je motive les troupes et je donne le cap", disait-il alors de son rôle à la tête de Groupama-FDJ, tout en affichant son souci de transmettre. Samedi, il a aussi évoqué le souhait que son équipe lui survive. "Je vais avoir 67 ans... Je pense qu'il faut se tourner vers l'avenir. C'est le moment".
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