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Dopage, Jean-René Bernaudeau : "Tout le monde n’est pas pourri"

Bernaudeau : "Tout le monde n’est pas pourri"
Par Eurosport

Le 08/11/2012 à 18:43Mis à jour Le 08/11/2012 à 19:00

Après la chute d’Armstrong, Jean-René Bernaudeau redoute les amalgames. Le manager d’Europcar défend son équipe contre ceux qui attaquent son intégrité.

JEAN-RENE BERNAUDEAU, comment vivez-vous l’actuelle période trouble que traverse votre sport ?

J-R.B. : Le cyclisme vit une crise terrible, sa crédibilité est mise en cause. On ne peut accepter qu’une petite partie de gens qui l’ont dominé depuis une décennie continuent leur manège. Le plus grand, Armstrong, est tombé, mais beaucoup d’autres sont entourés de suspicions. Je ne peux pas l’accepter. La crédibilité retrouvée passera par un examen de conscience de la part des managers. Ils doivent être courageux et se comporter comme des chefs d’entreprise pour qu’on ne puisse plus jamais dire : "On ne savait pas." Les affaires, on les retrouve souvent chez les mêmes.

Que pensez-vous des initiatives de Sky ou GreenEdge qui licencient chaque membre de leur personnel qui a trempé dans une affaire de dopage ?

J-R.B. : Les sponsors ont le pouvoir, on ne peut pas entacher la réputation d’une marque qui croit en notre sport et en notre discours. Derrière, il y a des employés qui font vivre l’entreprise. On est là pour transporter une image. Il n’y a qu’à voir Mapei, Once, T-Mobile, Saunier-Duval, Caisse d’Epargne ou Rabobank.  Tous ces sponsors ont été massacrés par des gens pas crédibles.

Vous êtes liés à Europcar jusqu’en 201 3 , on imagine que ce climat trouble doit un peu effrayer les sponsors.

J-R.B. : Ça ne m’aide pas. Le vélo est malmené. Mais tout le monde n’est pas pourri. Ici, en Vendée, on n’a pas perdu pied. Pour tous ceux qui font le vélo de masse, qui souffrent encore plus que nous, il faut se battre. Je ne peux pas accepter que ces histoires à répétition jettent un doute sur les performances de mes coureurs. Je ne le supporte pas.

Un manager comme Bjarne Riis, manager de Saxo Bank, peut-il, selon vous, continuer à exercer des fonctions dans le cyclisme professionnel ?

J-R.B : Je ne sais pas. Mais quand on voit certains managers accusés par d’anciens coureurs et qu’il n’y a pas de procès pour diffamation ou accusations mensongères derrière... On attaque pas quelqu’un d’honnête impunément. On ne peut plus salir le cyclisme. Si certains m’attaquant, moi, je suis prêt à répondre.

Justement Christophe Bassons a émis des doutes sur les performances d’Europcar et de Thomas Voeckler *.

J-R.B. : Thomas n’avait pas de tendinite mais un mal de genou. Christophe Bassons a été coaché par l’ancien entraineur de Festina et il vient nous donner des leçons aujourd’hui ? Plus de 200 coureurs sont passés par ma structure. Ils savent comment je fonctionne et rien n’est sorti sur moi ou mon équipe. L’avis de Bassons n’est pas crédible. Il a besoin de média. Je sais pourquoi il y a des suspicions sur Voeckler et Europcar, c’est parce qu’on gêne beaucoup.

L’Equipe avait également dévoilé l’ouverture d’une enquête préliminaire avant le Tour de France…

J-R.B. : C’est dans la lignée des propos de Bassons et de ceux de l’ancien entraineur de Festina*. Lui, il était aveugle et muet avant, aujourd’hui, il donne des leçons. On attend que l’enquête préliminaire se boucle parce qu’il n’y a absolument rien. Je suis le numéro 1 de l’entreprise, son Pdg, je n’ai jamais été auditionné. On attend que cette enquête soit fermée. Et je m’engage : on en reparlera ensuite.

Comment vivez-vous ces attaques sur votre intégrité ?

J-R.B. : Toutes ces accusations tombent sur nous parce qu’on gêne. Avec Richard Tremblay, on a monté un sport-étude il y a 30 ans, on a un Vendée U qui est un exemple, on a une équipe pro qui marche fort avec un leader emblématique : on est jalousé. J’ai beaucoup d’énergie quand je vois ce qu’on nous fait. Je défendrai mes coureurs jusqu’au bout. Les attaques me rendent plus fort. Aujourd’hui, je suis un des rares à ne pas avoir de casseroles. Le monde du vélo a besoin de faire sa révolution. Chaque crise est salutaire. Armstrong est tombé : personne n’est intouchable. Quand on voit Démare, Bouhanni, Coquard, Pinot ou Rolland : il y a de l’espoir. On est en train de reconstruire le vélo. Armstrong est tombé, prenons le comme une victoire.

L’intégrité de l’UCI est mise en cause dans l’affaire Armstrong…

J-R.B. : Il faudrait des nouveaux dirigeants au niveau national ou international pour reconstruire le vélo. Ils doivent diriger notre sport avec beaucoup de recul avec une expérience issue du management d’entreprise. L’UCI doit montrer l’exemple en faisant preuve d’une transparence totale. Par exemple, les passeports biologiques qui nous fournissent les changements de paramètres de chaque coureur. L’UCI pourrait créer deux catégories de coureur : ceux à risque et les autres. Ça éviterait de suspecter tout le monde.  

*"Je suis surpris et impressionné par les performances de l'équipe Europcar. Je ne peux m'empêcher d'avoir un certain doute. Je me demande comment on soigne une tendinite à un genou avec 230 km de vélo par jour", avait déclaré Bassons au Parisien dans une référence à peine voilée à Thomas Voeckler.

**Antoine Vayer, auteur de chroniques pour Le Monde durant le Tour de France.