Dire que la victoire de Marc Hirschi au sommet du Mur de Huy est une surprise serait mentir tant le Suisse apparaissait comme le grand favori. En revanche, le voir être favori d’une telle course, dès sa première participation, à seulement 22 ans, est en revanche bien surprenant. Mais pas illogique. C’est au contraire une parfaite illustration du changement de statut du Suisse, passé de futur grand à cador du peloton en quelques semaines. Il faut dire que, depuis le départ du Tour de France, le 29 août dernier, le coureur de la Sunweb ne cesse d’impressionner et franchir les paliers. A l’entame de la Grande Boucle, Marc Hirschi n’était pas un complet inconnu au sein du peloton professionnel, aucun champion du monde espoir (Innsbrück en 2018) ne l’est jamais, mais rien n'augurait un tel mois de septembre.

Rien en dix-neuf mois puis deux succès en vingt jours

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Alors que le monde de cyclisme se concentrait sur les Bernal, Pogacar ou autres prodiges, le coureur de la Sunweb est longtemps passé sous les radars. A l’image de sa 3e place sur la Clasica San Seabstian l’an passé, dans l’anonymat le plus total en raison de la victoire de … Evenepoel. Du moins, jusqu’au 30 août dernier. A Nice, sur la 2e étape du Tour de France, il prend le sillage de Julian Alaphilippe lorsque celui-ci attaque dans le final. Mieux, il donne l’impression d’être plus costaud mais s’incline finalement au sprint. Avec des regrets, mais pas sans donner rendez-vous. Et, après un nouveau numéro vers Laruns (9e étape) où il s’incline - encore – au sprint, Marc Hirschi s’offre enfin son premier succès professionnel à Sarran, à l’occasion de la 12e étape. Un vrai soulagement pour le Suisse, conscient d’avoir passé un cap : “Je ne pensais pas être capable de gagner une étape, avouait-il après son succès. C’était déjà un rêve d’être au départ”. On se demande bien ce qu’il doit penser désormais...

Hirschi avait de la marge : sa victoire en vidéo

Elu super-combatif du Tour, le Bernois a accumulé la confiance et finit de passer un cap à l’occasion des championnats du monde où il décroche la médaille de bronze. Et, quand d’autres cadors comme Fuglsang, Alaphilippe ou Valverde décident de zapper la Flèche, lui y vient assumer pour la première fois son statut de favori. Et le réussit avec la manière, en s’offrant la première classique de sa carrière. Le deuxième succès en vingt jours pour le Suisse, qui n’avait rien gagné au cours de ses dix-sept premiers mois professionnels. "Cela s'est parfaitement déroulé pour nous, se réjouissait-il à Huy. Mon équipe a fait un excellent travail, on a mis des coureurs pour contrôler la course et revenir sur les hommes de tête. Et, dans la dernière montée, ce sont juste les jambes qui parlent. Il faut surtout faire attention à ne pas démarrer trop tôt. C'est vraiment brutal, il fallait être très fort dans la tête pour aller au-delà de la douleur. Je n'ai pas fait d'erreur et je suis juste heureux pour toute l'équipe.” Et celle-ci doit se féliciter d’avoir su convaincre son jeune prodige de la rejoindre fin 2018. Car, après Bernal puis Pogacar sur le Tour de France, c’est au tour du Suisse de faire tomber les records.

Déjà l’Alaphilippe 2.0 ?

A 22 ans et 37 jours, Marc Hirschi est devenu ce mercredi le plus jeune vainqueur de la Flèche Wallonne depuis Philémon De Meersman... tout premier lauréat de l’épreuve en 1936 ! Le Suisse est également devenu le premier coureur à s’imposer sur l’épreuve dès sa première participation depuis Eddy Merckx, en 1967. Même les meilleurs spécialistes historiques de la Flèche Wallonne comme Alejandro Valverde ont au moins découvert la course une première fois avant de s’y imposer. Pas Hirschi. Parmi les meilleurs puncheurs du monde, rapide au sprint, bon grimpeur, capable de longs raids en solitaire, le Suisse n’est pas sans rappeler le profil d’un certain champion du monde français. Comme Julian Alaphilippe, Hirschi semble capable de briller sur la quasi-totalité des Monuments, ayant montré des dispositions pour les pavés l’an dernier (5e du BinckBank tour). Et, comme le coureur de Montluçon, le Bernois sera l’un des favoris sur Liège-Bastogne-Liège. Gagner la Doyenne à 22 ans, ni Merckx, ni Hinault, ni Valverde et encore moins Alapahilippe n’y sont parvenus. Mais, comme tant d’autres de cette nouvelle génération, Marc Hirschi ne semble pas vouloir attendre pour gagner. Et il aurait tort de s’en priver.

Marc Hirschi (Sunweb) fuhr auf der 9. Etappe über 80 Kilometer alleine an der Spitze

Crédit: Getty Images

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