Florian Rousseau s'en va, la piste française en crise

Rousseau s'en va, la piste en crise
Par AFP

Le 25/02/2013 à 13:40Mis à jour Le 25/02/2013 à 14:17

Florian Rousseau a décidé de quitter son poste d'entraîneur du sprint ce lundi. Fleuron du cyclisme français sur piste depuis sept ans, il estime l'avenir de ce sport menacé.

Le cyclisme "olympique" français plonge dans la crise après l'annonce du départ de Florian Rousseau de son poste de responsable du sprint, révélateur du malaise des entraîneurs nationaux par rapport à la Fédération française de cyclisme (FFC).

Pour expliquer sa décision, Florian Rousseau dresse un constat sévère, d'autant plus accablant de la part de l'ancien champion et entraîneur qui incarne l'éclatante réussite du sprint français sur piste durant les deux dernières décennies (9 titres en vitesse individuelle et 10 titres en vitesse par équipes depuis 1995). "On savait que notre DTN partait (Isabelle Gautheron a démissionné en octobre, ndlr). Mais des choses pouvaient déjà être mises en place en s'appuyant sur les entraîneurs nationaux qui restent, le BMX, le VTT... Cela n'a pas été fait", souligne le triple champion olympique, responsable du pôle de l'Insep depuis sept ans.

"J'ai fait part en 2011 de ce que je pensais, de la réorganisation possible, j'en ai parlé encore aux JO", précise Rousseau qui a fini par baisser les bras. Les Jeux de Londres n'ont fait que souligner la nécessité de changement. "On a perdu face à un système anglais qui est plus fort que nous. Ils ont énormément de moyens, ce qu'on n'a pas encore", a répété Grégory Baugé, invaincu en vitesse durant les Mondiaux de l'olympiade précédente mais battu en finale olympique par le Britannique Jason Kenny.

Des coureurs en attente

François Pervis, champion du monde du kilomètre la semaine passée à Minsk, le reconnaît, "Londres est dans les têtes, il faut l'évacuer". "Deux médailles d'argent, ce n'était pas du tout l'objectif. On s'est pris une 'tempête' sur tous les points", ajoute-t-il.

"Mais ce n'est pas à nous de trouver les réponses. C'est plutôt aux entraîneurs, à la fédération qu'il revient de faire bouger les choses. Les Anglais nous dominent sur plein de petites choses", estime Pervis. Il évoque, dans son cas personnel, la préparation mentale, la nutrition, la récupération. Il explique ainsi avoir fait appel à l'ancien ostéopathe de Zidane et des "Bleus", Philippe Boixel, sans avoir pu continuer à le consulter faute de moyens.

En attendant la concrétisation du très ambitieux projet fédéral (création d'une équipe professionnelle multidisciplinaire pour 20 millions d'euros), en 2014 au mieux, Rousseau s'alarme: "Pour que Grégory Baugé ou d'autres soient champions olympiques à Rio (en 2016), c'est dès maintenant qu'il faut agir. Pas dans un ou deux ans... On ne peut pas attendre. Pour eux, il va falloir que la Fédération trouve un entraîneur." D'autant que l'entraîneur du pôle de Hyères, Benoît Vêtu, est déjà parti fin 2012 pour la Russie. Or, le sprint à lui seul "pèse" six podiums au programme des JO.

Le cyclisme en pleine crise

Quand il évoque "la fracture entre les dirigeants de la fédération et le côté sportif", Florian Rousseau est approuvé par les autres entraîneurs des disciplines olympiques. "Nous allons demander une entrevue (avec le président de la FFC David Lappartient)", a annoncé l'entraîneur national du BMX, Fabrice Vettoretti. "J'ai le même problème que Florian Rousseau et c'est la même chose en VTT et sur la route. On ne peut pas continuer comme ça", estime le responsable du BMX qui déplore le départ de Rousseau: "On ne veut pas qu'il s'en aille! (...) On est prêt à bouger."

Le président de la Fédération française de cyclisme (FFC) David Lappartient a souhaité lundi que Florian Rousseau, démissionnaire de son poste d'entraîneur du sprint français sur piste, ait "un rôle plus important à l'avenir".

"Je souhaiterais clairement que Florian Rousseau ait un rôle plus important à l'avenir, qui ne se limiterait pas à la piste. Car Florian a bien sûr une expertise de la piste, mais d'une manière générale une véritable expertise du haut niveau. Il sait comment gagner", a plaidé M. Lappartient auprès de l'AFP, en réaction à la décision de Rousseau lundi de quitter son fauteuil.

David Lappartient, réélu samedi pour un deuxième mandat à la tête de la FFC, a notamment estimé que Florian Rousseau était "un homme qui a sans doute toutes les qualités pour occuper la fonction de Directeur technique national", virtuellement vacante depuis l'annonce par Isabelle Gautheron de son départ à l'issue de son mandat le 1er mai.

Le président de la FFC a cependant nié l'idée d'une "fracture" entre les dirigeants de la FFC et les entraîneurs de l'élite, l'un des arguments avancés par Florian Rousseau pour justifier son départ, au lendemain des Mondiaux-2013 de cyclisme sur piste soldés par une 4e place pour l'équipe de France, avec deux médailles d'or et deux de bronze. "Pour moi il n'y a pas de fracture en tant que telle entre les dirigeants et les cadres techniques, a affirmé M. Lappartient. Mais je peux comprendre leurs difficultés face notamment au manque de moyens, ils ont peut être le sentiment que nous les élus n'avons pas été suffisamment en capacité de trouver des moyens."

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