Tour d'Italie 2025 - Juan Ayuso, tout pour lui

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À 22 ans, Juan Ayuso est un leader en puissance qui ne laisse que peu de place à ses équipiers. Avec le Giro 2025, l'Espagnol de l'équipe UAE Emirates – XRG compte affirmer son autorité et sortir de l'ombre de Tadej Pogačar. Et si Primož Roglič sera son principal rival, le vainqueur de Tirreno-Adriatico a faim.

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Depuis quelques années qu’elle s’est trouvée deux champions pour combler le creux générationnel laissé par les fins de carrière d’Alejandro Valverde, Alberto Contador et autres Joaquim Rodriguez, l’Espagne se plaît à opposer Carlos Rodriguez et Juan Ayuso. Le parallèle fonctionne d’autant mieux qu’ils sont chacun surdoués, avec une inclination similaire pour les Grands Tours, et présentent des caractères opposés, exposés sur les routes du Tour et de la Vuelta, avant de voir le plus fougueux des deux s’attaquer au Giro ce mois-ci.
"Carlos, c’est la générosité, la tranquillité, la discrétion et le collectif. C’est le socialisme", nous expliquait il y a peu un homme de l’ombre du cyclisme espagnol, dressant une métaphore politique quelque peu biaisée par son regard en amouraché pour Rodriguez, Andalou comme lui. "Ayuso, c’est la quête de réussite individuelle. C’est l’Américain. C’est le capitalisme."
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C’est un tueur depuis toujours
L’Espagne s’est familiarisée depuis longtemps avec l’ambition assumée (et déjà régulièrement assouvie) d’Ayuso, né à Barcelone et qui a passé cinq années de son enfance à Atlanta, au sud-est des États-Unis, où ses parents travaillaient dans le secteur de la finance. "C’est un tueur depuis toujours, qui marque son territoire sur et en dehors du vélo", abonde un ancien partenaire dans les catégories de jeunes de la région de Valence, où le globe-trotter (qui a également vécu à Madrid et à Bergame avant de s’installer en Andorre) a fait ses gammes cyclistes.
UAE Team Emirates connaissait ses dispositions au moment de le recruter, avant même sa majorité, il y a bientôt cinq ans. Ses équipiers doivent composer avec. Et les tifosi vont pouvoir l’observer de près au moment où il se lance à la conquête d’un Giro dont il semble être le deuxième grand favori. Les oracles le placent tout juste derrière Primož Roglič, fort de son expérience et d’un palmarès bien plus étoffé au fil des années, notamment sur la dernière Volta a Catalunya, où le Slovène a maté le jeune Espagnol.
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Marquer son territoire

À vrai dire, les Italiens les plus passionnés sont familiers du talent et des manières d'Ayuso, lui-même inspiré par Alberto Contador (Espagnol comme lui, ambitieux comme lui, double vainqueur du Giro et qui l'a déjà incité à lancer la Fundacion Ayuso). En 2021, il écumait le circuit transalpin sous les couleurs amateurs du Team Colpack, auquel UAE l’avait provisoirement cédé pour parfaire sa formation. Cette année, il s’est offert le Trofeo Laigueglia et surtout Tirreno-Adriatico, épreuve dont il avait déjà remporté le contre-la-montre d’ouverture l’an dernier.

"Je devais faire mes preuves et j’avais besoin de montrer que je suis prêt", expliquait-il en mars après avoir conquis le trident de vainqueur de la course des deux mers. L’Espagnol a marqué son territoire, au propre et au figuré, en annexant les routes italiennes et en affirmant son autorité interne qui sera difficilement contestable sur le Giro, malgré la présence d’Adam Yates (et autres Jay Vine, Isaac Del Toro et Brandon McNulty) dans l’équipe alignée par UAE Team Emirates - XRG pour la 108e édition de la Corsa Rosa. Même sans Tadej Pogačar, l’armada émiratie vise la victoire et Ayuso n’a aucun doute sur sa capacité à incarner ces visées.

Il pensait même s’attaquer au Giro dès l’an dernier, après une année 2023 qu’il jugeait décevante (4e de La Vuelta, un an après être monté sur le podium du Grand Tour espagnol pour sa première participation, à 19 ans). "Mais l’équipe a décidé que je devais faire le Tour et il n’y avait plus grand chose à dire", a-t-il raconté cette semaine à La Gazzetta dello Sport. Sa première juilletiste a marqué les esprits : podium d’étape à Valloire, par-delà le Galibier, et abandon précoce (pour cause de Covid) au pied des Pyrénées, non sans une polémique en route illustrant son caractère.
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Juan Ayuso

Crédit: Getty Images

Prince chez UAE ou roi chez Movistar ?

Sur les pentes du Galibier, à 3 kilomètres de franchir le col, on comptait encore trois coureurs d’UAE parmi les huit hommes de tête. Joao Almeida faisait le tempo, Pogačar tenait la roue de son rival Jonas Vingegaard et Ayuso suivait ce beau monde, sans participer à l’effort collectif du rouleau compresseur émirati. Almeida a fini par se lasser et l’a fait remarquer avec un geste d’agacement à l’égard de son jeune partenaire, pas plus impressionné que ça : "Il est vrai que ces gestes ne sont pas toujours utiles, et c’était le cas hier, mais c’est comme ça", commentait-il le lendemain dans la presse espagnole.
Sur La Vuelta 2023, c’est Ayuso qui pestait sur l'œuvre collective d’UAE. "Je n’ai pas compris ce qu’on a fait dans la dernière montée, il va falloir qu’on en parle dans le bus", lâchait-il à Bejes, après avoir vu Finn Fisher-Black sortir seul à la poursuite de Vingegaard. Quelques jours plus tard, Ayuso relançait l’allure derrière Almeida. Depuis, les deux hommes ont rarement fait course commune, et les dirigeants d’UAE Team Emirates ont dessiné en 2025 des programmes qui permettent à Ayuso de briller seul, sans avoir à se soumettre à Pogačar, dont il n'a de cesse de louer le talent unique.
L’Espagnol n’est pas toujours le meilleur partenaire mais il est un actif exceptionnel pour la formation émiratie qui lui a fait signer à l’été 2022 un contrat qui porte jusque fin 2028. Son avenir est-il scellé pour autant ? L’équipe Movistar, qui compte un nouveau co-propriétaire (le groupe Quantum) depuis le mois dernier, avait noué des relations avancées avec Ayuso dès le plus jeune âge et rêve toujours de s’attirer un grand leader espagnol pour les années à venir. Cette association nourrit les fantasmes de l’autre côté des Pyrénées tout en soulevant de nombreuses questions. Pour le natif de Barcelone, il y en a une qui prévaut : est-ce dans son intérêt ?
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