"On a pris la décision de faire ce qu'on aurait dû faire depuis longtemps, mais que j'ai toujours refusé..." Lors de l’intersaison, Thibaut Pinot a franchi le Rubicon de l’infiltration. Mais attention, il ne déroge pas à sa ligne de conduite. "D’un point de vue éthique, j’ai toujours été contre. Là, on était dans une période totalement hors compétition, en plein hiver. Jamais je n’aurais fait ça entre deux courses", explique-t-il dans un long entretien accordé à L’Equipe jeudi dernier, et publié mardi.

Le mal de dos qui le handicape depuis une chute lors du dernier Tour de France n’est toujours pas de l’histoire ancienne. "Cela a été compliqué tout l’automne, tout l’hiver. Je pensais être sur la bonne voie en fin d’année, et puis, depuis quelques jours, ce n’est pas terrible (…) je ne suis pas prêt à reprendre la compétition", déplore le grimpeur de la Groupama-FDJ, qui n'a pas couru depuis son abandon sur la Vuelta en octobre, et espère briller sur le Giro cette année (8-30 mai), avant peut-être de renouer avec la Grande Boucle dans les saisons à venir.

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J’en ai ras-le-bol, parce que quand je vois l’effet que l’infiltration m’a fait dans le dos, je me dis que des courses, il y en a plusieurs que j’aurais finies

Pinot ne sait donc pas s’il pourra reprendre au Tour des Alpes Maritimes et du Var (19-21 février) : "C’est du 50-50." Le fait de raccrocher un dossard suffira-t-il à chasser les pensées parasites nées de sa concession médicale ? Pas sûr. "J’en ai ras-le-bol, parce que quand je vois l’effet que l’infiltration m’a fait dans le dos, je me dis que des courses, il y en a plusieurs que j’aurais finies, avance le coureur de 30 ans. Ma chute dans le Tour l’été dernier, la blessure en 2019, mes bronchites par exemple…"

Parfois raillé pour sa propension à ne pas aller au bout des courses de trois semaines - il n’a par exemple terminé que quatre des huit Tours de France qu’il a débutés -, Thibaut Pinot est amer : "Tu te fais tailler parce que tu abandonnes… sauf que tu joues le jeu, que tu fais les choses proprement. C’est ça qui me fait le plus mal dans ce milieu." Amer, certes, mais déterminé à demeurer fidèle à ses convictions : "Je resterai droit dans mon truc, je finirai ma carrière comme ça."

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Farouchement opposé aux AUT

Recourir à une infiltration, plusieurs mois avant de concourir, a renforcé son point de vue : "Quand tu fais une infiltration ou que tu utilises de la cortisone, il y en a au moins pour trois semaines d'effets... et certains en font juste avant les courses (…) Un mec qui a une AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques NDLR) n'a rien à faire sur un vélo. Il n'est pas apte à être en compétition. Je ne comprends pas que les mecs fassent du vélo sous cortisone."

"Ils ont interdit le tramadol (en 2019), mais ça aurait été bien qu'ils fassent pareil avec les corticoïdes (…) Là je viens de voir (qu’ils) seraient interdits en course en 2022", énumère Pinot, selon qui ces mesures sont insuffisantes, à cause notamment de ces fameuses AUT. "On est toujours dans un cyclisme à deux vitesses", pense-t-il ainsi. Quant à la proportion du peloton qui ne s’embarrasse pas de la morale, il n’a pas envie de s’y attarder - "Je préfère ne même pas savoir…" -, convaincu de son impuissance : "Je n’ai pas le pouvoir, je ne suis pas grand-chose, une petite pièce d’un puzzle".

Le Franc-Comtois ne se plonge pas dans la partie immergée de l’iceberg, faute d'information. Mais il pointe du doigt une différence manifeste : "On sait qu’on ne suit pas tous les mêmes règles, c’est ça qui est dommage. Déjà, entre les membres du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible, auquel 10 des 19 équipes du World Tour adhèrent NDLR) et ceux qui ne le sont pas, c’est trop."

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Pourquoi les coureurs continuent de jeter leurs bidons dans la nature et, par contre, les petites fioles de cétone, ils les gardent dans les poches ?

Différence majeure être les formations estampillées MPCC ou non : l’utilisation des cétones. Le nouveau produit miracle à la mode. Produit donc proscrit par la Groupama-FDJ et les neuf autres World Teams du mouvement. "Pourquoi les coureurs continuent de jeter leurs bidons dans la nature et, par contre, les petites fioles de cétone, ils les gardent dans les poches ?", questionne Pinot, toujours dans le cadre de cet interview accordé à L’Equipe.

"Je ne comprends pas. On nous dit que ça fait maigrir… mais le plus dur dans le vélo, ce n’est pas de faire six ou sept heures, c’est justement le poids. Le fait de maigrir en gardant sa puissance et sa force", poursuit le 3e du Tour de France 2014, lauréat du Tour de Lombardie en 2018. Une incompréhension si prégnante qu’elle pourrait virer à l’aigreur ? "Je n’ai pas à me plaindre, je suis très heureux comme ça", calme-t-il, "fier du palmarès (qu’il a)." Mais sans doute, aussi, curieux de celui qu’il aurait pu avoir.

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