Cyclisme

Le cas Dumoulin, symbole des limites du MPCC

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Tom Dumoulin

Crédit: Getty Images

ParChristophe Gaudot
26/05/2020 à 22:01 | Mis à jour 27/05/2020 à 16:31
@ChrisGaudot

Le week-end dernier, Tom Dumoulin annonçait son retrait du Mouvement pour un cyclisme crédible. Un nouveau revers pour un mouvement qui se bat depuis 13 ans pour pousser plus loin la lutte antidopage. Malheureusement pour lui, les grosses équipes du peloton mondial le boudent depuis sa création.

"Notre équipe utilise des cétones, donc c'est un peu hypocrite de ma part de rester membre". Depuis ce weekend, Tom Dumoulin n'est plus membre du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC). Si le Néerlandais a évoqué le dernier Paris-Nice couru dans un contexte de début de crise du coronavirus et un MPCC, censé protéger la santé des coureurs, silencieux, la raison de son départ n'est pas si noble qu'il veut bien le dire. Oui le MPCC interdit l'usage des cétones, un produit liquide aidant à la récupération pour schématiser, et non Dumoulin n'était pas prêt à renoncer à cet avantage. La preuve que ce mouvement, vieux d'un peu de moins de 13 ans, doit encore se battre avec la mauvaise volonté de certains.

Pendant le Tour de France 2007, sept équipes (AG2R, Agritubel, Bouygues-Telecom, Cofidis, Crédit Agricole, Française des Jeux et Gerolsteiner) faisaient le constat qu'il fallait aller plus loin dans la lutte antidopage et créaient le Mouvement pour un cyclisme crédible. Les sept espéraient que d'autres allaient les rejoindre alors que le dopage occupait encore l'espace médiatique pendant la Grande Boucle (Rasmussen, Vinokourov, Mayo…).

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MPCC

Crédit: AFP

Treize ans plus tard, 42 formations masculines et féminines (seulement 9 en World Tour chez les hommes) sont membres du MPCC et 381 coureurs en font de même à titre individuel. Tous ont accepté d'en faire plus dans la lutte antidopage. Le but ? Rendre au cyclisme sa crédibilité alors que l'affaire Festina et une décennie 2000 difficile ont largement écorné son image en même temps que celle de l'Union cycliste internationale (UCI) parfois accusée de ne pas en faire assez pour nettoyer son sport.

Corticoïdes, Tramadol et cétones dans le viseur

Dès sa création, le MPCC a ainsi ciblé, par exemple, les corticoïdes. Interdits par l'Agence mondiale antidopage (AMA), ils sont souvent utilisés malgré tout grâce à des autorisations à usage thérapeutiqes (AUT) délivrées par les médecins des équipes et validées par l'UCI. Le MPCC pose un cadre d'une logique implacable : si un coureur a besoin d'une AUT c'est qu'il est malade, s'il est malade il doit se voir prescrire un arrêt de travail et ne peut donc participer à aucune course. Voilà comment il entend rendre le cyclisme plus propre et donc plus crédible tout en préservant la santé des coureurs, un usage trop important de corticoïdes ayant des conséquences à long terme.

Autre cheval de bataille du MPCC pendant de longues années, le Tramadol, un antalgique permettant à un coureur de moins ressentir la douleur. Le MPCC interdisait à ses membres d'en utiliser, le considérant à la fois dopant et dangereux. Le 1er mars 2019, l'Union cycliste internationale l'a ajouté à la liste des produits interdits. Une victoire pour le mouvement qui espère bientôt pouvoir aussi crier victoire sur le dossier des cétones. La cause du retrait de Tom Dumoulin et le centre de bien des discussions dans le peloton depuis un an.

Dylan groenewegen, Wout van Aert, Tom Dumoulin, Steven kruijswijk, Primoz Roglic

Crédit: Eurosport

Que sont les cétones ? Les cétones, ou corps cétoniques, sont présents naturellement dans l'organisme grâce à la production du foie. Ils apparaissent lorsque le corps a épuisé ses réserves en glucides. Il s'agit donc d'un "carburant" supplémentaire pour les muscles en plus des lipides et glucides. Pendant le dernier Tour de France, des membres de l'équipe Jumbo-Visma, la nouvelle équipe de Dumoulin cette saison, reconnaissaient les utiliser. Pour l'Agence mondiale antidopage, ces produits n'améliorent pas la performance. Tout le monde n'est pas de cet avis et c'est pourquoi les coureurs et équipes membres du MPCC les évitent.

Aucun membre du top 10 du dernier Tour de France

"J’ai parfois l’impression d’être plus frais dans le final (en les utilisants, ndlr). Je ne sais pas si c’est cela, ou si c’est un effet placebo", expliquait Steven Kruijswijk, 3e de la Grande Boucle. Julian Alaphilippe, 14 jours en jaune et 5e à Paris, assure lui aussi en consommer, les comparant à des compléments alimentaires. Et cette question de poindre : où commence le dopage ? Dans le 30 for 30 que ESPN lui consacre, Lance Armstrong a sa réponse : une fois que vous enfreignez les règles. Le MPCC n'est pas de cet avis mais il n'est pas majoritaire dans le peloton.

C'est là que le bât blesse pour le MPCC. Tant qu'il ne comptera pas dans ses rangs toutes les équipes du cyclisme mondial, il induit un déséquilibre entre ceux qui acceptent d'aller plus loin et les autres qui disent s'en remettre aux règlements de l'AMA et de l'UCI. Dans le top 10 du dernier Tour de France, aucun coureur n'est membre du MPCC. Ni Ineos, ni Deceuninck-Quick Step et donc ni la Jumbo-Visma de Dumoulin, Roglic et Kruijswijk n'ont fait cet effort-là contrairement à Pinot ou Bardet.

Thibaut Pinot et Egan Bernal.

Crédit: Getty Images

L'action de rejoindre le mouvement entraîne des engagements importants, notamment celui de retirer un coureur d'une liste de départ, par exemple avant le Tour de France, si une chute de ton taux de cortisolémie, signe habituel d'une prise de corticoïdes, est constatée. Et donc celui de se priver de certains produits. Une concession que tout le monde n'est pas prêt à faire. N'est-ce pas Tom ?

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