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Le spectre de la F1 : Comment Jumbo-Visma et UAE font planer un risque sur le World Tour
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Publié 17/10/2023 à 23:50 GMT+2
En décrochant deux derniers succès mardi, la Jumbo-Visma a porté son total sur la saison 2023 à 69 victoires, établissant là un record sur les dernières saisons. Les Néerlandais ne sont cependant pas seuls pour établir cette domination hégémonique sur le peloton et d'autres formations aux énormes budgets (UAE, INEOS) ont aussi leur part dans ce cyclisme à plusieurs vitesses.
Fritsch : "Pourvu que la Jumbo ne domine pas encore une fois les trois Tours"
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Olav Kooij levant les bras, Milan Vader remportant le classement général. Le Tour de Guangxi, ultime course World Tour de la saison, a conclu comme un symbole une année 2023 largement dominée par la Jumbo-Visma, vainqueure notamment du Giro, du Tour et de la Vuelta. On peut d'ailleurs ajouter les UAE pour former une doublette de tyrans du peloton. Néerlandais et Emiratis ont triomphé de 126 courses, pour un ratio combiné de 35% de victoires, et se partagent bon nombre des lauriers les plus prestigieux. Au point que l'on se demande si cette ultra-domination ne va pas, un jour, devenir néfaste pour le cyclisme.
L'heure est aux bilans et ceux-ci vont à l'évidence dans un seul sens. Alors qu'en 2022, la meilleure marque s'établissait à 48 victoires pour UAE-Team Emirates devant les 47 de Jumbo-Visma et de Quick-Step Alpha Vinyl, en 2023, les trois ont dépassé les 55. Et si le nombre ne suffisait pas à comprendre l'ampleur de la domination, celui des coureurs différents à avoir gagné dans chaque équipe aide à y voir plus clair.
| Équipes | Nombre de victoires |
| 1. Jumbo-Visma | 69 (avec 14 coureurs) |
| 2. UAE Team-Emirates | 57 (avec 17 coureurs) |
| 3. Soudal-Quick Step | 55 (avec 14 coureurs) |
| 4. INEOS Grenadiers | 36 (avec 17 coureurs) |
| 5. Alpecin-Deceuninck | 35 (avec 7 coureurs) |
| 6. Lidl-Trek | 27 (avec 10 coureurs) |
| 7. EF Education-EasyPost | 26 (avec 12 coureurs) |
| 8.BORA-Hansgrohe | 23 (avec 14 coureurs |
| 9. Intermaché - Circus - Wanty | 20 (avec 9 coureurs |
| 10. Groupama-FDJ | 19 (avec 10 coureurs) |
Ainsi, gagner beaucoup avec de nombreux hommes différents est réservé à l'élite. De ce point de vue-là, Jumbo, UAE et Soudal font mieux que les autres, et seul INEOS peut tenter de rivaliser. "Pour qu'il y ait des derniers, il faut qu'il y ait des premiers, sourit Marc Madiot, manager de la Groupama-FDJ. Que ce soit les plus fortunés qui gagnent, c'est en corrélation. Quand vous avez des moyens pour avoir de nombreux et bons coureurs, ça facilite la vie."
Heureusement, il y a Van der Poel…
Dans le détail, on remarque qu'Alpecin-Deceuninck se défend bien en nombre de bouquets mais doit beaucoup à son duo Jasper Philipsen, coureur le plus prolifique de la saison (19 succès), et Mathieu van der Poel. Le Néerlandais, s'il gagne peu (5 fois en 2023), est l'un des seuls à pouvoir briser l'hégémonie des meilleures équipes sur les plus grandes courses. Il a remporté Milan-Sanremo, Paris-Roubaix et les Mondiaux pendant qu'UAE, grâce à Tadej Pogacar, a décroché le Tour des Flandres et le Tour de Lombardie et que Remco Evenepoel a complété, pour Soudal-Quick Step, sa collection de Liège-Bastogne-Liège (2 désormais).
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Celle-là, il s'en souviendra : la victoire de Van der Poel au Vélodrome
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Allons plus loin pour constater que Jumbo-Visma et UAE ont décroché 8 des 15 autres courses d'un jour du calendrier World Tour. Et sur les épreuves par étapes, le ratio grimpe même à 9 sur 12 pour ces deux équipes. Rappelons enfin que Jumbo-Visma a triomphé des trois grands tours et qu'elle a, avec UAE et INEOS, trusté toutes les places sur le podium du Giro, du Tour et de la Vuelta. Trois équipes seulement, c'est deux fois moins qu'en 2022 et 2021 (6 équipes sur les podiums).
Madiot : "Le triplé des Jumbo sur la Vuelta peut vite devenir un problème"
"Le triplé des Jumbo sur la Vuelta peut vite devenir un problème, note Madiot. Il faudrait qu'on puisse tous avoir accès à un niveau de talent intéressant." Sur ce même Tour d'Espagne, ce dernier avait, à notre micro, estimé que la Jumbo-Visma avait, dans son effectif, "15 coureurs qui pourraient être leaders ailleurs". Refusant la suspicion du dopage, le manager de la Groupama-FDJ avait pointé des disparités de budget qui commençaient à ressembler à ce qu'il se passe dans le football. De quoi nuire à terme, selon lui, à l'intérêt des courses.
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Madiot sur la domination des Jumbo : "C'est avant tout une question de budget !"
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Questionné sur une possible lassitude du public, Madiot cite l'exemple de la Formule 1 qui a vécu cette année une deuxième saison de domination de Max Verstappen et Red Bull tout en voyant ses audiences diminuer. Quelle solution alors ? Un salary cap ? "Pourquoi pas, répond-il, il faut voir avec l'UCI. Mais nous Français on a un autre problème à régler. Quand on est confronté à une concurrence étrangère, on supporte le coût social de notre modèle. Ce qui nous a aidés pendant le Covid nous pénalise le reste du temps."
Et pourtant, Roglic est parti
Les peines de Jumbo-Visma à trouver un nouveau sponsor ont aussi montré, par l'absurde, que l'économie du cyclisme est fragile. Madiot craint d'ailleurs, à terme, la chute du système : "En France, on a des partenaires qui investissent raisonnablement pour avoir un retour sur investissement. D'ailleurs, ils restent plus longtemps. Ailleurs, certains viennent par la volonté d'une personne, un émir, un milliardaire. Si cette personne se retire, c'est un mur qui s'écroule.La course à l'armement aura une fin, on ne pourra pas suivre ceux qui n'ont pas de limites. Ça peut être préoccupant, on est sur un château de cartes qui peut s'écrouler rapidement."
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"Je vais quitter l'équipe" : Roglic a annoncé son départ de la Jumbo-Visma à la fin de la saison
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Parfois cependant, avoir un gros budget ne permet pas de conserver tous ses talents. Jumbo-Visma, qui deviendra Visma-Lease a Bike en 2024, aurait évidemment pu conserver Primoz Roglic. Mais le Slovène n'a pas apprécié de ne pas pouvoir se battre à la régulière face à Sepp Kuss et Jonas Vingegaard sur la dernière Vuelta. Refusant cette paix des braves, il a filé chez BORA-Hansgrohe pour être leader au départ du prochain Tour de France. Arrivée qui n'aurait, semble-t-il, pas plu à Cian Uijtdebroeks, pépite de la formation allemande, qui craint peut-être de voir Roglic lui faire de l'ombre à l'avenir. La répartition des talents passe aussi peut-être par là.
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