Les 5 images du Tour
Publié 23/04/2015 à 15:27 GMT+2
Que retenir du Tour de France 2010? Chacun, selon sa sensibilité et ses affinités, gardera en mémoire certaines séquences et en chassera d'autres. Voici les miennes. Les 5 images fortes, les 5 moments marquants qui me restent dans la tête ou en travers de la gorge.
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1. Le saut de chaine d'Andy SchleckHeureusement que la chaîne du Luxembourgeois était là, sans quoi on peut se demander ce que l'on retiendrait de la traversée des Pyrénées... Il a fallu un incident mécanique pour pimenter la trop fade bataille entre ces deux champions. Incontestablement, il a pesé sur l'issue de ce Tour de France, mais comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, la polémique n'avait pas lieu d'être. Contador aurait eu bien tort de ne pas profiter du souci de son principal adversaire. C'est le contraire qui m'aurait choqué. On a passé trop de temps à s'attendre dans ce Tour de France. Ce n'est pas ça le cyclisme. En tout cas, de très loin l'image la plus forte de cette 97e édition, celle qui me viendra à l'esprit dans 10 ou 15 ans quand on me demandera ce qu'évoque pour moi le Tour 2010.2. Les larmes de CavendishUn vrai moment de sincérité et d'émotion dans ce Tour. Après sa victoire (qui en annonçait donc quatre de plus) à Montargis, Mark Cavendish a craqué. Sans impudeur. Naturellement. Comme une cocotte-minute dont le bouchon pète après avoir résisté à la pression pendant des mois. Ses larmes sur le podium ont d'autant plus touché qu'elles n'étaient pas faites pour ça. L'absence de calcul est la clé de toute émotion. Cette victoire a effacé beaucoup de choses pour le Britannique. S'il n'avait pas réussi à gagner avant la fin de la première semaine et l'arrivée de la montagne, je ne crois pas qu'il aurait vu Paris. Au lieu de quoi il s'est trouvé complètement libéré pour redevenir plus dominateur que jamais. Preuve que l'aspect psychologique est déterminant à ce niveau.3. Armstrong à l'arrêt Il avait déjà chuté à deux reprises, dont une fois lourdement dans cette étape entre les Rousses et Morzine-Avoriaz. Contador, Schleck et les autres avaient déjà filé depuis très longtemps. D'un seul coup d'un seul, Lance Armstrong ne figurait plus parmi les prétendants à la victoire, pour la première fois depuis le siècle dernier. Puis il y a eu une nouvelle chute devant lui. Cette fois, le Texan n'est pas tombé. Il a posé le pied à terre. Debout, à cheval sur sa machine, il est resté là, comme ça, pendant une poignée de secondes qui m'ont paru interminables. Il semblait se demander ce qu'il faisait là. Si tout ça valait vraiment la peine. Je ne sais pas vous, mais j'ai vraiment cru qu'il allait balancer son vélo, monter dans la voiture de Bruyneel et repartir illico aux Etats-Unis. Un immense moment de solitude, partagé par des millions de téléspectateurs. Mais le bonhomme a trop de fierté pour quitter la scène comme ça. Mine de rien, il est allé jusqu'à Paris. Mine de rien, il a trouvé le moyen de trôner sur le podium en bas des Champs-Elysées. Une récompense collective, certes. Mais quand même. Une manière de dire au revoir (adieu, cette fois) d'en haut. Il va nous manquer. Surtout, son départ fait peur. Depuis 12 ans, nous avons eu l'affaire Festina en 1998, Puerto et Landis en 2006, Vinokourov et Rasmussen en 2007, Saunier Duval et Kohl en 2008. Point commun de ces quatre Tours? L'absence de Lance Armstrong. En revanche, de 1999 à 2005, ou encore ces deux dernières années, pas de gros scandale en juillet. Merci qui? Merci Lance. Et si L.A. avait été le porte-bonheur d'ASO? L'idée me plait bien. Christian Prudhomme devrait penser à lui trouver une place dans l'organisation.4. Le cinéma de SpaLa vraie polémique du Tour, à mon sens, bien plus que le saut de chaîne d'Andy Schleck ou les pavés. Comme certains n'ont pas hésité à le lui rappeler, le Luxembourgeois a bénéficié sous la pluie belge de la mansuétude du peloton. Sans quoi son Tour était fini dès le troisième jour. Alors, oui, on n'a pas attendu que les frères Schleck ce jour-là. Mais ils étaient de loin les plus attardés et si Fabian Cancellara n'avait pas mis le frein à main en tête du peloton... On peut se dire que c'est mieux comme ça, que cela nous a permis d'assister à un beau duel avec Contador, mais il faudrait se mettre d'accord: ou on attend tout le monde, tout le temps, ou on attend personne. Fatigué de ces discours lénifiants et surtout hypocrites, Carlos Sastre, qui n'est pas né de la dernière pluie, a d'ailleurs rappelé tout le monde à l'ordre. C'était, aussi, le sens de son escapade solitaire et totalement vaine dans l'étape du Tourmalet, jeudi dernier. "J'ai chuté lors de ce Tour, j'ai chuté sur le Tour d'Italie, j'ai eu des problèmes techniques, et personne ne m'a attendu. Je pense que nous sommes en train de transformer le cyclisme en un sport d'enfants gâtés." On devrait toujours écouter les vieux sages.5. Les Français à l'ElyséeQue ce soit clair, les coureurs (Chavanel, Fédrigo, Casar, Riblon, Voeckler, Charteau et Gadret), eux, n'y sont pour rien. On les invite, ils y vont. Parce qu'ils sont contents, et/ou par respect des institutions. Je sais aussi que Nicolas Sarkozy aime (et connait) beaucoup le cyclisme. Je n'oublie pas que six victoires d'étape et un maillot à pois, c'est un bilan largement satisfaisant. Mais de là à inviter tout ce petit monde dans le palais présidentiel, il y a comme un décalage. Et que dire de John Gadret, invité lui aussi eu égard à sa 19e place au classement final. Alberto Contador ne recevra pas plus d'honneurs institutionnels à Madrid pour sa troisième victoire dans le Tour. A célébrer de la sorte des victoires d'étapes, on se laisse une faible marge de manoeuvre pour le jour où un Français succèdera à Bernard Hinault en jaune sur les Champs. Je ne sais pas ce que le président trouvera. En même temps, vous me direz, l'Elysée aura alors changé de locataire...
Laurent VERGNE
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