Liège-Bastogne-Liège – Tadej Pogacar a vécu un printemps prolifique mais n'a pas résolu certains casse-têtes
Publié 28/04/2025 à 00:28 GMT+2
Tadej Pogacar peut rentrer chez lui avec le sentiment du travail accompli. Le Slovène a conclu son printemps dense avec une troisième victoire sur la Doyenne, son neuvième Monument. Au moment de tirer le bilan de sa campagne de classiques, on dénote quelques revers clés au milieu des succès. Dans sa volonté de tout disputer et gagner, "Pogi" prend le risque de s'éparpiller.
La maîtrise absolue : comment Pogacar et UAE ont survolé la Doyenne
Video credit: Eurosport
Il a achevé sa campagne comme il l'a débutée, les bras levés, le paletot irisé dardant ses rayons depuis la plus haute marche du podium. Des Strade Bianche à Liège-Bastogne-Liège, Tadej Pogacar a conclu sur une note exquise une campagne gargantuesque des classiques printanières. Le glouton slovène, réchauffé par une année 2024 historique, s'était senti pousser des ailes, au point de se concocter un programme pantagruélique, rassemblant les flandriennes et les ardennaises dans un même cocktail.
Le mélange, indigeste pour le commun des mortels, a été assimilé avec succès par l'ogre de Komenda, qui a toutefois dû encaisser quelques effets secondaires. Au soir de son troisième sacre sur la Doyenne, "Pogi" balançait d'ailleurs entre bonheur et soulagement : "C'est formidable de pouvoir terminer la première partie de la saison comme ça, pétillait-il au micro de l'organisation. Je crois que le printemps a été extraordinaire. J'ai concouru sur les meilleures courses du monde. L'énergie était présente à chacune des courses. J'ai voulu bien finir avec les Ardennaises. J'avais hâte d'en finir et je suis content de rentrer à la maison."
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Dire que Pogacar a seulement "un peu testé ses jambes" dans la Redoute
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Van der Poel, cette sacrée épine dans le pied
Dans la chaleur liégeoise, "Pogi" ne pouvait que se retourner avec le sentiment du devoir accompli. Mais, à froid, une fois retourné auprès de sa compagne Urska Zigart, présente sur l'édition féminine de LBL, il laissera perler quelques gouttes de nuances sur un tableau reluisant. Parce que le Slovène ne se contente pas de podiums, qu'il accueille comme des demi-défaites. Non, il les lui faut toutes. Alors, forcément, son regard s'attardera sur ses rares échecs, que ce soit sur Milan-Sanremo, Paris-Roubaix, ou encore l'Amstel.
Derrière les deux premiers revers, on retrouve un dénominateur commun : un certain Mathieu van der Poel (Alpecin – Deceuninck). Le Néerlandais, dont les qualités épousent à la perfection le profil de la Primavera, met Pogacar face à une équation qui semble insoluble, du moins tant que le "Flying Dutchman" restera à ce niveau-là. D'aucuns clameront que Pogacar a manqué d'un étage de sa fusée dans la Cipressa, mais il semblait acté qu'il n'arriverait pas à décrocher le Batave de sa roue.
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Van der Poel ne lui a rien cédé, Pogacar a fini par s'égarer : le résumé
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Même constat sur la Reine des classiques, où le "petit phénomène" s'est dressé en monarque des lieux (trois succès de rang). Incapable de déborder son rival sur les pavés, "Pogi" n'est pas plus armé en cas d'arrivée au sprint, comme l'a illustré l'emballage final sur la via Roma. Seuls les pourcentages et la répétition des raidards du Ronde lui ont permis de vaincre le Batave. Cette tâche indélébile qu'est VDP reste un sacré caillou dans la chaussure du prodige de Komenda.
Aveuglé par son instinct de cannibale, Pogacar ne veut pas (encore) faire de choix
Dans la force de l'âge, Pogacar pensait peut-être régler ses comptes dès 2025. Au final, il a surtout récolté de nouveaux maux de tête. L'autre question en suspens concernait l'enchaînement des ardennaises après les flandriennes. Pour notre consultant Philippe Gilbert, "Pogi" a prouvé que c'était faisable, mais "seulement par lui". Reste que le champion du monde a subi un contrecoup sur l'Amstel, pas aidé par un vent de face prégnant et un Remco Evenepoel ardent.
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Pogacar sur les traces de Merckx ? "Il a la même mentalité, il est insatiable"
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Une photo-finish plus tard, et le triple vainqueur de la Grande Boucle avait encore laissé échapper le triplé ardennais. Trois défaites donc, mais trois podiums quand même. Le patron de la petite reine est devenu par ailleurs dimanche le premier coureur à enchaîner six podiums de rang sur les Monuments. Il a également rejoint Eddy Merckx en terminant sur la boîte lors d'une même saison à Sanremo (3e), sur le Ronde (1er), à Roubaix (2e) ainsi que sur les trois grandes ardennaises (2e sur l'Amstel, vainqueur de la Flèche et de Liège).
Sans occulter totalement ces nobles lauriers (auxquels on rajoute les Strade Bianche), Pogacar s'efforce de suivre les ornières dorées tracées par Eddy Merckx. Il veut cocher toutes les cases. Aujourd'hui, trois restent encore à noircir : Milan-Sanremo, Paris-Roubaix, et la Vuelta, dernier grand tour qui manque à son palmarès. Pressé de compléter sa liste tant que les jambes suivent, Pogacar risque de se perdre à courir tous les lièvres à la fois. Les pics de forme, même pour lui, ne sont pas accumulables à l'infini et, performer jusqu'en septembre sur la Vuelta n'a rien d'une promesse. Voilà pourquoi la présence de Pogacar sur l'Enfer du Nord l'année prochaine est loin d'être acquise. Le glouton s'empiffre, aveuglé par sa fièvre de tout avaler, mais voit poindre l'ombre de l'indigestion. Son corps, aux propriétés herculéennes, l'empêche de raisonner avec des choix. A l'avenir, s'il veut compléter son butin, il sera sûrement obligé de s'y soumettre.
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