On ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu. Voir Wout Van Aert triompher sur un Monument et, même plus spécifiquement sur Milan-Sanremo, n’a pas forcément surpris beaucoup de monde tant le Belge faisait figure de favori au départ de l’épreuve. Mais ces attentes, très élevées, ne datent pas d’hier pour le cyclocrossman de la Jumbo-Visma. Depuis des années, tout le monde s’accordait à dire que les qualités du bonhomme étaient exceptionnelles. La question n’était donc pas vraiment de savoir “si” il allait remporter une classique majeure mais “quand” et surtout “”. Les deux ont obtenu une réponse cette semaine, avec un doublé italien Strade Bianche-Milan-Sanremo impressionnant.

Tenir, je n'avais que ça en tête
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08/08/2020 À 18:41

Un an après Julian Alaphilippe, Van Aert est donc devenu le quatrième coureur à réussir le doublé italien en une semaine (Cancellara 2008 et Kwiatkowski 2017). Sans nul doute la plus belle de sa carrière, lui qui n’avait encore jamais gagné la moindre classique World Tour il y a dix jours. "Je suis très heureux, je n'arrive pas à y croire, avouait-il après la course sur la chaine L'Equipe. C'est une réponse un peu stupide mais je suis heureux. Une deuxième partie de saison comme celle-ci, c'est vraiment fou. Je n'ai pas les mots. Mon premier Monument… C’est une semaine incroyable". Incroyable mais logique.

Wout van Aert - Strade Bianche 2020 - Getty Images

Crédit: Getty Images

Le Belge de la Jumbo-Visma a parfaitement maitrisé son sujet dans le final de la Classicissima. Pourtant, quand Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) a placé son accélération en deux temps, même lui n’a pas pu suivre l’allure du Français, qui semblait alors s’envoler vers le doublé. Mais Van Aert a eu la lucidité de ne pas se mettre dans le rouge, de lisser son effort derrière un Tricolore qui a tout donné dans l’ascension au point d’être à la limite dans la descente. "Il fallait tenir, tenir, tenir, je n'avais que ça en tête, raconte-t-il. J'ai dû combler l'écart sur lui, il n'y avait personne derrière moi. Je devais continuer mon effort." Bien lui en a pris puisqu’il est rentré sur le bas de la descente du Poggio. Et personne ne les a revus.

J’étais juste un peu plus fort

Mais, même là, Alaphilippe ne lui a jamais facilité la tâche, en le laissant assumer toute la charge des derniers kilomètres. "Julian a très bien joué, il m'a forcé à être en tête, explique le Belge. C'était difficile parce que je devais faire le bon tempo pour rester en tête devant le peloton. Il a tout fait, il était là dans le sprint". Là mais incapable de remonter Van Aert dans la dernière ligne droite, incapable de s’opposer victorieusement à la puissance développée au sprint par le vainqueur des Strade Bianche. “J'étais juste un peu plus fort je pense”, résume froidement le coureur de la Jumbo-Visma. Avec raison.

Julian Alaphilippe, Wout van Aert - Milano-Sanremo 2020 - Getty Images

Crédit: Getty Images

Voir Wout Van Aert battre Julian Alaphilippe au sprint, en un-contre-un, n’a rien en soit d’exceptionnel ou d’étonnant. C’est en revanche un sacré symbole que de voir le Belge, ultra polyvalent, capable de gagner sur quasi tous les terrains, battre le Français, qui n’a pas grand-chose à lui envier au niveau de la polyvalence. Les deux hommes sont d’ailleurs les principaux fers de lance de cette nouvelle génération de coureurs capables de briller sur tous les terrains, dont Alejandro Valverde, s’il n’a pas tout gagné loin de là, fait presque figure de précurseur.

Et maintenant ?

Il y a une petite dizaine d’années, il semblait l’un des rares à pouvoir "sur le papier" briguer différents Monuments. Aujourd’hui, en plus du Français et du Belge, Mathieu Van der Poel, Michal Kwiatkowski, Peter Sagan, Michael Matthews voire Matej Mohoric ou Alberto Bettiol sont des favoris, ou au moins des outsiders, sur – au minimum – trois des cinq Monuments, pour ne pas dire cinq pour le Néerlandais, le Français et l’Australien. Et Van Aert ? “Pour certains, leur carrière est réussie après une victoire comme ça”, disait-il après la course. La sienne n’en restera pas là. On se demande même bien lequel pourra lui résister.

Wout van Aert

Crédit: Getty Images

Car, sur le papier et à la vue des qualités du Belge, ce n’est pas Milan-Sanremo qu’on lui aurait destiné en priorité. Depuis deux ans, c’est avant tout sur les classiques flandriennes, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, où Van Aert faisait office de futur cador vu ses premiers résultats (9e du Ronde et 13e de l’Enfer du Nord). C’est avant tout là qu’on attendra le Belge dans les prochaines années. Mais peut-il rêver à claquer les cinq Monuments ? Avec un physique aussi imposant (1,87m pour 78kg), cela peut sembler compliqué mais l’impression de puissance montrée sur les côtes des Strade Bianche et sa 17e place sur l’Amstel Gold Race en 2019 laisse entrevoir de vraies possibilités de briller sur Liège-Bastogne-Liège. Le Tour de Lombardie, lui, semble encore trop dur. Mais, avec un prodige aussi polyvalent que Van Aert, rien n’est vraiment impossible

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