Ce que doit faire Tadej Pogacar pour enfin gagner Milan-Sanremo

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Ce samedi, Tadej Pogacar (UAE Emirates-XRG) tentera une nouvelle fois de remporter Milan-Sanremo, le seul des Monuments qu'il a disputés sans le remporter. Jusqu'ici le Slovène n'a jamais trouvé la clé (3e en 2024, son meilleur résultat) alors nous avons demandé à notre consultant, Philippe Gilbert, d'imaginer la stratégie gagnante pour le champion du monde.

Dans le Poggio, Pogi n'y arrive pas : toutes ses attaques infructueuses depuis 2022

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Les premiers kilomètres : "Un jour, ça partira dès le départ" 

Oubliez le départ fictif dans les magnifiques rues de Milan et les traversées de voies de tramway qui occasionnaient parfois une chute ou deux. C'est à Pavia, dans la banlieue de la capitale de la mode, au sud précisément, qu'est donné le départ. Avec près de 300 kilomètres à parcourir, l'enjeu est limité. 
"Il faut filtrer certaines équipes. Alpecin, INEOS par exemple. Mais je n'userais pas trop de force là-dedans, il faut simplement rester attentif. L'idée c'est d'être dans le premier tiers du peloton mais pas en première ligne. Mais attention, le départ est un peu plus important qu'il y a quelques années. Il y a beaucoup de ronds-points là où, avant, c'étaient de grandes lignes droites. Je suis sûr qu'un jour il y aura une chute, une hésitation, un accrochage dans un rond-point et que ça créera une cassure. Derrière les gars vont rigoler, se dire 'pas de panique il reste 300 kilomètres' mais ça va partir." 

Le Turchino : "Pousser les gens à la faute, ça fait partie de la course" 

Montée célèbre de Milan-Sanremo, le Passo del Turchino n'en est pas moins un apéritif très facile à digérer (2,4 km à 5,3%). C'est sans doute sa descente qui constitue le plus grand danger :
"Même chose, je n'utiliserais pas trop de force dans la montée. Il faut accélérer un bon coup dans le dernier kilomètre, là où c'est le plus dur, pour ensuite faire une descente rapide, surtout si c'est mouillé et on annonce des conditions difficiles cette année. Je mettrais le peloton sous pression. On peut aussi pousser les autres à la faute. Je sais que tout le monde n'aime pas mais ça fait partie de la course. Vincenzo Nibali était un adepte de ça, il était décrié mais il utilisait le terrain. Derrière si on fait la descente, il faut continuer pendant 10 kilomètres au moins sur le bord de mer s'il y a vent de dos. Ensuite on fait le point." 
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"Indécrochable dans le Poggio, Ganna a étendu son registre"

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Les capi : "Ne pas tout faire exploser" 

A 50 kilomètres de l'arrivée, une nouvelle course commence avec l'enchaînement des trois Capi, le Mele, le Cervo et, plus difficile, le Berta. On ne gagnera probablement jamais Milan-Sanremo ici, on peut en revanche commencer à construire sa victoire. 
"Le Capo Mele et le Capo Cervo sont vraiment faciles pour des coureurs professionnels. L'important, c'est de rester groupé, pas au milieu de la route parce qu'il y a plus de risque de chute, mais choisir un côté et protéger Pogacar et sa garde rapprochée avec deux coureurs. Le Capo Berta fait mal. Ils ont la qualité pour le monter à fond. Ce ne serait pas dans l'idée de tout faire exploser, plutôt de faire reculer certains coureurs et les obliger à faire des efforts avant la Cipressa." 

La Cipressa : "Ne pas vouloir battre le record de la montée" 

Montée la plus longue du final de Milan-Sanremo, la Cipressa (5,6 km à 4%) est l'objet de tous les fantasmes. On espère chaque année y voir des favoris s'y découvrir mais la transition avec le Poggio est trop longue. Les UAE ont déjà essayé de la monter très vite, ce qui n'était peut-être pas la meilleure tactique : 
"Pour moi, ils étaient trop 'chauds' sur la Cipressa les années précédentes. L'important c'est évidemment d'être devant au pied, d'imposer un gros tempo mais ensuite il faut couper l'effort pendant 30 secondes à une minute. On fait plus de dégât en faisant ça, ça va créer un bouchon et une fois que tout est compact, il faut remettre un coup. 90% des coureurs ne supportent pas le changement de rythme. Un sprinteur, par exemple, ne sait pas gérer ça. Pour moi, ils ne doivent pas viser le record de montée de la Cipressa. Elle sera moins rapide mais elle fera plus de dégâts." 

Le Poggio : "Personne ne peut suivre Pogacar… quand il est lancé" 

Tadej Pogacar va-t-il réussir à lâcher tout le monde, les Mathieu Van der Poel, Tom Pidcock, Filippo Ganna ou Mads Pedersen dans le Poggio ? Le Slovène a essayé sur trois éditions, sans succès. Peut-être doit-il changer son fusil d'épaule et se rappeler comment il fait pour s'isoler sur d'autres courses : 
"Au pied, on fait un demi-tour donc si c'est vent de dos, on se retrouve avec le vent de face. Cette portion-là, il faut évidemment être devant mais même à fond, on n'a pas d'influence car les autres derrière sont tellement abrités… Peut-il partir seul ? J'ai peur que ce soit encore compliqué mais c'est là qu'il aura besoin de Jhonatan Narvaez. Pogacar a tenté d'attaquer lui-même et des coureurs ont réussi à prendre sa roue. En revanche, on voit que quand il est lancé, personne ne peut le suivre, ils finissent par se rasseoir parce que lui est capable d'accélérer encore ou de maintenir la vitesse." 
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La Palette : Quand Trentin fait la cassure pour Pogacar, le premier moment décisif du Poggio

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Envoyer un équipier vers la victoire ? "C'est le champion du monde…" 

Forte de Tim Wellens, Jhonatan Narvaez ou pourquoi pas Isaac Del Toro, la UAE Emirates-XRG a d'autres cartes qui pourraient profiter d'un marquage autour de Pogacar. Mais l'équipe émiratie irait-elle contre son leader ?
"Non je ne pense pas. C'est le champion du monde, il rêve de gagner les 5 Monuments, toutes les plus grandes courses du monde. A l'époque de Quick-Step, quand on jouait la carte de l'équipe, on était tous plus ou moins du même niveau. Lui, même s'il a des équipiers de luxe, il est tellement au-dessus… Il n'y a qu'en 2019 où nous (Viviani, Lampaert, Stybar et moi) nous étions tous sacrifiés pour Julian Alaphilippe. Moi j'avais de super jambes, j'ai fait mon record dans le Poggio mais il venait de gagner les Strade Bianche, des étapes à Tirreno-Adriatico… On savait qu'il était au-dessus de nous."
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